Nos répétitions ont lieu tous les mardi soir, 20.45 au local des Petits Chanteurs de Versailles, 20 Av. de Normandie à Versailles (plan d'accès). N'hésitez pas à vous y joindre pour un essai, ou pour nous connaître. Nous recherchons activement et de façon urgente des voix de femmes. Débutant(e)s accepté(e)s ! Nous contacter.
Dans le grand triptyque qui conclut dans l’Evangile de saint Matthieu l’évocation de la vie publique du Christ, le premier volet est occupé par la parabole des vierges sages et des vierges folles (que nous n’avons pas lue dimanche dernier, Dédicace oblige), le second par celle des talents, le troisième (ce sera dimanche prochain) par la vision du Jugement dernier et la révélation des mérites et des démérites cachés. Le trait commun de tous ces grands enseignements de Jésus est d’envisager un temps d’attente avant son retour, temps d’absence prolongée du Maître, de l’Epoux, du Roi, pendant lequel les disciples, les amis, les serviteurs ont intérêt à veiller sérieusement à leur conduite, car, au moment imprévu où lui reviendra, il ne sera plus temps de rectifier la position...
Le plus curieux avec la parabole que nous lisons ce dimanche, c’est que les consignes laissées par le Maître paraissent plutôt sommaires : « il appela ses serviteurs et leur confia ses biens ». Confier, mais dans quelle intention ? Il semble qu’il ne se soit pas beaucoup expliqué sur la question, s’agit-il simplement d’un dépôt, ou attend-il plus de ses serviteurs ? Certains vont le faire fructifier et d’autres vont le mettre à l’abri. Du point de vue de l’honnêteté, les choses sont égales. Là où elles se séparent, c’est dans l’attitude de cœur à l’égard du Maître : « j’ai eu peur ». Ce qui empêche le « mauvais » serviteur de correspondre à l’intention (non exprimée) de son maître, c’est qu’il n’a pas confiance : « je savais que tu es un homme dur, tu moissonnes où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu de grain ». Tout son ressentiment pour le passé ressort d’un coup. Il s’estime victime d’une injustice (pourquoi un seul talent, alors que les autres en ont deux ou cinq ?). Il n’a pas compris la générosité du propriétaire du domaine qui veut associer ses serviteurs à la gestion de son exploitation et leur en faire partager les fruits, il ne se voit que comme un exécutant et refuse de se placer une seconde du point de vue du Maître. Que celui-ci se débrouille avec son bien, puisque de toute façon, ce n’est pas le mien ! Je ne ferai que ce que ce que je suis obligé de faire pour gagner ma vie.
Ce malentendu caractérise bien les relations que nous avons souvent avec Dieu. Il y a une obéissance de façade qui est un déni de la bonté du Seigneur. Je le fais, puisque je suis obligé, mais sans chercher à comprendre, sans aller au devant de l’intention du Maître, sans chercher à la prolonger. A jouer ce jeu, nous risquons fort de nous tromper sur ce que Dieu attend vraiment de nous. Il n’a que faire des « prosternements d’esclave », nous dit Péguy. Dans bien des cas, son absence (apparente) nous laisse plus de marge de manœuvre que nous ne l’imaginerions. S’il est monté aux cieux et s’il nous a confiés à l’Eglise en attendant son retour, c’est qu’il y a bien des choses sur lesquelles il n’a pas voulu s’exprimer directement et que nous ne pourrons comprendre qu’en entrant dans une disposition de confiance et d’abandon à son égard.
Quelle est ma vocation ? Que dois-je faire de ma vie ? Il y a rarement de réponse toute tracée à ces questions. Si on veut avancer, c’est en accueillant ses dons avec reconnaissance et émerveillement, c’est en cherchant à lui faire honneur en employant tout ce qu’il nous a confié, et d’abord cette intelligence qu’il nous a donnée pour entrer dans ses vues, pour les faire nôtres au lieu de les recevoir de l’extérieur comme une contrainte.
Ceci n’est pas un « plus » facultatif, mais le point même sur lequel nous serons jugés. Il faut y réfléchir.
