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Le temps des Cathédrales

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Écrit par Pierre-Antoine   
13-01-2008

Le temps des Cathédrales, L’art et la société 980-1420 – Georges Duby

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/415G5P97X3L._AA240_.jpg

Cet ouvrage déjà ancien, a été écrit par un des médiévistes parmi les plus renommés de la deuxième moitié du XXème siècle. Certes sur certains points de son ouvrage la recherche historique a démenti ses affirmations. Cependant il reste particulièrement intéressant pour nous qui vivons au XXIème siècle et en particulier ceux qui s’intéressent quelque peu à la liturgie.

En effet, à travers l’art de cette période (980-1420), l’auteur met le doit doigt sur l’évolution de la liturgie, de la manière de croire des populations françaises durant cette période longue de plusieurs siècles.

En 980, la renaissance carolingienne est achevée depuis longtemps et la civilisation occidentale, franque en particulier, vit sur ses acquis, presque par simple inertie. L’Europe est certes chrétienne, mais d’une manière très particulière. Il n’y a effectivement plus de religion païenne concurrente propre à remettre en cause l’expansion du christianisme. Il reste certes quelques endroits d’affrontement entre le christianisme et le paganisme, sur le territoire du royaume de France d’alors. Par exemple la Normandie est encore le théâtre d’une évangélisation de fond des populations nordiques. Peut-on alors parler d’une société chrétienne ? Comme nous le montre l’auteur, c’est prématuré.

 

Le sentiment religieux du début de la période, qui transparaît notamment au travers de l’architecture et de l’art que nous a laissé cette époque, est l’impression d’une société certes consciente du fait religieux, mais qui délègue la religion, la relation à Dieu et la prière à un petit nombre : les moines, les clercs, les chanoines, le clergé en somme. La notion de paroisse n’existe pas encore. Le fait religieux est celui des villes, où siègent les évêques, et celui des monastères, mais pas celui des campagnes. La liturgie est alors imprégnée de cet état de fait. A Cluny les liturgies sont magnifiques et totalement théocentrée. Les moines la prient avec sans doute une haute conscience de sa nature : prière de l’Eglise qui porte des fruits à toute l’Eglise, mais en en excluant totalement le monde. L’abbatiale de Cluny est magnifique, mais ce n’est pas pour l’édification des fidèles, c’est pour la seule liturgie et la seule gloire de Dieu. Le monde n’y est pas admis, à peine les frères convers sont-ils tolérés. Il faut rappeler avant de poursuivre que comme les abbatiales, les cathédrales sont les églises d’une communauté : le chapitre canonial. Sans aller dans l’extrême que l’on peut observer à Cluny, les liturgies des cathédrales sont peu ouvertes sur la ville. En effet il y a souvent, avant le XIIème siècle, deux églises distinctes dans l’ensemble cathédral, l’Eglise des fidèles et l’église des chanoines.

 

Peu à peu la conscience religieuse de la société s’éveille, de plus en plus de laïcs s’intéressent au fond de la foi. L’origine des hérésies qui ont  eues lieu au XIIème et au XIIIème siècle (Cathares et Vaudois essentiellement), ne se trouve-t-elle pas, dans une certaine mesure, dans une appropriation du dépôt de la foi par la population ? L’auteur nous montre les changements profonds de l’architecture sacrée au cours de la période. Ces changements sont particulièrement nets à partir de la période dite gothique. L’abbatiale de saint Denis, considérée comme la première du genre, en est un exemple flagrant. Saint Denis est une abbaye assez singulière, elle est d’abord un reliquaire, reliquaire de l’évêque Saint Denis. Elle est aussi une nécropole, celle des rois de France. De ce fait elle est par nature beaucoup plus ouverte sur l’extérieur que ne peut l’être celle de Cluny : des pèlerins viennent y vénérer les reliques.

 

            L’évolution de l’art sacré et de l’architecture des bâtiments de culte accompagne une appropriation de la religion par l’ensemble des fidèles. Deux phénomènes connexes se déroulent dans le même sens : l’ouverture des édifices religieux sur la ville et l’émergence des ordres mendiants en particulier de l’ordre des prêcheurs. Le fait religieux se démocratise. L’église - la cathédrale en particulier - se tourne vers la ville et vers le passant. L’église des chanoines et l’église du peuple se regroupe dans un même bâtiment. Sa façade se pare de statues et de bas-reliefs interpellant le passant : jugement dernier, nativité, couronnement de la vierge, etc. Les portails s’élargissent. Les fenêtres s’ouvrent de plus en plus grandes. La statuaire édifie le passant, l’architecture signifie certaines réalités théologiques.

 

Tout l’intérêt de cet ouvrage est cet éclairage de l’évolution de l’art avec celle de la société de cette période. Cette évolution est révélatrice de celle de la pratique religieuse et notamment de la liturgie.    

Dernière mise à jour : ( 14-01-2008 )
 
Discussion (posts)
admin
Le temps des Cathédrales
Jan 13 2008 19:15:48
Ce sujet traite du contenu de l'article: Le temps des Cathédrales

Cet présentation de livre peut permettre également de renvoyer à une publication de l'agence Fides :

