Bénédictions à la procession de communion – par des laïcs

En provenance du blog WDTPRS, nous proposons une traduction et des commentaires d’une intéressante étude parue sur les bénédictions à la procession de communion, qui sont (malheureusement) devenues une sorte de norme indépassable dans nos paroisses françaises.


 

Est-ce que les ministres laïcs peuvent donner des bénédictions pendant la procession de communion ?

Ecrit par Paul Matener Jeudi 22 septembre 2011

https://i2.wp.com/www.anuncioblog.com/wp-content/uploads/2010/10/Beno%C3%AEtXVI-communion2-550x239.jpg?resize=465%2C202

Si vous avez pris des vacances cet été et avez eu la joie de participer à une messe dans une église qui n’est pas celle à la quelle vou sallez habituellement, vous avez peut être remarqué que, pusque nous appartenons à une Eglise universelle, il y a une ressemblance très forte entre une Messe à laquelle vous êtes allé en vacances et votre messe habituelle de la maison.

D’un autre côté, vous avez peut être également remarqué des légères légères différences entre les deux. Mon but, dans cet article, est d’évaluer la légitimité d’une pratique qui varie habituellement entre les paroisses, l’usage des ministres extraordinaires de la sainte communion qui donnent des bénédictions pendant la messe. Comme dans tous mes articles, je ne ferai pas un historique complet pour traiter de façon exhaustive le raisonnement théologique qui est derrière de telles pratiques. J’espère plutôt simplement et clairement expliquer le ius vigens, c’est à dire la loi actuellement en vigueur.

Qu’est-ce qu’un ministre extraordinaire de la sainte communion ?

Afin de comprendre correctement le problème, nous devons d’abord examiner le rôle du ministre extraordinaire de la sainte communion (en abrégé : MESC). Un MESC est un laïc qui a reçu la permission, le droit, la possibilité – typiquement par un évêque le vicaire général – de distribuer la Sainte communion à ceux qui sont présents à la Messe, lorsque c’est nécessaire. La Présentation Générale du Missel Romain (PGMR) de 2002, c’est à dire l’instruction officielle pratique qui accompagne le missel, décrit le MESC dans ses articles 162 et 163.

[NDT : en Anglais, qui est la langue originelle de l’article on dit Extraordinary Minister of the Holy Communion – abrévié par EMHC. C’est une appellation plus juste que celle employée habituellement en France qui est « ministre extraordinaire de l’Eucharistie. Il n’ya a pas en effet à proprement de ministre extraordinaire de l’Eucharistie, puisque seul un prêtre ou un évêque célèbre validement l’Eucharistie. Le fait de porter la communion ne fait pas de la personne qui la porte le dispensateur du sacrement. Au travers de cette nuance on voit au passage qu’il y a :

1 – dans le terme « eucharistie » tel qu’il est employé aujourd’hui dans la sémantique ecclésiale française un vrai problème : parle t’on du saccrement, de sa célébration, des saintes espèces transubstantiées ? Il faudrait être plus précis que de répondre « les 3 à la fois »… !

2 – qu’il est légitime que ce soit le dispensateur du sacrement eucharistique (le prêtre, l’évêque) qui communie les fidèles. C’est pourquoi jusqu’à une date récente, le diacre ne pouvait qu’être ministre extraordinaire de la sainte Communion, car il ne transubstantie pas.]

Pour résumer, les Ministres Extraordinaires de la Sainte Communion (MESC) n’approchent de l’autel qu’après que le prêtre ait communié. Après avoir eux même reçu la communion, ils reçoivent ensuite, de la part du prêtre, les ciboires contenant la Très Sainte Eucharistie et vont distribuer la Sainte Communion aux fidèles qui sont présents à la messe. Lorsque la distribution de la communion est terminée ils remettent les vases sur l’autel et c’est le prêtre qui purifie, et les MESC retournent à leur place dans l’assemblée. [Paul Matener infère ici quelquechose qui n’est pas dans les textes et qui même paraît contraire à l’usage du rite romain. Il ne devrait pas y avoir d’aller retours entre les bancs de l’assemblée et le sanctuaire. Le MESC, dans l’usage, n’est pas un fidèle qui arrive de l’assemblée au moment de la communion du prêtre, et qui approche de l’autel en tenue de ville. C’est un acolyte institué ou extraordinaire qui est habillé comme tel : aube avec cordon, et qui participe à son rang à la liturgie depuis le commencement de celle-ci, à savoir la procession d’entrée. Par ailleurs, les ministres sont supposés être revêtus d’une aube cf. PGMR, donc il n’y a pas de raison de renvoyer des gens ainsi vêtus dans les bancs….]

Quand peut on faire appel à des MESC ?

Les laïcs qui sont appelés à distribuer la sainte communion pendant la messe ne sont pas vraiment appelés « ministres laïcs » comme le titre de l’article le laisse entendre. Au contraire, ils sont appelés ministres extraordinaires de la sainte communion, qui est un terme très descriptif.

