Après les néo rubricistes, les néo-traditionnalistes….

La Croix du 28 décembre nous rapporte les éléments suivants :

Les décorations de Noël et les guirlandes d’un majestueux sapin éclairent l’intérieur de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, située en plein centre de Londres, dans l’arrondissement d’Islington. À leur entrée, chaque pratiquant, sans exception, se saisit d’une notice rouge et blanche : une feuille A4 plastifiée, pliée en trois et intitulée « Messe : les textes du Missel romain révisé »

Depuis le premier dimanche de l’Avent, toutes les messes en anglais doivent en effet suivre la nouvelle traduction du rite latin. « Franchement, cela n’a pas été simple au début, avoue Frank, un fidèle paroissien. Je prononçais depuis plusieurs décennies les mêmes phrases et il a fallu effacer toutes ces habitudes. »  

À ses côtés, son épouse approuve mais rappelle leur situation de privilégiés : « Nous venons tous les jours, donc nous intégrons rapidement les changements. Ce n’est pas le cas des plus âgés et de ceux qui ne viennent que le week-end. »

Suivre la messe avec une attention nouvelle

La célébration a en effet laissé entrevoir de légères hésitations, aussi bien de la part des croyants que du P. Kingsley. « Il m’arrive aussi de me tromper, reconnaît-il en souriant. La lecture du précédent texte était plus aisée. Même si je n’ai pour le moment entendu que des retours positifs, [L’article prétend que les paroissiens ont du mal… Mais le curé indique qu’il n’a que des retours positifs… Qu’en conclure ? Que la difficulté ne rebute pas face à l’amélioration sensible des textes employés ?] il faut désormais réaliser plus d’efforts pour comprendre la signification des textes. »  [On pourrait tout simplement affirmer : qu’enfin les paroissiens commencent à entrer dans la véritable signification des textes…. !]

Alors qu’elle jette un coup d’œil vers la décoration qu’elle a aidé à installer, Victoria dit trouver cet aspect intéressant. « Nous ne pouvons plus rêvasser et nous laisser porter par notre mémoire. Nous sommes obligés de refaire attention aux mots, à leur sens, de suivre à nouveau la messe avec attention. » [Bref… ça s’appelle la participation active….]

Cette nouvelle traduction a été décidée en 2000 par Jean-Paul II désireux de remplacer un missel lancé dans l’urgence en 1973. « Depuis le début, il était reconnu que la traduction devrait être refaite, expliquent les représentants de l’Église catholique d’Angleterre et du pays de Galles. Les traducteurs, suivant les directives de l’Église, avaient choisi un style direct et simple. Cela fut souvent obtenu par la simplification des textes des prières. Les gens noteront dans la nouvelle traduction un style plus riche, en contenu et notamment dans les allusions bibliques. »  [Il y a effectivement un véritable saut qualitatif, le véritable début du commencement de l’application de la réforme litrugique… ce n’est que maintenant et c’est loin d’être fini !]

Frank a bien remarqué cette évolution. « J’aime beaucoup les nouveaux apports. Les textes et les paraboles sont un peu plus longuement décrits, j’ai donc vraiment l’impression de les vivre. » [Il trouve ça …..beaucoup mieux ! Beaucoup mieux ! Mais alors pourquoi La Croix prétend dans le titre de l’article que les paroissiens trouvent ça moins bien ?]

« Le prêtre est lui-aussi parfois perdu !  »

i Victoria dit également apprécier la tendance générale du missel, « assez poétique », elle estime que « nous aurions pu nous rapprocher de nos cours de catéchisme, où les phrases étaient soignées et coulaient plus facilement. Par exemple, à la question : “Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ?”, nous répondions : “Pour le connaître, pour l’aimer, pour le servir.” La répétition des mots, lorsqu’elle est intelligemment rédigée, se retient aisément. » [Donc, oui, toutes les répétitions ne sont pas inutiles… Et encore une paroissienne qui trouve ça mieux !]

