Benedicte, ne nos derelinquas !

Voici un moment historique dans l’Eglise. Ça y’est, le siège de Pierre sera vacant le 28 février prochain. Un sentiment d’angoisse m’envahit… Et d’amertume peut être : comment peut on se voir abandonné par son père sans pleurer ? Benoît, pourquoi nous laissez-vous maintenant, à l’orée du Carême, au moment même où notre pays s’apprête à faire passer en force des lois iniques, anti chrétiennes et anti humaines ? Alors même que votre pensée théologique, votre intelligence et votre finesse sont un appui dont nous avons plus que jamais besoin ? Nous prenons le chemin du désert avec le cœur lourd… car nous vous aimons, et nous vous conservons comme père.

L’ouvrier à la vigne de Seigneur a décidé de passer la main. Tout en étant heureux de voir se dénouer de cette façon – même inattendue ! – ce pontificat prophétique, je regrette en pleurant ces années d’intelligence, de bon goût, d’humanité, vos encycliques, vos enseignements du mercredi. Après un tel pasteur, une telle figure charismatique, un enseignant de cette intelligence, de cette culture, de cette stature, qui aurons nous ?
Pour autant, je me souviens de 2005 ; à l’époque une angoisse non moins pressante m’envahissait : je n’arrivais pas à imaginer quelqu’un de la stature de Jean-Paul II lui succéder. Et pourtant, à l’apparition de Benoît XVI au balcon de Saint Pierre, tout cela m’est apparu de façon évidente : mais oui, c’est bien lui le pape ! Nous avions perdu un très grand pape, et nous en avions gagné un nouveau, au moins aussi grand ! Alors n’en doutons pas, notre prochain pape sera de la qualité de nos papes du XXème et du XXIème siècle. Rendons grâces à Dieu par avance.
Prions donc dès maintenant pour le collège des cardinaux, qu’ils sachent être la main de l’Esprit saint dans le choix du successeur de Pierre. Une anecdote : nous avions reçu, en 2005 ma femme et moi, le numéro « spécial conclave » de « La Croix, » qui avait comme double page les miniatures photographiques de tous les cardinaux. Conscients de participer par la prière au Conclave et à sa préparation, nous chantions tous les soirs le Veni Creator avec le verset et l’oraison. Un soir ma femme me dit : vas-y, sous l’impulsion de l’Esprit Saint tu peux désigner qui sera le prochain pape, en fermant les yeux et en pointant du doigt le journal… Et moi de rechigner à faire ce genre de choses, ne voulant pas « tenter le Seigneur » en le poussant à réaliser des « prodiges ». Et puis une sorte d’ordalie, aux relents charismatiques, c’est quelque chose qui me révulsait profondément, alors même que je suis le chantre de la piété ordinaire… Pourtant, je l’ai fait (que ne fait on pas sous l’influence féminine !). Et ce soir là, et c’était 3 jours avant l’élection de Benoît XVI, c’est bien sur Joseph, Cardinal Ratzinger que mon doigt avait pointé. J’ai été prophète ce jour là, malgré moi ! L’Esprit Saint a guidé le Conclave en 2005, il le guidera en 2013. Mais pour cela :  Prions, prions, prions !

Page 848 dans le Graduale Romanum (ou Triplex) :

venicreator
Viens, Esprit Créateur,
visite l’âme de Tes fidèles,
emplis de la grâce d’En-Haut
les cœurs que Tu as créés.

Toi qu’on nomme le Consolateur,
Le don du Dieu très-Haut,
La source vivante, le Feu, la Charité,
L’Onction spirituelle.

Tu es l’Esprit aux sept dons,
le doigt de la main du Père,
Son authentique promesse,
Celui qui enrichit toute prière.

Fais briller en nous Ta lumière,
Répands l’amour dans nos coeurs,
Soutiens la faiblesse de nos corps
Par Ton éternelle vigueur !

Repousse au loin l’Ennemi,
Donne-nous la paix qui dure ;
Que sous Ta prévenante conduite,
nous évitions tout mal et toute erreur.

Fais-nous connaître le Père,
révèle-nous le Fils,
et Toi, leur commun Esprit,
fais-nous toujours croire en Toi.

Amen.