Comme nous l’avons vu plus haut, les MESC sont en fait des ministres de la sainte communion, mais il y a plus à dire là dessus ; ils sont ministres extraordinaires de la sainte communion : la présence de ce nécessaire adjectif n’a pas pour but de signifier qu’ils sont des gens formidables même si la pluspart d’entre eux le sont…. Bien plus « extraordinaire » est un mot qui est utilisé dans le but de les distinguer des ministres ordinaires de la sainte communion qui sont les prêtres et les diacres. 

[« Ordinaire », dans le langage ecclésiastique est « dans l’ordre des choses. « Extraordinaire » est « en dehors de l’ordre des choses ».]

En tant que ceux qui ont été ordonnés pour le service des fidèles chrétiens, les pretres et les diacres sont de sministres ordinaires, c’est à dire des serviteurs de la Sainte Communion. Les pretres et diacres sot mis à part par le sacrement de l’Ordre pour le service du reste du Corps du Christ, et spécialement à l’autel.

En 2004, la Congrégation du Culte Divin et de la Discipline des Sacrments a promulgué une instruction qui a pour titre Redemptionis Sacramentum, qui a clarifié certains sujets concernant l’Eucharistie. Au paragraphe 88, on y lit : « C’est le prêtre célébrant qui a la responsabilité de la distribution de la Saint Communion », possiblement avec l’assistance d’autres prêtres ou diacres présents. Le paragraphe 157 du même document mentionne que s’il y a un nombre suffisant de ministre ordinaires présents, alors on ne devrai tpas avoir recours aux MESC.

[On pourra également noter une distinctio appportée entre « célébrant » et « président ». Un prêtre peut ainsi célébrer sans présider, et un évêque ou un prélat peut présider sans célébrer. Mais c’est un autre sujet.]

Cependant, l’article 162 de la PGMR indique que s’il n’y en a pas et si le nombre de communiants est vraiment élevé, le prêtre peut faire appel pour l’aider à des ministres extraordinaires. Redemptionis Sacramentum au par. 151 va plus loin en expliquant que les MESC ne sont utilisés qu’en cas de vraie nécessité et que lorsqu’ils sont utilisés, « des prières spéciales et urgentes d’intercession doivent être multipliées pour que le Seigneur puisse envoyer vite un prêtre pour le service de la communauté. ».

Cependant, le paragraphe 158 résume ainsi : le MESC ne doit être utilsié que si le prêtre est empêché (c’est à ditre grand âge ou maladie) ou si le nombre de communiants est si élevé que la célébrationde la messe soit prolongée de façon déraisonnable.

Est-ce que les MESC peuvent donner des bénédictions ?

Une fois que l’on a bien compris le rôle et les cas dans lesquels ont peut avoir recours aux MESCS, nous pouvons examiner la question elle même. Comme mentionné dans le paragraphe d’introduction, il y a une pratique qui varie selon les paroisses. A certains endroits, les enfants et les non catholiques sont priés de se présenter avec leurs bras croisés sur la poitrine afin de recevoir une bénédiction par le MESC, alors que dans d’autres paroisses, on leur demande de rester assis. Même la bénédiction donnée varie en forme de façon importante en fonction de l’endroit. Quelquesoit la pratique, demendons-nous maintenant si les MESC sont fondés à donner des bénédictions pendant la communion.

En 2008 la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a reçu une lettre demandant précisément une position sur ce problème. La Congrégation a répondu en privé avec 5 observations expliquant pourquoi cette pratique n’est pas permise. [Donc : cette pratique n’est PAS permise.]

Mais d’abord, voyons comment – même si une réponse privée n’a pas la force d’une loi universelle, elle contient cependant (et spécialement celle-ci) une analyse excellente pour résoudre le problème, en nous donnant une vision inédite de la pratique de la Curie Romaine. Dit autrement, cette réponse privée est applicable non pas en raison de l’argument d’autorité mais à cause de la pertinence de son argumentation rationnelle.

Bénédiction donnée à la fin de la messe

La Congrégation du culte divin donne dans une première observation que la bénédiction de la Messe est donné à tous ceux qui sont rassemblés dans l’église seulement quelques instants après la réception de la communion. C’est à dire lorsque le prêtre, en faisant le signe de croix, dit « Que le Dieu tout puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le saint Esprit ».

Dit autrement, il n’y a pas besoin de bénédictions données pour seulement certaines personnnes de l’assemblée (enfants, non catholiques) pendant la communion, à partir du moment où toute l’assemblée reçoit une bénédiction juste après.

 Les laïcs ne bénissent pas à la messe.

Dans la deuxième observation, on nous rappelle que dans le contexte de la messe, la bénédiction est de la compétence du prêtre, pas des laïcs.

[nous ajouterions du prêtre célébrant voire président : c’est celui qui est à la tête de l’assemblée, célébrant ou pas, d’ailleurs – cf. le cas de la chapelle pontificale – qui donne la bénédiction]

L’article 18 du livre des bénédictions mentionne d’ailleurs que même si des laïc donnent certaines bénédictions, si un prêtre ou un diacre est présent, l’office de présidence (notamment sur une bénédiction) doit lui être laissé.

