spacer.png, 0 kB
Feria tertia, 16 Martii 2010, Tempus Quadragesimae, Hebdomada IV Quadragesimae.


Identification

Répétitions

Nos répétitions ont lieu tous les mardi soir, 20.45 au local des Petits Chanteurs de Versailles, 20 Av. de Normandie à Versailles (plan d'accès). N'hésitez pas à vous y joindre pour un essai, ou pour nous connaître. Nous recherchons activement et de façon urgente des voix de femmes. Débutant(e)s accepté(e)s ! Nous contacter.
 

Ecouter

Veni Creator

Nunc dimittis

Magnificat

Gloria XV

Salve Regina

Syndication

En cours

spacer.png, 0 kB
 

« Nous avons besoin dun nouveau mouvement liturgique, qui donne le jour au véritable héritage de Vatican II. »

Cardinal Ratzinger, Ma Vie, souvenirs.

  • Nos engagements
  • Forum
  • Derniers Articles
  • Articles les plus lus
ven avr 02, 2010 @08:00 20:00 - 22:00 : Office du Vendredi Saint (Messe des présanctifiés) - Ville d'Avray
sam avr 03, 2010 @09:00 09:00 - 11:30 : Ténèbres du Samedi Saint - Ste Jeanne d'arc Versailles
sam avr 03, 2010 @10:00 22:00 - 00:00 : Vigile Pascale - Saint Quentin les Sources
 

Formation

Antiphonale romanum II

Écrit par Administrator   
02-03-2010

Il est des évènements liturgiques dont on parle, et d’autres dont on parle moins.... Alors que  la presse se concentre sur le « retour » de la « messe en latin » en lien avec le motu proprio Summorum Pontificum, que des groupes de pression font campagne contre certains évêques pour une « meilleure application » de ce dernier, que la "blogosphère liturgique" se pose des questions sur les dentelles du surplis du maître des cérémonies pontificales, un autre évènement,  - majeur celui là pour le rite romain – est passé quasi inaperçu des « spécialistes ». Laissez-nous donc en parler : la parution de « L’Antiphonale romanum II »…

Qu’on se souvienne : nous avions relaté dans nos pages la parution de l’Antiphonale monasticum de 2005 désormais complet, puis fait une forte promotion des « Heures grégoriennes » (édition de la Communauté Saint Martin pour toutes les heures du jour de toute l’année avec le schéma romain de Liturgia Horarum) ; voici désormais – enfin ! – la parution officielle,  - puisque c’est pleinement, à la différence des « Heures grégoriennes », un livre officiel de la liturgie romaine – d’une première partie de l’office divin chanté pour les séculiers de l’antiphonaire romain. Numéroté « II » il laisse présager la parution d’autres volumes numérotés autrement. Pour être juste, une autre partie de l’antiphonaire romain a déjà été publiée : le « Liber Hymnarius »,  qui regroupe toutes les hymnes liturgiques de l’année, pour l’office diurne et nocturne (ou des lectures) ainsi que les tons d’invitatoire et certains répons porte comme sous titre « Antiphonale romanum tomus alter ». Ce livre, que sont les moines partagent l’usage avec les séculiers ne permettait absolument pas seul de chanter l’office, même en partie. C’est désormais tout à fait différent. Et c’est en cela que cette parution est un véritable évènement. Qu’on en juge : la précédente édition de l’Antiphonale romanum date de 1912, et était déficiente sur le plan musical d’une part, mais aussi au regard de l’ordo, puisque depuis sa parution la structure de l’office romain a subi plusieurs réformes. Dès la parution du nouvel antiphonaire, nous en avons commandé une copie, ne serait-ce que pour tenir en main ce livre dont les éditions typiques ne se succèdent que tous les 100 ans !… Non pas par manque de travail de l’atelier de paléographie de Solesmes, mais probablement par une grande difficulté, pour l’Eglise des années qui ont pu suivre 1970 à concevoir l’office divin chanté au chœur comme quelque chose qui ne soit pas polarisé entre une approche traditionnaliste (en utilisant le fameux « paroissien n°800 ») ou une approche intégralement vernaculaire, dans une acception proche de la structure de Liturgia horarum (mais avec toutes les adaptations la plupart du temps malheureuses que nous avons connues en France, accompagnées de l’inexistence d’un répertoire chanté d’antiennes d’hymnes et de répons digne de ce nom) ou de tentative de liturgie des heures "orientalisantes" (Cf. l'office des fraternités monastiques de Jérusalem, qui sont présentées comme un exemple de l’office divin sur la chaîne de télévision catholique nationale KTO, alors que la structure de l’office de cette communauté puise très peu dans la tradition du rite romain et manque certainement l’objectif, au moins sur leplan musical, de puiser aux véritables sources liturgiques des rites grecs).