L’Eglise nous fait célébrer chaque 9 novembre la dédicace de la prestigieuse Basilique Saint Jean de Latran à Rome. D’habitude, cela ne nous trouble guère, car la fête tombe en semaine. Mais voilà que certaines années, comme celle où nous sommes, c’est un dimanche et, si curieux que cela paraisse, la célébration du 32e dimanche s’efface pour faire place à celle de la Dédicace. Est-ce donc si important ?
Le Latran, ça n’évoque pas grand-chose pour la plupart d’entre nous, à part peut-être le souvenir des Accords du même nom, qui, en 1929, ont permis au Saint Siège de reprendre sa place dans le concert des états en disposant enfin d’un statut international reconnu. Pour ceux qui ont visité Rome, la basilique Saint Jean de Latran représente un bâtiment certes prestigieux avec sa façade d’Alessandro Galilei, sa nef puissante cernée par les statues gigantesques des Apôtres, mais devant elle on se prend parfois à regretter la discrétion des édifices antérieurs, et pour beaucoup ce n’est pas là que se dirigeront leurs pas s’ils viennent en pèlerins dans la Ville Eternelle. Les palais du Latran n’ont pas laissé que de bons souvenirs et l’on se dit que la papauté s’est mieux portée depuis qu’elle s’est fixée au Vatican. Alors pourquoi le Latran, qui concentre tant d’ambiguïtés ?
La réponse est claire : la basilique du Latran est la cathédrale de Rome, c’est l’Eglise du Pape en tant qu’il est évêque de Rome. C’est là que se réunissent les synodes, là qu’ont lieu les ordinations pour le diocèse de Rome etc... Dire de la basilique de Saint Jean du Latran qu’elle est la tête et la Mère de toutes les églises de la chrétienté revient à affirmer que l’ « Eglise qui est à Rome » a reçu de droit divin une mission particulière dans l’ensemble du monde chrétien, mission que saint Ignace au début du 2e siècle célébrait déjà en disant qu’elle « préside à la Charité », la « Charité » étant probablement une expression pour désigner l’ensemble des fidèles dispersés dans le monde. On remarquera qu’il parle de l’Eglise romaine et pas du pape, même si celui-ci est certainement concerné. Si le pape a une mission sur toute l’Eglise, ce n’est pas en tant qu’il serait une sorte de super-évêque, mais parce qu’il est l’évêque de cette Eglise là.
Il y a un « mystère de Rome », une place particulière de Rome dans le dessein de Dieu, dont on voit l’origine dans les Actes des Apôtres. Tout commence pourtant à Jérusalem. C’est là que Jésus a été annoncé par les prophètes, là qu’il a offert sa vie et qu’il est monté au ciel, là qu’est née l’Eglise de la première effusion de l’Esprit, de là que le Parole de Dieu a retenti sur le monde. Pourtant, en l’espace d’une génération, le centre de gravité s’est déplacé de Jérusalem à Rome. Après avoir commencé dans le Cénacle (1,4) de Jérusalem, le récit de Luc s’achève par l’installation de Paul à Rome et son annonce du Christ aux juifs et aux païens (28,31). Ce déplacement est significatif, il marque que l’Eglise commence par un décentrement. Sans rien perdre de son rattachement à Israël, elle s’ouvre au monde païen et va même se loger au cœur de cet Empire qui, par certains côtés, s’était élevé comme un rival de la Royauté de Dieu. Cette opération, immensément risquée, coûte la vie des deux « Témoins », Pierre et Paul, qui y ont versé leur sang, si bien que « leurs corps resteront (exposés) sur la place de la grande cité »(Apocalypse 11,8).
Telle est l’origine qui a conditionné toute la suite. L’Eglise catholique ne peut revendiquer l’universalité si particulière qui est la sienne que parce qu’elle a trouvé à Rome sa « forme ». Qu’importe que Rome ait cessé d’être la capitale d’un empire universel. L’archevêque de New York ne sera jamais le Pape (à moins d’être élu à titre personnel évêque de Rome), mais nous serons toujours marqués par l’ouverture dont Rome porte à jamais la trace.
