Ce ne sera pas tout de suite la fin (XXXIIIème dimanche per annum)

On  entend souvent dire que Jésus et à sa suite les premiers chrétiens attendaient la fin du monde comme une réalité toute proche et que c’est seulement quand le temps a commencé à s’allonger qu’on s’est avisé que peut-être le retour du Seigneur attendrait encore longtemps et qu’on a commencé à s’organiser. Rien n’est plus faux : l’Eglise n’est pas la lourde réalité institutionnelle qui s’est mise en place quand on a cessé d’espérer l’irruption d’un monde meilleur. C’est elle, tout à l’inverse, qui en a maintenu vivante l’attente, dès le début. Sans elle, le monde aurait depuis longtemps étouffé la voix du Christ et se serait rendormi dans un pesant sommeil coupé de cauchemars, comme auparavant. S’il y a aujourd’hui des croyants pour désirer que le mal s’arrête radicalement et que Jésus en fasse justice, c’est bien parce qu’il y a eu une Eglise irréductible qui maintient la provocation des premiers jours.

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A lire les discours « eschatologiques » situés à la fin de la vie publique du Christ, on a pu croire qu’il y énumérait des catastrophes repérables, qui serviraient de signaux annonciateurs à un évènement proche : « on se dressera nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et en divers endroits des pestes et des famines, des faits terrifiants venant du ciel et de grands signes » (Luc  21,10-11). Force est de constater que tout cela n’est pas réservé à une époque et que, depuis que le monde est monde, il a rarement connu la paix et le calme. Jésus nous met en garde contre une application trop immédiate de ces « signes » quand il nous dit : « ce ne sera pas tout de suite la fin ». Une fin, il y en aura bien une et il le dit, mais elle n’est pas coordonnée avec tel ou tel de ces « signes ». Alors pourquoi les mentionner ? Parce qu’ils traduisent la fragilité fondamentale de notre monde, et qu’à ce titre, ils sont bien annonciateurs de la secousse finale qui touchera tout un univers durci dans son refus de Dieu : tous ces craquements annoncent le craquement ultime, mais ne disent pas à quelle distance nous en sommes. Il n’est même pas dit qu’il y aurait un crescendo qui permettrait de sentir que nous sommes plus proches de la fin aujourd’hui qu’hier ; et pourtant, même sans courbe mesurable, ce terme arrivera et nous sommes prévenus.

Il y a pourtant un signe préalable qui, pour Jésus, est plus significatif que les autres, ce sont les persécutions : « mais, avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous mettra en prison; on vous traînera devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom »  (Luc  21). L’histoire de l’Eglise se déroule sur la toile de fond d’un monde en perpétuel ébranlement, mais son chemin à elle revêt une importance particulière, parce qu’en elle s’opère par avance le jugement de Dieu. Composée d’hommes pécheurs et fragiles, comme tous les autres, elle éprouve dans la chair de ses enfants la haine du monde qui refuse la conversion et se retourne contre ceux qui lui annoncent Jésus-Christ. Mais en eux aussi se manifeste la force de l’Esprit qui les fait tenir debout face à la souffrance et leur permet de persévérer dans la foi jusqu’au jour de la délivrance.
    
Là encore, il s’agit d’une réalité qui se répète depuis les origines, sans qu’on puisse dire que telle persécution, par son ampleur ou sa violence, serait le signe qu’on est tout proche du dénouement. Mais la récurrence des persécutions dans l’Eglise est la preuve que ce monde, comme dit saint Jean, est déjà jugé. L’histoire peut continuer encore des siècles, le monde peut sembler se conforter dans son apparente autonomie, et l’on peut dire, au moins à certains moments, « quel calme ! quelle tranquillité ! », en réalité, la contestation est bien là, et on ne peut la faire taire. Notre terre, vitrifiée par le péché et la mort, se craquelle, pour laisser poindre les petites fleurs du Royaume qui vient.

 

Michel GITTON
 
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