V/. Envoie Ton Esprit, et il se fera une création nouvelle.
R/. Et Tu renouvelleras la face de la terre.
Prions : O Dieu, qui as instruit les coeurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit, donne-nous par ce même Esprit, de goûter ce qui est droit, et de jouir sans cesse de ses consolations. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

COMMENTS

  • Jérôme

    Bonjour,

    C’est joliment écrit ! J’ai exactement les mêmes sentiments. C’est consternant et bouleversant.
    Mais je n’ai aucune inquiétude quant à son successeur. Plus que jamais nous allons vivre un grand et intense Carême.

    Je m’interroge tout de même : que va devenir le Pape actuel dès qu’il aura quitté sa charge ? C’est une situation rare dans l’histoire de l’Eglise. A moins qu’il soit persuadé que sa fin est proche et qu’il ait voulu anticiper son départ.

    Veni Creator !

  • Jérôme

    La suite.

    Je lis qu’il va se retirer dans un monastère à Rome. Il a probablement à souhait de ne pas entraver son successeur. Admirable !

  • Oui moi aussi, je suis triste, très triste même. Je croyais à une blague, une espèce de poisson d’avril. J’ai cru rêvé d’un mauvais rêve. Mais non, le rêve est réel. Mais j’osais pas le croire.
    Cela me rappelle mon père, au Vietnam, lors de la mort du Pape Pie XII. C’était le 8 octobre 1958. Mon père, décédé lui-aussi maintenant, apprenait par la radio cette mort. Il ne croyait pas non plus, car il ne croyait pas à la radio, cette voix bizarre qui parlait dans le vide à partir du vide. Il ne savait pas que la radio existe. On venait de s’échapper au régime communiste du Vitenam du Nord. On venait juste de goûter juste à la liberté !
    Mais le Saint Esprit est là. Ayons confiance en lui. Il saura inspirer le coeur et l’intelligence des conclavistes d’élire un successeur pour l’Eglise. Veni Sancte Spiritus !

  • admin

    Fratres carissimi
    Non solum propter tres canonizationes ad hoc Consistorium vos convocavi, sed etiam ut vobis decisionem magni momenti pro Ecclesiae vitae communicem. Conscientia mea iterum atque iterum coram Deo explorata ad cognitionem certam perveni vires meas ingravescente aetate non iam aptas esse ad munus Petrinum aeque administrandum.
    Bene conscius sum hoc munus secundum suam essentiam spiritualem non solum agendo et loquendo exsequi debere, sed non minus patiendo et orando. Attamen in mundo nostri temporis rapidis mutationibus subiecto et quaestionibus magni ponderis pro vita fidei perturbato ad navem Sancti Petri gubernandam et ad annuntiandum Evangelium etiam vigor quidam corporis et animae necessarius est, qui ultimis mensibus in me modo tali minuitur, ut incapacitatem meam ad ministerium mihi commissum bene administrandum agnoscere debeam. Quapropter bene conscius ponderis huius actus plena libertate declaro me ministerio Episcopi Romae, Successoris Sancti Petri, mihi per manus Cardinalium die 19 aprilis MMV commissum renuntiare ita ut a die 28 februarii MMXIII, hora 29, sedes Romae, sedes Sancti Petri vacet et Conclave ad eligendum novum Summum Pontificem ab his quibus competit convocandum esse.
    Fratres carissimi, ex toto corde gratias ago vobis pro omni amore et labore, quo mecum pondus ministerii mei portastis et veniam peto pro omnibus defectibus meis. Nunc autem Sanctam Dei Ecclesiam curae Summi eius Pastoris, Domini nostri Iesu Christi confidimus sanctamque eius Matrem Mariam imploramus, ut patribus Cardinalibus in eligendo novo Summo Pontifice materna sua bonitate assistat. Quod ad me attinet etiam in futuro vita orationi dedicata Sanctae Ecclesiae Dei toto ex corde servire velim.
    Ex Aedibus Vaticanis, die 10 mensis februarii MMXIII
    BENEDICTUS PP XVI

  • Frères très chers,

    Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire.

    Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la Sainte Église de Dieu au soin de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les Pères Cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife. Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière.

    Cité du Vatican 10 février 2013

    BENEDICTUS PP XVI

Laisser un commentaire