C’est donc un évènement majeur. Ouvrons donc ensemble ce livre : première surprise, la couverture ; elle est d’une belle couleur violette, en skai et rigide, ce qui contraste fortement avec l’édition de l’Antiphonale monasticum, qui a une couverture souple de piètre qualité ; dans le cas de l’Antiphonale monasticum, le projet était probablement de grouper en 2 reliures l’ensemble des volumes ; ici nous sommes résolument dans une logique de livre prêt à l’emploi : les offices présentés sont les Ières et les IIèmes vêpres de tous les dimanches et fêtes de l’année. L’objectif a donc clairement été de proposer aux paroisses un moyen simple de chanter ces offices, ce qui manquait cruellement jusqu’ici. Contrairement à certaines autres publications, ce n’est pas un livre élitiste ; il est clairement à la portée des débutants, avec très peu de renvois de page ; la psalmodie elle-même comporte des signes (mises en gras, mises en italiques) pour aider à chanter correctement les cadences de psaume. Le livre comporte toutes les hymnes des vêpres des dimanches et des fêtes du temporal et du sanctoral (il rend donc facultatif l’emploi du Liber Hymnarius pour ces offices). L’ouvrage comporte également toutes les lectures brèves, les preces et les oraisons (toutes en latin). On peut donc tout à fait l’emmener pour chanter les vêpres à l’église tous les dimanches, sans ajout d’aucune sorte (à part quelques connaissances en latin, puisqu’absolument aucune traduction n’est proposée), et c’est un immense service qui est rendu aux chorales comme la nôtre mais aussi aux paroisses qui pourront, sans autre ajout, mettre en œuvre très facilement des vêpres grégoriennes. Les Heures grégoriennes proposent l’ensemble de l’office pour toute l’année ; l’Antiphonale au contraire, est davantage un outil de la liturgie pour les paroisses, pour relancer cette belle coutume quasi disparue de la célébration des vêpres des dimanches, fêtes et solennités.

 

[ant4.jpg]
 

 

Les partitions sont bicolores, très finement imprimées, sur un papier magnifique. Nous redisons encore ici tout le bien que nous pensons du minutieux travail de restitution réalisé par l’atelier de paléographie de Solesmes : au premier chef, nous mentionnerons la suppression des épisèmes horizontaux et verticaux ainsi que des « points mora ». L’Antiphonale romanum de 1912 n’en comportait pas ; c’est l’édition du paroissien 800 qui les a ajoutées sur les partitions existantes, tirées du même livre ; cette approche a été elle-même reprise avec des modifications mélodiques substantielles pour l’édition du premier Antiphonale monasticum en 1934, puis abandonnée avec le nouvel Antiphonale monasticum de 2005. Les péripéties afférentes aux épisèmes sont largement partie prenante des conséquences de rivalités entre grégorianistes que d’exigences scientifiques. Nous voici désormais débarrassés de contraintes plus historiques que musicales ; et notre Antiphonale romanum II (tout comme les Heures grégoriennes) bénéficie directement du travail réalisé à cette occasion.

 

[photo-5.jpg]
 

 