Lundi dernier, nous fêtions les saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël et jeudi les saints Anges gardiens. Une seule fois dans l’année, l’Eglise nous amène à jeter un coup d’œil du côté du monde angélique, et on peut regretter que ce ne soit plus souvent, car il y a là pour nous une occasion de renouvellement, d’élargissement de notre horizon. Les Anges nous empêchent de ramener notre foi chrétienne à une petite affaire privée : nous agissons, nous luttons, nous espérons, à la face du ciel, aidés et soutenus par nos grands amis, qui nous entraînant dans leur ronde, jusqu’auprès du trône de Dieu et de l’Agneau.
Une curieuse lecture du livre de l’Apocalypse, que l’Eglise nous propose en la fête des Archanges, nous parle d’un combat qui est d’abord une bataille dans le ciel, entre le « Dragon » et ses anges d’un côté et, de l’autre, Michel qui commande les milices angéliques ; au terme de cette lutte, le Démon, vaincu, est rejeté sur terre et poursuit la guerre contre les amis de Jésus. Il faut donc se convaincre que, actuellement, le Démon n’est pas seulement le Prince de ce monde, comme l’appelle saint Jean, il est « Prince de la puissance de l’air », selon le mot d’Ephésiens 2,2, il agit dans tout le domaine intermédiaire entre Dieu et l’homme, dans les réalités qui nous dépassent et où nous nous sentons manœuvrés : mouvements d’opinions, rumeurs surgies d’on ne sait où, influences occultes. Les phénomènes cosmiques n’échappent probablement pas à ce règne néfaste des Puissances angéliques dévoyées. C’est ainsi qu’on peut sans doute expliquer bien des catastrophes, apparemment naturelles, mais en réalités téléguidées par des êtres plus puissants que nous et qui ont intérêt à nous nuire, en nous plongeant dans le désespoir. Profitant du pouvoir sur le monde que Dieu avait donné au départ aux anges, le Démon et ses affidés s’efforcent de semer des embûches sous les pas des hommes, en secouant leur habitat, en les écrasant sous l’acharnement du mal.
Quand nous demandons, dans le Notre Père, que la volonté de Dieu se fasse sur la terre comme au ciel, nous ne devons peut-être pas le comprendre comme on le fait généralement : que la volonté de Dieu se fasse sur terre, comme elle s’accomplit déjà au ciel, en prenant le « ciel » comme le domaine où Dieu règne sans partage. Il faut plus sûrement prendre au sérieux les deux faces de cette demande : que Dieu réduise la résistance des mauvais anges, et qu’il nous permette d’entrer dans sa volonté.
En un certain sens, c’est sur la terre, dans le sacrifice du Christ, que la volonté de Dieu a commencé à se réaliser et c’est au ciel qu’elle doit encore advenir. Quand le Père voit l’eucharistie où son Fils bien-aimé s’offre par amour de Lui, il peut dire que tout ce qu’il voulait est accompli. Par contre, il importe maintenant, pour que cesse la dure domination qui pèse sur l’homme, que le Démon ne puisse plus se prévaloir de sa position « au ciel » et pour cela qu’il soit chassé de ces domaines, où, sans pouvoir gagner, il peut perturber les amis de Dieu.
Alors, oui, que Ta volonté, si douce si bienfaisante, ô Père, se réalise aussi au ciel, avant de redescendre sur notre terre en fruits de paix et de lumière.
C’est dit, c’est décidé, le 29 juin 2008 marque le début de l’année paulinienne, vingtième centenaire de sa naissance. Comme on ne sait pas exactement la date de celle-ci (on pense que Saul de Tarse est né entre l’an 5 et l’an 10 de notre ère), on prend une date vraisemblable dans cette fourchette. L’occasion est favorable : les fouilles menées sous la « confession » de la basilique saint Paul hors-les-murs ont montré des restes très impressionnants du premier siècle qui accréditent le sérieux de la localisation de la tombe de l’Apôtre en ce lieu.
Pourquoi faire soudain une telle place à saint Paul ? L’Eglise catholique n’est-elle pas plus habituée à mettre en valeur Pierre, le pécheur galiléen, l’homme simple à qui Jésus confie les clefs du Royaume, plutôt que Paul, l’intellectuel, le discoureur, que certains vont jusqu’à taxer d’avoir refondé un christianisme encore dans l’enfance, en lui imprimant sa marques et ses convictions impérieuses ?
