A l’approche du Jeudi Saint : le « Mandatum »

Nous republions ici un article paru il y a un an sur notre site, sous le titre « Menu détails et grandes significations » mais après le Triduum pascal en étant certains qu’il intéressera tous ceux qui voudront vivre avec plus d’intensité ces cérémonies.

Le rite du lavement des pieds.



Comme chacun sait, la pratique du lavement des pieds et sa signification varie grandement entre les diverses paroisses, en fonction des « sensibilités » du clergé et / ou des équipes liturgiques. Dans beaucoup d’endroits, par souci de représentativité de la communauté, des hommes, des femmes ou des enfants participent à ce rite, qui est interprété de la façon suivante : le Christ, serviteur des serviteurs, est venu pour tous et chacun(e). Cette signification du rite serait, selon certains, autorisée de façon récente dans l’esprit de la réforme liturgique. Sans vouloir remettre en cause en aucune façon qu’effectivement, le Christ est le rédempteur de tous (qu’ils soient chrétiens ou non, d’ailleurs, et cela renvoie à Dominus Iesus, sur l’unicité et l’universalité salvifique du Christ et de l’Eglise), il faut tout de même rappeler la signification du rite du lavement des pieds : le geste que fait le Christ le jeudi saint n’est pas seulement le signe d’un service ordinaire rendu à chacun, mais signifie un service sacerdotal fait in persona Christi. Le caractère « sacerdotal » du geste du lavement des pieds est bien souligné par la parole du Christ à Pierre ; « « Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi. » » (Jn 13,8 : ). Chacun se souvient alors de l’excessive réaction de l’apôtre…


Tout cela a une signification tirée directement de la tradition juive. L’acte du lavement des pieds est un rituel de préconsécration pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l’entrée de la tente de réunion, et tu les laveras avec de l’eau. »). Mais de quelle « part » parle donc Jésus ? C’est une « part », qui renvoie directement et exclusivement aux Lévites : le mot est employé uniquement dans (Dt 10:9 « C’est pourquoi Lévi n’a ni part ni héritage avec ses frères: C’est Yahweh qui est son héritage, comme Yahweh, ton Dieu, le lui a dit »., 12:12, « Et vous vous réjouirez en présence de Yahweh, votre Dieu, vous, vos fils et vos filles, vos serviteurs et vos servantes, et le Lévite qui sera dans vos portes, car il n’a reçu ni part ni héritage avec vous. » 14:27-29 « Tu ne délaisseras pas le Lévite qui sera dans tes portes, car il n’a ni part ni héritage avec toi. », et 18:1-2. « Les prêtres lévitiques, la tribu entière de Lévi, n’auront ni part ni héritage avec Israël; ils se nourriront des sacrifices de Yahweh faits par le feu et de son héritage. Ils n’auront point d’héritage au milieu de leurs frères; Yahweh est leur héritage, comme il leur a dit. ».

En parlant de cette « part avec lui », le Christ a un langage explicitement lévitique, sacerdotal. Il préconsacre les apôtres, qui reçoivent lors de la même soirée, la plénitude du sacerdoce (c’est à dire l’épiscopat). Cela est tout à fait conforme à l’idée relevée dans le Psaume 15 chanté le jeudi aux complies dans le rite romain : Dominus pars hereditatis meae et calicis mei: tu es qui detines sortem meam. Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe, c’est toi qui m’assures mon lot.

De sorte que le Christ, lorsqu’il dit à Pierre, Si non lavero te, non habes partem mecum, il lui dit surtout : si je ne te lave pas, tu ne deviendras jamais un de mes prêtres.

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Le Saint Siège (congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements) a fait paraître en 1988 un document intitulé Paschale solemnitatis qui restreint strictement la pratique du lavement des pieds à des hommes adultes (viri selecti). Au regard de tout l’environnement symbolique qui plonge ses racines au plus anciennes pratiques de l’ancien testament, on comprend aisément pourquoi.

Et les chants ?

Le rite du lavement des pieds peut être assez long, puisqu’il s’agit de laver réellement les pieds à douze hommes adultes. L’usage veut qu’on ne lave qu’un seul des deux pieds (le droit), mais il s’agit tout de même pour le prêtre – qui est évidemment le ministre de cette liturgie, puisqu’il tient la place du Christ, – d’enlever sa chasuble, et de concrètement prendre une bassine et un linge pour réellement tremper le pied et l’essuyer puis (mais ça n’est plus obligatoire) de le baiser. Il faut évidemment pouvoir chanter suffisamment de temps pour que cette cérémonie ne se fasse pas en partie en silence.

Le graduel romain propose la fameuse antienne Mandatum novum do vobis, qui est une belle pièce, presque un « tube ». Elle est tellement connue qu’on appelle d’ailleurs souvent le rite du lavement des pieds le « Mandatum ». Je vous donne un commandement nouveau, de vous aimer les uns les autres… Dans le graduel romain, il y a 6 autres antiennes qui sont évidemment chantables avec leur psaume. Dans certains endroits, c’est pendant le lavement des pieds que se fait entendre le Ubi Caritas. Cette pièce, dont les paroles ont été rendues populaires par Taizé : Ubi caritas et amor, Deus ibi est, est également très connue mais sur une autre mélodie qu’un bénédicité scout a également rendu populaire (« Bénis le labeur »). Cependant, Ubi Caritas devrait normalement être chanté à l’offertoire et non pendant le lavement des pieds.

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