Anne, une Française installée à Londres avec son mari et ses deux fillettes, regrette également [Comment ça « également » ? C’est la seule qui regrette de l’article ?] ce passage à un langage moins parlé, qui complique l’apprentissage des nouveaux textes. « Avant la communion, au lieu de dire : “Je ne suis pas digne de te recevoir”, il faut désormais dire : “Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.” C’est joli, mais beaucoup moins concret, et donc moins aisé à retenir. [Chère Françoise : c’est exactement le texte biblique que L’Evangéliste met dans la bouche de Zachée… C’est la traduction précédente qui était fautive et négligeait ce lien avec l’Ecriture ! NB : nous avons ce même problème dans la traduction du missel français, qu’il faut également corriger, comme l’a demandé Jean-Paul II…. Il y a 11 ans !]D’autant qu’à l’église, on nous donne une notice sur laquelle ne sont indiqués que les passages modifiés, mais pas le déroulé entier de la messe et les chants. Du coup, je vois bien que la plupart des gens, et même parfois le prêtre, sont perdus. » [Tout changement entraîne une période d’acclimatation… Donc c’est naturel. La richesse des textes actuels aura bien vite fait de faire oublier la pauvreté des textes précédents. Ca se passera bien, c’est sûr…]

Distance nouvelle

Surtout, les deux femmes n’apprécient pas la signification profonde qu’elles perçoivent dans ces changements. En effet, pour Victoria, « lorsque le prêtre dit : “Le Seigneur soit avec vous”, nous devons répondre : “Et avec votre esprit”, alors qu’avant nous disions : “Et avec vous.” Cette notion d’esprit éloigne la présence de Dieu, le rend plus virtuel. »  [Il y a une signification théologique au « et cum spiritu tuo ». Ce n’est pas juste une formule de politesse. L’esprit qui est désigné ici, c’est bien l’esprit qui habite l’âme du ministre ordonné… Et oui certes, on pourra se rappeler de ce que dit S. Jean-Marie Vianney sur la dignité sacerdotale, qui oblige à une certaine distance… C’est la pensée de l’Église catholique, tout simplement, et il est légitime que cette pensée transparaisse des textes liturgiques. La précédente traduction était fausse et teintée de marxisme, voilà tout. Et nous ne sommes plus à l’époque de la geurre froide…. Tournons la page.]

Anne sent également une distance nouvelle placée entre Dieu et les fidèles, qu’elle compare à « un retour à l’ancien temps, au cours duquel Dieu était trop glorifié, trop lointain. Il devient intouchable alors que je veux être proche de lui ! » [Trop glorifié, Dieu, dans le culte divin ? Je vous rassure, cher Tristan, cela n’arrivera jamais. Dieu n’est jamais trop glorifié. Et d’ailleurs, c’est bien à glorifier Dieu que nous passons toute notre vie terrestre et même toute notre vie (éternelle) dans l’au-delà et après la Parousie, après Sa seconde venue dans la gloire, que nous proclamons à chaque messe : Mysterium fidei : Mortem tuam annuntiamus, Domine, et resurrectionem tuam confitemur, donec venias : Mystère de Foi : Nous annonçons Ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons Ta résurrection, jusqu’à ce que Tu viennes. Tiens… Un passage mal traduit… Dans le missel… en français ! ]

TRISTAN DE BOURBON, à Londres

Nous connaissions les néo rubricistes, qui sont tellement crispés sr les rubriques du missel actuel qu’ils ne comprennent pas et n’entrevoient rien du génie, du mouvement intérieur du rite romain, et vont jusqu’à faire l’inverse de ce qui est prescrit, par « fidélité » à ce qu’ils croient être juste et qui est en fait contre l’usage. Nous faisons désormais connaissance avec les néo-traditionnalistes, qui sont crispés sur une version transitoire, fautive et indigente d’un texte officiel mal traduit. Comment comprendre cette « sortie » pour le moins choquante de la Croix ? Au lieu d’accompagner une évolution heureuse vers une plus grande fidélité à ce que fait l’Église dans sa prière publique, le quotidien « qui fait référence dans l’Église qui est en France » fait indirectement un travail de sape contre le travail de traduction des textes liturgiques actuellement en chantier dans la francophonie. Il nous prévient contre ces futures nouvelles traductions … Par avance, elles sont décrédibilisées parce que nous apprenons déjà que de toutes façons, par principe elles « éloignent », elles sont un retour « à l’ancien temps ».