Je fais partie de ceux qui n’aiment pas beaucoup parler de l’« âme » opposée au « corps », faute de savoir exactement ce qu’est l’âme. J’aime mieux, je l’avoue,le terme plus biblique de « cœur ». Les discours de jadis sur le thème « je n’ai qu’une âme et il faut la sauver » nous paraissent bien irréels aujourd’hui et on a certainement eu raison de remettre en valeur le réalisme de la Révélation qui nous fait espérer une Résurrection de la chair, bien plus qu’une immortalité toute spirituelle.
Ceci dit, on ne peut nier que, dans le passage qui nous est proposé ce dimanche, Jésus lui-même semble bien s’inscrire dans la distinction classique de l’âme et du corps, quand il nous explique que le plus grand malheur qui puisse nous arriver n’est pas le tourment infligé à notre corps de chair, mais le risque qui menace notre âme si le Démon parvient à nous détourner de Dieu. Il s’agit donc bien d’« âme », au sens du principe intérieur de notre vie, lieu de nos décisions ultimes. Le Christ ne nous fait pas une leçon de philosophie, mais il nous dit les choses tout simplement : il y a en nous un intérieur et un extérieur, un extérieur qui subit les contrecoups de ce qui se passe en dehors de lui et un intérieur qui est habité d’une liberté propre à donner à Dieu une réponse définitive, c’est là que nous pouvons tout gagner ou tout perdre. On ne médite pas assez sur ce passage lumineux de l’évangile où Jésus compare la souillure extérieure et le péché volontaire : Il n'y a rien d'extérieur à l'homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur (Marc 7,15). Peut-on mieux dire ?
On ne donne plus beaucoup dans le triomphalisme aujourd’hui. Si, jadis, on vantait la solidité des institutions ecclésiales, la doctrine restée inchangée pendant des siècles, la résistance à tous les pouvoirs persécuteurs, les fruits de civilisation et de sainteté, on est devenu plus modeste quand on parle de l’Eglise à présent. Trop peut-être. A entendre certains, l’histoire de l’Eglise ne serait qu’une longue suite de bévues et de compromissions, ce qui est une manière bien partiale de voir, que sont loin de partager des historiens sérieux, même parmi les non catholiques. A force d’accepter le regard négatif du monde qui nous entoure, on finit par le faire nôtre, au dépend de toute raison et de toute justice. La démarche de repentance entreprise par Jean-Paul II ne comportait rien de tel, il s’agissait de pouvoir reconnaître les défaillances de certains chrétiens, pour mieux mettre en valeur l’œuvre de l’Esprit qui soutient et embellit sans cesse l’Eglise.
On est frappé, à lire les textes anciens, ceux de l’Ecriture et ceux des premiers Pères de l’Eglise, de sentir le ton étonnamment louangeur avec lequel ils parlent de l’Eglise. Pourtant celle-ci de leur temps était bien peu de chose : quelques milliers, dizaines de milliers tout au plus, de croyants répartis autour du bassin méditerranéen, parmi lesquels tout le monde n’était pas un exemple de vertu (il suffit de rappeler la fraude d’Ananie et de Saphire racontée dans les Actes des Apôtres chapitre 5). Pourtant cette Eglise, elle est, au dire de saint Pierre : « la race élue, la communauté sacerdotale du roi, la nation sainte, le peuple que Dieu s'est acquis » (1re lettre de Pierre 2,9), elle réalise les lointaines promesses de l’Exode que nous lisons ce dimanche. Saint Jean parle dans sa deuxième lettre de la « Dame élue » (v.1) pour désigner la communauté locale à laquelle il s’adresse, ce qui ne l’empêche pas d’émettre conseils et reproches à son endroit. Saint Ignace d’Antioche, quant à lui, profite de chacune de ses lettres pour faire l’éloge des Eglises qui l’accueillent. Pour parler l’Eglise de Rome (« celle qui préside dans la région des Romains »), il n’a pas d’expression assez élevée : « digne de Dieu, digne d’honneur, digne d’être appelée bienheureuse, digne de louange, digne de succès, digne de pureté, elle qui préside à la charité, qui porte la loi du Christ, qui porte le nom du Père ».