VATICAN - Protéger et construire le temple de Dieu. Une contribution de la Commission Pontificale pour les Biens Culturels de l’Eglise sous la direction de Son Exc. Mgr Mauro Piacenza. “L’édifice affecté au culte”
Cité du Vatican (Agence Fides) - Nous commençons la publication d’une série de contributions consacrées à l’édifice sacré aujourd’hui, lesquelles orientations pourront aider dans la construction des lieux de culte, surtout dans les territoires de mission.
A propos du Conseil oeucuménique Vatican II, le cardinal Leo Scheffczyk, avait fait remarquer que “en attribuant à l’Eglise une structure sacramentelle ou en la définissant comme le sacrement le plus complet, lequel transmet en tant que sacrement et de manière sacramentelle le ‘sacrement personnel’ qui est Jésus-Christ, l’Eglise est soustraite à une compréhension purement mondaine et naturaliste, entendu au sens horizontal et ‘de ce côté-ci’” (L. Sceffczyk, La Chiesa, Milano 1998, p. 38).
Il est évident que cette réalité sacramentelle de l’Eglise a immédiatement des retombées pratiques sur le plan du signe aussi en ce qui concerne les édifices de culte. La forme externe, la disposition interne des espaces, les décorations, tout doit être en mesure d’exprimer le sens théologique et sacré de la domus ecclesiae.
L’édifice chrétien jusqu’à l’extérieur se configure comme signe de la communauté des croyants en Christ et comme tel a été souvent présence, annonce, témoignage du Règne de Dieu au milieu des hommes. En étendant ce qu’affirme Jésus à ses disciples et à la communauté chrétienne, l’édifice sacré doit être aussi “la ville placée sur une montagne” qui ne peut rester cachée (cf. Mt 5, 14 et parallèles).
Au cours des siècles, les églises, en général bien intégrées dans le tissu urbain, ont eu un aspect parfois monumental - comme les cathédrales gothiques ou les églises baroques - parfois plus modeste, mais elles ont toujours été bien reconnaissables. La façon dont l’Eglise présentait ses édifices de culte allait souvent de pair avec l’idée qu’elle avait eu d’elle-même et qui voulait communiquer à l’extérieur. Heureusement cette période où pour des raisons idéologiques, un concept malentendu de pauvreté ou de dissimulation, a incité à construire des églises assimilables aux bâtiments civils les plus banals ou complètement privés de visibilité, a été brève.
Aujourd’hui, à la lumière de la véritable ecclésiologie du Concile Vatican II, on peut penser aux églises distinctes des habitations communes par leur décorations ou leur dignité, même sans faste ; vous édifiez avec le recours aux meilleurs arts et au meilleur esprit humain, non par ostentation, mais par amour de Dieu ; discrètes mais pas anonymes. Elles devraient bien être reconnaissables comme édifices catholiques, de manière à pouvoir fournir par sa simple présence, une annonce joyeuse de l’évangile, surtout dans nos contextes urbains désormais caractérisés par la pluralité religieuse. Le campanile qui fait office de signe et est en même temps visible et sonore, sert aussi traditionnellement à cela.
L’église présente habituellement des zones “liminales”, qui articulent le passage de l’extérieur à l’intérieur : sacré, façade, portail et atrium. Ils répondent à l’exigence du fidèle d’avoir un espace qui signe un contraste avec le quotidien avant d’entrer dans le lieu saint, correspondant au repos du dimanche, mais qui rythme le temps de la semaine. Ces éléments architectoniques, loin de constituer une fracture, relient plutôt l’extérieur avec l’intérieur de l’église, où on célèbre la Messe liturgique, qui est “sommet et source” de la vie de chaque jour. Alors que pour le croyant ils signifient l’unité entre la foi et la vie quotidienne, pour les personnes non croyantes ou encore en recherche ils devraient être perçus comme une invitation amicale. Ce n’est un hasard si les églises donnent souvent sur les rues et sur les places principales des villes.
Un choix avisé du programme iconographique de la façade, du portail et de la porte, peut permettre, de plus, d’intégrer ces éléments architectoniques externes dans les dynamiques et dans les parcours liturgiques des sacrements de ladite “initiation” (baptême et confirmation), dans les processions liturgiques (introït de la Messe, dimanche des Rameaux, etc.) ou de dévotion (Corpus Domini e fêtes patronales). D’autres éléments externes peuvent aussi délivrer des messsages spirituels forts, comme l’élévation d’un sanctuaire au-dessus d’un escalier élevé, qui peut suggérer un parcours ascétique ou un chemin pénitentiel.
Enfin la même orientation des églises avec l’abside tournée vers le point d’où se lève le soleil, c’est-à-dire le Christ (cf. Lc 1, 78), suggère aux fidèles la nécessité de “fixer nos yeux sur Jésus, le chef de notre foi qui la mène à la perfection” (He 12, 2), non seulement au moment de la messe ou de la prière, mais dans chaque moment de la vie. X Mauro Piacenza, Président de la Commission Pontificale pour les Biens Culturels de l’Eglise, Président de la Commission Pontificale d’Archéologie Sacrée. (Agenzia Fides 7/3/2006 - Righe 59, parole 786)
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Citation :

On a esquissé dans trop de livres ou de commentaires sur la messe une théorie de l'offertoire absolument fantaisiste. A lire ces développements, on croirait que le sacrifice de la messe consiste seulement, ou surtout, en une présentation au Christ de nos "sacrifices", c'est-à-dire de toutes les peines acceptées patiemment, de tous les efforts poursuivis généreusement, etc... On s'abuse ici sur le sens du mot sacrifice et l'on confond un emploi rhétorique de ce mot dans la piété du XVIIIe et du XIXe siècle avec son emploi théologique traditionnel. La vérité est qu'il ne s'agit pas d'offrir au Christ ce que nous appelons nos "sacrifices", mais d'offrir à Dieu le sien, l'oblation du Crucifié qui seule nous sauve et nous réconcilie et qui seule peut communiquer quelque valeur à ce que nous-mêmes nous ferons ensuite. Il y a là une interversion des valeurs qui aboutirait logiquement au pur pélagianisme. En tous cas, son résultat immédiat est de naturaliser brutalement notre notion de la messe.

RP Louis Bouyer 

 
 
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