Quant à nous, nous dénonçons avec la dernière énergie ces néo-traditionnalistes idéologiquement marqués qui bloquent justement le renouveau de l’Église. Et ce qui est certain en tout cas c’est qu’après un tel article, on n’est pas près en France de voir s’appliquer les nouvelles traductions du missel… Quel gâchis !

COMMENTS

  • maire

    Pour le Dominus vobis cum, voici un extrait d’un cours de Liturgie d’un séminaire Québécois :
    «  » L’EXPRESSION « ET AVEC VOTRE ESPRIT » : LE MINISTRE N’AGIT PAS EN SON NOM, MAIS AU NOM DU CHRIST.
    Pourquoi pas « avec toi aussi » en réponse à « Le Seigneur soit avec vous » ? Saint Jean Chrysostome a écrit un commentaire à ce sujet qui se résume ainsi : quand on salue le Président, on ne salue pas l’homme mais l’Esprit Saint qui agit en lui et à travers lui. « Et avec votre esprit » exprime le souhait de l’assemblée de voir dans le Président la présence même du Christ qui préside et exprime également le souhait qu’il y ait union entre l’Esprit Saint et l’esprit de cette personne : donc, chaque fois qu’une assemblée répond de cette façon, c’est comme si elle disait au Président : « Nous souhaitons que vous soyez saint » ! Malheureusement, en anglais, la traduction a produit « and also with you » : le vrai sens théologique est perdu… mais une
    nouvelle traduction se prépare qui respectera ce sens : « and with your spirit ».

    Autres remarques :
    < « Le Seigneur est avec vous » (que l’on entend souvent) n’est pas faux en soi, mais ne contient pas tout le sens de « Le Seigneur soit avec vous » qui est une imploration
    adressée à Dieu (pour qu’il réalise ses promesses) en même temps qu’un souhait fait
    à l’assemblée : le subjonctif exprime un dynamisme qui n’existe pas dans l’indicatif.

    < « Le Seigneur est avec nous » : il n’y a ici aucune réponse à donner !
    "

  • admin

    Merci pour cette excellente précision.

    Cependant, ce qu’il faudrait ajouter, c’est la confusion – habituelle elle aussi, malheureusement – entre « président » et « célébrant », qui apparaît également de façon tout à fait claire dans cette explication de ce séminaire d’outre atlantique.

    On peut célébrer sans présider, et également présider sans célébrer. Par ailleurs, le « Dominus vobiscum » n’est pas réservé au célébrant ni même au président. La réponse « et cum spiritu tuo » est réservée au ministre ordonné. En effet, ce sont aussi les mots du diacre qui proclame (chante) l’Évangile.

    Bref cette confusion est sans doute aussi la conséquence de la formation liturgique du clergé avec le fameux « Du bon usage » dont nous reparlerons bientôt.

  • Abbé B. Galvan

    Une petite précision sur le Dominus vobiscum du diacre à l’Evangile, ou du prêtre d’ailleurs qui supplait à l’absence de diacre, puisque précisément il ne s’agit pas de la présidence mais d’être le ministre de l’annonce de l’Evangile: le ministre n’étend pas les mains, il les tient fermées, ce que visiblement la plupart des diacres et des prêtres ne savent pas si l’on en croit la pratique de ces derniers.

  • admin

    Tout à fait exact, cher M. l’abbé. Le diacre n’étend jamais les mains, ni au « le Seigneur soit avec vous » (Dominus vobiscum) de l’Évangile, ni même au « Allez dans la paix du Christ » (Ite missa est) ou au « Dans la charité du Christ donnez vous la paix ». (Offerte vobis pacem).

    En réalité, la plupart du temps , on n’apprend pas à être diacre….
    Tenir les mains fermées, cela signifie les mains jointes (les rubriques sont précises sur ce point). Et les mains jointes dans l’usage, ce sont les doigts droits, avec le pouce droit sur le pouce gauche.

    Je renverrais volontiers au dernier numéro de « Dimanche en paroisse »,http://www.dimancheenparoisse.fr/ dans lequel il y a un (excellent) dossier sur les gestes liturgiques, du prêtre, du diacre, des fidèles laïcs.

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