Au-delà de cette disparition de ce que l’on a pu appeler des « signes rythmiques », il faut noter l’introduction (présente depuis les précédentes publications de Solesmes) de nouvelles graphies de neumes qui rendent en réalité la disparition des premiers sans importance. On notera l’oriscus, la virga strata, la stropha, une graphie pour les liquescences mineures (qui parfois ont remplacé des grandes liquescences sur certaines pièces), des virgules, un placement judicieux des quart de barre et demi-barres. Il serait d’ailleurs intéressant que nous proposions sur nos pages un guide d’interprétation pour aider tous ceux que ça intéresse à passer facilement d’un système de notation (toujours d’actualité pour le répertoire de la messe avec le Graduale romanum) à un autre (désormais en usage pour l’office dans le rite romain, avec le tout nouvel Antiphonale romanum). NB : il faut mentionner que le Concile avait demandé l’achèvement du travail de restitution des mélodies grégoriennes. Ce n’a pas été vraiment fait pour le répertoire de la messe, à part pour les messes propres aux Bénédictins ; le Graduale Romanum de 1975 n’est rien d’autre, au niveau musical, que le Graduale Romanum de 1908 truffé de « signes rythmiques » et dont les pièces sont réparties en fonction de la nouvelle distribution de l’année liturgique. Dans cette inertie des partitions, ce sont les formules mélodiques qui même fautives, restent encore aujourd’hui irréformables ; nous pouvons être en droit de le regretter….

Le livre, lui-même, au format des autres livres édités par Solesmes tient très bien ouvert dans la main, et est beaucoup moins lourd que les « Heures grégoriennes » (mais est aussi évidemment beaucoup plus limité). Quelques surprises : le texte latin du Magnificat reprend la version de l’ancienne Vulgate, avec, il est vrai, la notation grégorienne des cadence des premiers stiques et l’indication très pratique des seconds stiques en bas de page. Le texte de la nouvelle Vulgate (qui est différent en deux versets du précédent) est rappelé pour mémoire, mais pas avec le découpage en stiques qui est proposé dans les éditions les plus récentes de Liturgia Horarum, mais avec le découpage de l’Antiphonale monasticum. Ce nouveau découpage est probablement plus en accord avec la répartition de la version grecque (d’origine) du texte de S. Luc ; mais avouons qu’au moins le premier verset, qui ne propose pas la césure habituelle après le premier mot, (Magnificat * anima mea Dominum) surprend. Nous nous autorisons une critique en regrettant que ce ne soit pas le texte de la Nova-Vulgata, avec la répartition en stiques telle qu’elle existe dans Liturgia Horarum, qui n’ait pas été mise en partitions. Comment faut-il le comprendre ? Que pour le Magnificat chanté en grégorien, l’usage doit être d’employer l’ancienne version de la Vulgate ? Ou que pour des raisons pastorales, on n’ait pas voulu changer l’habitude ?

Autre petite surprise : les versets imprécatoires ne sont pas indiqués. On pourra le regretter ; il semble que l’habitude soit désormais prise y compris pour la liturgie en vernaculaire d’indiquer entre crochets ou en italique (comme dans l’Antiphonale monasticum, dans les « Heures grégoriennes » ou la dernière édition du psautier liturgique en Français). Cette indication n’aurait probablement pas consommé beaucoup de papier ; elle n’aurait probablement pas non plus choqué, dans le sens où beaucoup de liturgistes et théologiens poussent dans le sens de la réintégration officielle de ces versets dans la liturgie et que ces retraits sont absents des éditions liturgiques les plus récentes, y compris dans des livres officiels.

Comme pressenti, ce livre officiel de la liturgie romaine propose ad libitum (comme c’était le cas pour les « Heures grégoriennes ») la formule finale de conclusion « Benedicamus Domino » au ton solennel aux Vêpres alors que cette acclamation est réservée aux petites heures (Tierce, Sexte, None) dans Liturgia Horarum. Le livre comporte également un certain nombre de variantes importantes de texte des antiennes. Comme certains le savent probablement, la composition de l’office romain rénové après le Concile s’est appuyé sur un ouvrage de référence, le Corpus antiphonalium officii (de dom Hesbert). Il a servi de base pour l’élaboration de l’office, en enrichissant considérablement le nombre d’antiennes chantées (c’est la raison pour laquelle en 1912 nous avions un seul volume pour l’Antiphonale romanum, complet et que pour un ouvrage équivalent ou proche, nous aurions aujourd’hui 3 volumes. Le volume et le poids des Heures grégoriennes en témoigne). Cela est dû non seulement au cycle quadrihebdomadaire (certains psaumes ont ainsi plusieurs antiennes en fonction des semaines I à IV) mais aussi à cause des cantiques évangéliques (dans Liturgia Horarum, on a ainsi 3 x 3 antiennes de cantique évangélique par dimanche per annum : 3 par office majeur (laudes et vêpres) en fonction des années A, B ou C. Dans l’Antiphonale romanum II que nous avons ici, le choix a été quelque peu différent ; nous y reviendrons dans notre prochain article sur le sujet. Comme l’explique le P. Saulnier sur son site (http://palmus.free.fr) des antiennes absentes du répertoire ont parfois été indiquées dans Liturgia Horarum et ne correspondent à rien de ce qui a été chanté au Moyen âge ; si bien qu’il a fallu en trouver d’autres, en modifier certaines, et dans de rares cas, en composer. C’est en particulier vrai pour les antiennes des cantiques évangéliques de l’année B tirées de S. Marc.

