A Firminy : une synthèse entre le VIIème et le XXIème siècle

Une journée exceptionnelle à Firminy, où dans une ambiance chaleureuse, recueillie, mais aussi improbable et exotique nous avons chanté la messe et les vêpres dans cette église si particulière : Saint Pierre de Firminy Vert, au centre du site « Le Corbusier ». Un excellent accueil de la communauté paroissiale de Firminy, qui a chanté sans aucun problème et avec enthousiasme les chants de l’ordinaire de la messe, du curé, Gilbert Thollet, et surtout de Jean-Louis Reymondier, le diacre en charge de l’animation spirituelle du site de Saint Pierre, qui a prononcé une très belle homélie. Malgré nos craintes, l’église une fois remplie fait moins ressentir une réverbération qui reste cependant très importante. Il a donc été possible de chanter sans trop nous tromper ! Mais ce qui est le plus surprenant, ce n’est pas l’acoustique de cette église : sombre, elle laisse parfois de façon inattendue passer des rais de lumière absolument féériques, en fonction de la course du soleil à l’extérieur… Une conférence donnée par Benjamin Ingrao et suivie par un groupe nombreux a passionné un auditoire qui s’est ensuite joint à la schola pour le chant des vêpres.


On ne peut pas faire connaître Dieu uniquement avec des paroles. On ne connaît pas une personne si on ne la connaît que par ouï-dire. Annoncer Dieu signifie introduire à la relation à Dieu : enseigner à prier. La prière est la foi en acte. Et ce n’est que dans l’expérience de la vie avec Dieu qu’apparaît aussi l’évidence de son existence. C’est pour cette raison que sont si importantes les écoles de prière, de communauté de prière. Il y a complémentarité entre la prière personnelle (« dans sa propre chambre », seul devant les yeux de Dieu), la prière commune « para-liturgique » (« religiosité populaire ») et la prière liturgique.


Oui, la liturgie est avant tout prière ; sa spécificité consiste dans le fait que son sujet primaire, ce n’est pas nous (comme dans la prière privée ou dans la religiosité populaire), mais Dieu lui-même ; la liturgie est « actio divina », Dieu agit et nous répondons à l’action divine. Parler de Dieu et parler avec Dieu doivent toujours aller de pair. L’annonce de Dieu nous guide à la communion avec Dieu dans la communion fraternelle, fondée et vivifiée par Jésus-Christ.


C’est pourquoi la liturgie n’est pas un thème secondaire par rapport à la prédication du Dieu vivant, mais la concrétisation de notre relation à Dieu. Dans ce contexte, qu’on me permette une observation générale sur la question liturgique. Notre manière de célébrer la liturgie est souvent trop rationaliste. La liturgie devient enseignement ; son critère est : se faire comprendre. Ce qui aboutit bien souvent à la banalisation du mystère, à la prévalence de nos paroles, à la répétition de phraséologies qui semblent plus accessibles et plus agréables aux gens. Mais il s’agit d’une erreur non seulement théologique, mais aussi psychologique et pastorale. La vague d’ésotérisme, la diffusion des techniques asiatiques de relaxation et de vide mental montrent qu’il manque quelque chose dans nos liturgies. C’est justement dans notre monde d’aujourd’hui que nous avons besoin du silence, du mystère supra-individuel, de la beauté. La liturgie n’est pas l’invention du prêtre célébrant ou d’un groupe de spécialistes ; la liturgie (le « rite ») a grandi selon un processus organique au cours des siècles, elle porte en elle le fruit de l’expérience de foi de toutes les générations précédentes. Même si les participants ne comprennent probablement pas toutes les paroles, ils perçoivent leur signification profonde, la présence du mystère qui transcende toutes les paroles.

Le centre de l’action liturgique n’est pas le célébrant ; le célébrant n’est pas devant le peuple en son nom propre ; il ne parle pas de lui-même et pour lui-même, mais « in persona Christi ». Ce ne sont pas les capacités personnelles du célébrant qui comptent, mais uniquement sa foi, dans laquelle transparaît Jésus-Christ. « Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse » (Jn 3, 30). (Cardinal Ratzinger, décembre 2000)

COMMENTS

  • Bodelot

    Prier c’est comme un rêve. C’est un secret. Notre relation avec Dieu dépend de nous. Il faut savoir se poser tout en fermant les yeux et en ouvrant son coeur.

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