Au second livre des martyrs d’Israël (XXXIIème dimanche per annum)

Le texte du second livre des Martyrs d’Israël (ce qu’on appelait jadis le livre des Macchabées) que nous lisons aujourd’hui est une des premières affirmations fortes de la Résurrection des morts. Elle retentit dans un contexte de bouleversement où l’attente séculaire d’Israël est battue en brèche : non seulement les justes ne sont pas récompensés, mais c’est l’inverse, ceux qui sont fidèles à Dieu doivent le payer de leur vie. Non seulement la fidélité ne conduit pas au bonheur, mais c’est elle qui cause le malheur !

Dans ce contexte d’extrême tension, on pourrait s’attendre à ce que la leçon soit : d’accord aujourd’hui cela va mal pour vous, mais demain dans le ciel vous connaîtrez le bonheur. C’est un peu ce que dit Socrate avant de mourir, condamné par la méchanceté de ses concitoyens : il vaut mieux mourir pour avoir fait le bien que pour avoir fait le mal, je quitte sans regret ce monde passager et décevant pour un monde meilleur. Les sept frères qui sont massacrés pour le respect de leur foi juive ne disent pas tout à fait la même chose. Pour eux, ce n’est pas l’immortalité de l’âme qui les fascine et leur donne du courage, c’est la perspective d’une résurrection. Ressusciter veut dire : « se relever » et la Bible, qui est fort peu spiritualiste, envisage ce relèvement de manière très concrète, comme la reprise des fonctions vitales.

Espérer en la résurrection, ce n’est pas imaginer un happy end après le cauchemar, c’est faire confiance à Dieu qui a voulu créer ce monde comme une « bonne chose ». Même si notre séjour en ce monde semble rugueux et se terminer par une impasse, Dieu n’est pas à court de moyens pour réaliser autrement ce qu’il a voulu. Sa victoire ne sera pas ailleurs, dans un autre monde, elle est ici-bas avec ce que nous sommes, dans ce corps qui souffre et qu’on peut torturer. Sans doute cela ne pourra se faire qu’au prix d’une métamorphose totale, dont nous ne savons ni les temps ni les moyens. Mais Dieu sait.

 

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Sur un point l’espérance de Socrate et celle des frères Macchabées se rejoint : la certitude d’un jugement. La Résurrection ne se fera pas sans une confrontation avec Dieu, où la vérité de nos vies apparaîtra. On ne conquiert pas l’au-delà, on ne se bâtit pas une éternité, on reçoit la Résurrection, comme un don. C’est pourquoi il est dit que le persécuteur, lui, « ne connaîtra pas la résurrection pour la vie éternelle ». Non pas qu’il ne reprendra pas vie au moment du Jugement, mais en ce sens que cette résurrection ne débouchera pour lui sur aucune vie bienheureuse.

 Le recours au futur permet de résoudre l’équation du présent. Mais ce n’est pas une fuite, ou un rêve : la résurrection s’appuie sur toute la foi biblique en un Dieu de vie, qui n’a pas créé la mort, qui ne se réjouit pas de la perte des vivants : « Il a créé toutes choses pour la vie; les créatures du monde sont salutaires; il n'y a en elles aucun principe de destruction, et la mort n'a pas d'empire sur la terre » (Sagesse 1, 14). Loin de tout soupçon sur la chair, elle croit que Dieu est constant dans ses choix et qu’il n’a pas créé l’homme à la jointure du matériel et du spirituel pour changer d’avis et le faire un jour pur esprit.

Michel GITTON

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