L’ouvrage indique (ce que ne fait pas les Heires grégoriennes) :

-       Une partition pour les médiantes ornées du Magnificat.

-       Un choix plus important de d’acclamtions

-       Un ton pour le chant des Preces.

On notera d’ailleurs au passage à quel point il est paradoxal de voir un antiphonaire romain paraître après un antiphonaire monastique – les livres propres aux moines étant supposés êtres des dérivés des livres séculiers – c’est en tout cas comme cela que Saint Benoît semble avoir conçu la structure de l’office dans sa Règle…. Et non l’inverse. Sans parler des questions afférentes à l'office monastique, le processus lui-même est d’ailleurs assez particulier : d’ordinaire, un « bréviaire », pour la liturgie récitée de par devers soi (on lit son bréviaire, alors qu’on chante l’office),  est un résumé, un abstract de ce qui est chanté au chœur. Avec Liturgia Horarum, c’est en quelque sorte l’inverse. L’ordo conçu après le Concile est d’abord paru en tant que bréviaire, et c’est plus de 30 années après que nous commençons à bénéficier de sa version chantée, avec dans certains cas des différences importantes. Ces différences sont à mettre non seulement sur le crédit de musicologues et paléographes compétents avec la parution de cet Antiphonale romanum II, mais aussi probablement sur l’expérience désormais bien installée de la structure – à défaut de la lettre - de l’office rénové. Les mystères des tractations au sein des dicastères romains restant obscurs pour nous autres, pauvres laïcs essayant tant bien que mal de prier avec l’Eglise, nous ne nous étendrons pas davantage en considérations oiseuses…

Ce que nous enseigne en tout cas les différences substantielles qui peuvent exister entre Liturgia Horarum editio altera et l’Antiphonale monasticum II, c’est que le rite romain dans son ensemble se dirige vers une logique de distinction assez forte, au niveau rituel, entre la liturgie « lue » et la liturgie « chantée ». Nous faisions déjà auparavant cette constatation en ce qui concerne le répertoire de la Messe : en effet, des différences importantes sont à constater entre les textes des antiennes des éditions typiques du Missale romanum et de l’Ordo cantus missae (l’ordo du chant de la messe dont l’instanciation officielle est le Graduale romanum de 1974) ; le Missale romanum n’indique pas par exemple les textes des antiennes d’offertoire alors même que ce sont des pièces maîtresses du répertoire ; cette distinction se renforce encore en ce qui concerne l’office divin puisque des différences substantielles entre Liturgia Horarum et Antiphonale romanum sont constatées. Cette nuance entre liturgie chantée et lue apparaît pour la messe en 1958 (De Musica Sacra) et est reprise après le Concile en 1967 (Musicam Sacram) ; pour le cas particulier de l’office, cette notion transparaît encore dans l’Ordo Cantus Officii (1983):

« Comme les antiennes ont chacune une mélodie particulière, il a fallu, lorsque les antiennes grégoriennes n’appartenaient pas à la tradition grégorienne, chercher dans celle-ci des antiennes de texte équivalent apte à les remplacer. L’objectif principal de l’ordo Cantus Officii est donc d’indiquer les antiennes de l’office chanté. ».  

« L’office chanté » ! Le mot est prononcé. Il y a donc bien une distinction à faire entre les deux formes de l’office, étant entendu que c’est l’office chanté qui est la forme la plus légitime de l’office… Il est à noter que le décret qui est en tête de l’Antiphonale romanum II (2010) abroge ce décret de 1983. Pour autant, l’antiphonaire renforce encore cette distinction entre un office lu, destiné à être récité individuellement (Liturgia Horarum, editio typica altera), et l’office chanté (Antiphonale monasticum II).
En tout cas, c'est une grande joie pour nous de commencer cette année 2010 avec ce nouvel ouvrage grégorien qui à l'évidence ne fait pas double emploi avec les Heures grégoriennes ; nous ferons en sorte de pouvoir le mettre en œuvre dans plusieurs endroits très prochainement !

