Aux vêpres : prêtre dans l’assemblée ?

A l’occasion de l’heure d’adoration eucharistique mondiale de dimanche dernier, qui était supposée se dérouler dans les cathédrales du monde entier, une église du centre ville a procédé à l’exposition du Saint Sacrement jusqu’à 18:00 et qui s’est achevée par la célébration publique des vêpres présidées par l’évêque.

J’ai été assez surpris de constater qu’il y avait présent, dans l’assemblée, un prêtre, qui ne s’est pas joint au clergé de cette paroisse au moment de la liturgie ; j’ai trouvé ça profondément faux, puisqu’il s’agit bien d’une célébration de la liturgie publique, qui plus est par l’ordinaire du lieu, où justement devrait se manifester la juste hiérarchie des ministres dans l’Église particulière au sommet de laquelle on trouve justement l’évêque.

Assez troublé par cette constatation, je me suis demandé si je n’étais pas moi-même victime d’une « rubriquite », cette maladie qui fait voir partout dans la liturgie et même malgré soi des fautes liturgiques. J’ai donc recherché s’il existait dans les publications liturgiques officielles quelque chose qui encourage le clergé à participer au chœur aux vêpres et non pas dans la nef…


Vêpres célébrées par Benoît XVI. A sa droite, un cardinal diacre.

Dans la Présentation Générale de la Liturgie des Heures (PGLH) qui est le préliminaire du livre qu’on appelle communément le « bréviaire » et qui est supposé donner des indications contraignantes, on peut lire :

253 Dans la célébration solennelle de la Liturgie des heures, de même que dans les autres actions liturgiques, «chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu des normes liturgiques» (const. sur la Liturgie, n. 28 )

254 Si c’est l’Évêque qui préside, surtout dans la cathédrale il sera entouré de son presbyterium et de ministres, avec la participation plénière et active de tout le peuple. Mais ordinairement, dans toute célébration avec le Peuple c’est le prêtre ou le diacre qui présidera, et il y aura aussi des ministres.

Dans Redemptionis sacramentum on trouvé également :

128 – La sainte Messe et les autres célébrations liturgiques, qui sont des actions du Christ et du peuple de Dieu organisé hiérarchiquement, sont réglées de telle sorte que les ministres sacrés et les fidèles laïcs peuvent y participer clairement, selon leur propre condition. Ainsi, il est préférable que «les prêtres présents à la célébration de l’Eucharistie, exercent d’ordinaire le ministère de leur Ordre propre, sauf si une juste cause les en excuse, et par conséquent qu’ils y participent comme concélébrants, revêtus des vêtements liturgiques. Autrement, ils portent sur la soutane leur propre habit de chœur ou le surplis».[ Cf. Missale Romanum, Institutio Generalis, n. 114; cf. nn. 16-17] Sauf dans des cas exceptionnels justifiés par l’existence d’une juste cause, il ne leur est pas permis de participer à la Messe, quant à l’aspect extérieur, comme s’il étaient des fidèles laïcs.

La liturgie de façon générale – et la liturgie des heures en particulier – c’est donc le lieu de la manifestation de l’organisation hiérarchique du peuple de Dieu, dont la tête, le chef, est le Christ. Le prêtre est donc encouragé à concélébrer la messe auprès de son évêque ; il est manifestement également encouragé à signifier la nature de son sacerdoce spécialement dans la célébration des heures. Il est donc bien triste de ne pas déployer cette réalité essentielle de la prière publique de l’Église en réduisant cette dernière à une simple et trop commune dévotion… en commun ! C’est en quelque sorte retirer à la dimension liturgique son caractère propre d’universalité.

Une fois cela constaté, deux remarques :

La première, c’est que pour que tout cela ait du sens en ce qui concerne l’office divin, il s’agirait opportunément de rétablir la distinction des espaces dans les églises : le sanctuaire (où se tient le clergé) le chœur, où se tient… le chœur – qui chante… – et la nef où se tient la foule. Evidemment pour être juste et compréhensible les précédentes prescriptions le sous entendent.

La seconde, c’est que tout cela devienne visible, il serait temps de savoir distinguer pour le clergé la tenue de chœur, de la tenue civile d’une part et la tenue de célébration de la tenue de chœur. En tenue de chœur, on est en soutane avec surplis ou rochet. En tenue de célébration, on est en aube avec chape ou dalmatique.

Ce n’est donc certainement pas le lieu de « faire simple » au prix de sacrifier une dimension essentielle de la prière liturgique. Cette fausse simplicité, quel qu’en soit le responsable – ou le coupable -, relève dans la plupart des cas d’une conception malencontreuse de ce qu’est la dignité du sacrement de l’ordre. Car trop souvent, les laïcs étant cléricalisés, les clercs finissent – souvent même à leur cœur défendant – à se laïciser. C’est aimer nos prêtres que de leur donner toute leur place et c’est aimer notre baptême d’être à la nôtre… Sur ce sujet, nous reviendrons sans doute très bientôt sur notre site.

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