Cette célèbre phrase que l’on trouve dans le livre d’Osée sonne comme la remise en cause d’une pratique hypocrite du culte. Les contemporains du prophète, en s’acquittant des sacrifices prescrits (il s’agit de l’offrande rituelle de bêtes qui sont immolées dans le Temple), pensent avoir assez fait à l’égard du Dieu d’Israël, alors qu’ils pactisent avec des pratiques idolâtriques et des injustices graves. Un peu comme un mari volage qui couvrirait sa femme de cadeaux pour se faire passer ses frasques. Le psalmiste avait déjà déclaré au nom du Seigneur :
Je ne prendrai pas un taureau dans ta maison, ni des boucs dans tes enclos;
Car tous les animaux des forêts sont à moi, et les bêtes des hauts pâturages.
Je connais tous les oiseaux des montagnes, et la faune sauvage m'appartient.
Si j'avais faim, je ne te le dirais pas, car le monde et ce qui le remplit est à moi.
Vais-je manger la viande des taureaux et boire le sang des boucs ?(Psaume 49,9-13)
Nous voici renseignés : Dieu n’a besoin de rien, il n’est donc pas à acheter. S’il a prescrit un culte et des offrandes, ce n’est pas qu’il en ait besoin, il a tout ce qu’il peut désirer dans le ciel, c’est nous qui avons besoin d’exprimer notre amour pour lui par des démarches, par un culte visible, qui nous mobilise et nous arrache à la recherche exclusive de notre intérêt, afin de faire une place à Dieu dans nos vies.
L'Eucharistie, c'est pour nous la présence de Jésus dans l'hostie, c'est le don de son amour dans la communion, c'est le rassemblement des chrétiens qui apprennent à former un seul Corps en lui, c'est beaucoup de choses finalement. Beaucoup de choses, sauf précisément une « eucharistie ».
Ceux qui retiennent ce mot, qui veut dire, comme chacun sait, « action de grâces », l'emploient généralement à contresens. « Avec l'eucharistie, nous rendons grâce à Jésus (ou à Dieu) de ce qu'il a fait pour nous », lit-on dans bien des explications de la messe pour les enfants. Eh bien non ! Ce n'est pas cela. L'action de grâces, l'eucharistie, c'est celle de Jésus tournée vers son Père. Voyons comment cet aspect qui ne nous parait pas forcément le plus important donne tout son sens au sacrement.
L'eucharistie, c'est une prière très caractéristique de la liturgie juive, qui ne se contente pas de louer Dieu pour ses bienfaits passés, ni même d'en demander le prolongement pour aujourd'hui, mais qui contient un acte de remise de soi de la part de la communauté, une confession des péchés, pour que le règne de Dieu arrive. L'« eucharistie » a donc la portée d'un sacrifice : derrière les paroles énoncées, c'est l'offrande du Peuple à son Dieu qui se consomme en un acte public et solennel (cf. Néhémie, chapitre 9). On comprend alors que Jésus ait voulu inscrire le don de sa vie dans le contexte d'une « eucharistie ». Tout s'y trouve rassemblé : l'affirmation de la bonté absolue de Dieu, la certitude de son dessein bienveillant, la volonté de s'y livrer totalement, la reconnaissance du péché de son peuple et de l'humanité, l'acceptation de porter les conséquences de ce mal, la fidélité maintenue jusqu'à l'extrême.
Dire que l'eucharistie est un sacrifice est donc un pléonasme. L'eucharistie première, celle du Jeudi Saint, est l'acte du grand prêtre qui s'offre pour son peuple, anticipant par là le don sanglant de lendemain. Mais l'eucharistie d'aujourd'hui est toujours cela : même offerte par des mains humaines, elle reste celle que le Christ présente à son Père dans ses dispositions d'adoration, d'oblation, d'intercession aimantes. Et ce don est accueilli, magnifié par le Père. C'est cela qui sous-tend les autres aspects du mystère eucharistique.
"La liturgie n'est pas seulement la Prière de l'Eglise (...); elle est encore l'enseignement le plus solennel et le plus populaire. Il importe donc qu'elle reflète sous des formes invariables l'invariable solidité du dogme (et) que l'universalité de ses formules prévienne les altérations locales...".