Dernière mise à jour : ( 02-03-2010 )
  Discutez-en dans les forums. (2 posts)

Retour sur la lettre pastorale de Mgr Ranjith.

Écrit par Administrator   
02-03-2010

Retour sur la lettre pastorale de Mgr Ranjith.

Certains d’entre nous, ça et là, ont pu prendre connaissance de la lettre pastorale de Mgr Ranjith, l’ancien secrétaire de la Congrégation du culte divin, rendue disponible sur plusieurs sites internet, dont celui de l’association Pro Liturgia (http://pagesperso-orange.fr/proliturgia/Informations.htm )

Nous en reproduisons ici le texte, avec [commentaires en rouge]. Les mises en gras sont de nous.

Chers Frères et Soeurs,

Ces derniers temps un certain nombre de mouvements de renouveau catholique et de personnes ont conduit de multiples exercices paraliturgiques en dehors du calendrier paroissial habituel. Tout en appréciant les nombreuses conversions, la valeur de témoignage, l'enthousiasme renouvelé pour la prière, la participation dynamique et la soif de la Parole de Dieu, je suis, en tant qu'Evêque diocésain et intendant général des mystères de Dieu dans l'Eglise locale confiée à mes soins, le modérateur, le promoteur et le gardien de la vie liturgique de l'archidiocèse de Colombo; à ce titre, je sollicite donc votre bienveillante attention sur les aspects liturgiques et ecclésiologiques liés à cette nouvelle situation et vous prie instamment de respecter les directives énoncées dans la présente circulaire à effet immédiat. [Mgr Ranjith parle ici probablement de groupes de prière de « louange » dont les paraliturgies ont un fonctionnement très proches des assemblées pentecôtistes. Il est vrai qeu ce type de groupes de prière se multiplie dans tout le monde catholique. Il est exact également que ce type de groupe de prières produit des fruits, de mission et de conversion. Gr RUne des premières choses que note Mgr Ranjith et qui n’est pas rituelle mais pratique est justement le manque de caractère « paroissial » de telles manifestations.]

L'Eucharistie est la célébration du Mystère pascal [cette référence à la théologie liturgique d’aptès guerre, que l’on doit notamment au RPLouis Bouyer et qui a été le guide de l’instauratio liturgique d’après le Concile est à la fois riche et intéressante ! Mgr Ranjith donne le ton : il va donc parler ici de la liturgie romaine telle que l’entrevoit Vatican II] par excellence donné à l'Eglise par Jésus-Christ Lui-même. Jésus-Christ est le commencement de toute liturgie dans l'Eglise et à ce titre toute liturgie est donc essentiellement d'origine divine. [un rappel clair et judicieux sur le caractère fondamentalement objectif de la liturgie, qui ne peut pas exprimer simplement les sentiments du ou  des célébrants…] Elle est l'exercice de Sa fonction sacerdotale et par conséquent n'est certainement pas une simple entreprise humaine ou une pieuse innovation. En fait, il est inexact de l'appeler une simple "célébration de la vie". Elle est beaucoup plus que cela. Elle est la source et le sommet à partir desquels toutes les grâces divines arrosent l'Eglise. [C’est une référence explicite à plusieurs passage de Vatican II, dans Sacrosanctum Concilium, mais aussi dans Mediator Dei, l’encyclique de Pie XII : la liturgie est l’œuvre du Christ et de son Corps qui est l’Eglise]

Ce très sacré Mystère a été confié aux Apôtres par le Seigneur, et l'Eglise en a soigneusement préservé la célébration au cours des siècles, [notons que Mr Ranjith n’utilise pas le passé : « en a préservé la célébration » : cela est donc implicitement valable pour l’ordo de la messe actuelle, ordinaire, l’editio typica de 2002] donnant ainsi naissance à une tradition sacrée et une théologie qui ne cèdent pas à l'interprétation individuelle ou privée.