Une instruction de 1997, Ecclesia de Mysterio, sur la collaboration des fidèles laïcs indique même que les laïcs ne devraient jamais dire des prières ou faire des actions pendant la messe qui sont propres au prêtre, parce que cela pourrait mener à une confusion des rôles. Puisque les bénédictions de l’assemblée pendant la messe sont réservées aux prêtres, les laïcs ne doivent pas en faire.

 L’imposition des mains est découragée

La troisième observation concerne la pratique dans certains endroits où le MESC impose la main sur un membre de l’assemblée en signe de bénédiction. La réponse privée établit que cette pratique doit être découragée explicitement parce que l’imposition des mains a sa propre signification sacramentelle, et elle est donc inappopriée dans ce cas. Le catéchisme mentionne que comme c’est le signe spécifique qui accompagne l’administration des sacrements (comme la confirmation) et la succession des apôtres, l’imposition des mains n’a pas à être utilisée ici.

Ceux qui ne peuvent pas recevoir de bénédiction.

Dernièrement, dans les 4ème et 5ème observations, la réponse privée mentionne qu’il y a certaines personnes qui ne devraient ni approcher la Sainte Communion, si recevoir une bénédiction. Cela concerne les non-catholiques, et ceux qui sont mentionnés au canon 915, ceux qui tombent sous le coup d’une excommunication et ceux qui persistent dans une péché grave manifeste. Donner une bénédiction à ces personnes peut donner l’impression qu’ils sont en pleine communion avec l’Eglise ou qu’ils ont corrigé leur peché. Pour éviter la possibilité d’un scandale, les MESC ne devraient pas donner de bénédiction. 

[le problème réside dans le fait que certaines personnes ne devraient pas recevoir de bénédiction; pas seulement que ces bénédictions soient données par les MESC. Si l’on comprend bien cette remarque de la Congrégation du Culte Divin, même les prêtres ne devraient jamais donner de bénédiction, pêcheurs dans une situation grave qui y persistent – comme par exemple les divorcés remariés, ou les non-catholiques ou non-chrétiens].

Interdiction d’ajouter quoique ce soit aux rites

Le canon 846 mentionne spécifiquement que personne, sur une initiative personnelle, ne devrait ajouter, omettre ou modifier quoi que ce soit dans les livres liturgiques. Nulle part dans le Missel romain ou la PGMR ne sont mentionnés des bénédictions données pendant la communion à ceux qui ne peuvent pas recevoir l’Eucharistie, [et a fortiori] par les MESC. Donc, cette pratique de bénédictions est uen addition au rite, qui est strictement prohibée.

De l’usage des sacramentaux

Quelquefois, on peut être tenté de penser que si quelquechose n’est pas partie prenante de la messe, il n’a pas d’importance spirituelle. Mais ce serait négliger le pouvoir des sacramentaux, parmi lesquels il y a les bénédictions, qui sont des actions liturgiques signifiant des effets spirituels obtenus au travers de l’intercession de l’Eglise. Réalisés correctement, et dans le contexte idoine, ces bénédictions nous préparent bien à recevoir la grâce et sanctifient les diverses occasions de la vie.

Un des sacramentaux que les laïcs peuvent administer est la bénédiction des enfants, qui peut être une simple prière « Que le Seigneur te garde et te fasse grandir dans Son amour, pour que tu puisses vivre ce qu’Il veut pour toi, maintenant et toujours, amen ».

Par ailleurs, même si les MESC n’ont pas la permission de donner des bénédictions pendant la Messe, le désir de bénir est bon en lui même, et peut devenir un fructueux aspect de notre foi lorsqu’il est réalisé dans les règles des rites de l’Eglise. En tant que parent, j’ai toujours aprécié la pratique de la bénédiction de mes jeunes enfants avant de dormir ; et en leur enseignant la révérence envers l’Eucharistie par une simple inclination de la tête lorsqu’ils passent devant le MESC.[ll faudrait nuancer ici : la geste de révérence prescrit par le rite romain devant la Sainte Eucharistie est bien la génuflexion, pas un autre geste, que ce soit l’inclination de la tête ou même du corps.]

Paul Matener est diplômé d’un MTS à l’université Ave Maria (Etats-Unis d’Amérique), et est enseignant à la « Seat of Wisdom Diocesan Institute » au diocèse de Madison. Il étudie actuellement le droit canon à l’université d’Ottawa, en Ontario, où il habite avec sa femme et ses trois enfants.

 


Concluons pour notre part : il apparaît bien que les gestes de bénédiction pendant la procession de communion sont mal venus voire des fautes liturgiques lorsqu’ils sont accomplis par les Ministres Extraordinaires de la Sainte Communion (MESC). Il va s’agir désormais d’extirper cette habitude quasiment universellement reçue dans les paroisses… Au travail !

COMMENTS

Laisser un commentaire