Par conséquent, aucun prêtre, qu'il soit diocésain ou religieux, ou invité de l'extérieur de l'archidiocèse voire de l'étranger, n'est autorisé à modifier, ajouter ou retrancher quoi que ce soit dans le rite sacré de la messe. Ceci n'est pas nouveau mais a été établi en 1963 par la Constitution Sacrosanctum Concilium (22.3), la constitution dogmatique [notons cet épithète : Mgr Ranjith qualifie bien Sacrosanctum Concilium de constitution dogmatique. Cela n’a l’air de rien, mais c’est très rarement précisé ; cela place effectivement bien l’accent sur le caractère non optionnel de l’application de ce texte…] sur la sainte liturgie du Concile Vatican II, et a été plus tard réitéré à maintes reprises dans des documents comme Sacramentum Caritatis de Sa Sainteté Benoît XVI et Ecclesia de Eucharistia du Pape Jean-Paul II de vénérée mémoire.

A cet égard, certains éléments devraient être explicitement mentionnés:

1. Les prêtres ne sont pas autorisés à modifier ni à improviser la Prière eucharistique ou d'autres prières immuables de la Messe - même s'il s'agit de donner des précisions sur un élément déjà présent - en chantant des refrains différents ou des explications diverses. Nous devons comprendre que la liturgie de l'Eglise est étroitement liée à sa foi et à sa tradition: "Lex orandi, lex credendi", la règle de la prière est la règle de la foi! C'est le Seigneur qui nous a donné la liturgie et personne d'autre; personne d'autre n'a donc le droit de la changer.

2. Les manifestations du type "Praise and Worship" [c'est-à-dire ce qu’on désigne généralement en France par les « chants de louange »] ne sont pas permises au cours de l'ensemble du rite de la Messe. La musique désordonnée et assourdissante, les claquements de mains, les longues interventions et les gestes qui perturbent la sobriété de la célébration ne sont pas autorisés. Il est très important que nous comprenions la sensibilité culturelle religieuse du peuple sri-lankais. La majorité de nos compatriotes sont bouddhistes et à ce titre habitués à un culte profondément sobre; pour leur part, ni les musulmans ni les hindous ne créent d'agitation dans leur prière. [Ceci est également valable….En France : les manifestations de ce type sont en fait tout à fait contraires à la culture française pour les célébrations liturgiques] En outre, il existe dans notre pays une forte opposition envers les sectes fondamentalistes chrétiennes et nous nous battons, en tant que catholiques, pour faire comprendre que les catholiques sont différents de ces sectes. Or, certains de ces soi-disant exercices de louange et d'adoration ressemblent plus à des exercices religieux fondamentalistes qu'au culte catholique romain. [Il est tout à fait exact que ce type de manifestations introduit une confusion qui peut être assez troublante entre ce que peut être a manifestation de l’Eglise en prière et les interventions désordonnées de certains groupuscules qui n’ont aucune légitimité pour prétendre prier avec Elle] Qu'il nous soit permis de respecter notre diversité culturelle et notre sensibilité. [Concrètement, il est clair que ce que dénonce en réalité Mgr Ranjith, ce n’est pas une préférence pour « sa » sensibilité, mais une résistance face à l’intrusion de certaines « sensibilités » - clairement de type pentecôtiste nord-américaine importées indûment et contraires non seulement aux coutumes Sri-Lankaises mais aussi aux coutumes de l’Eglise universelle…]

3. La Parole de Dieu prescrite ne peut être changée au hasard et le psaume responsorial doit être chanté et non remplacé par des cantiques de méditation. La dimension contemplative de la Parole de Dieu est d'une importance capitale. Dans certains des services paraliturgiques, les gens ont tendance aujourd'hui à devenir extrêmement verbeux et bavards. Dieu parle, nous devons L'écouter; et, pour bien écouter, le silence et la méditation sont plus nécessaires que l'exubérance cacophonique.

4. Les prêtres doivent prêcher la Parole de Dieu sur les mystères liturgiques célébrés. Il est strictement interdit aux laïcs de prêcher lors des célébrations liturgiques. [Et donc à encore plus forte raison à des laïcs de confession chrétienne non catholique…]

5. La Très Sainte Eucharistie doit être administrée avec le plus grand soin et le plus grand respect, et ce uniquement par ceux qui sont autorisés à le faire. [Les ministres ordinaire de la sainte communion sont : l’évêque, le prêtre le diacre. Tous les autres sont extraordinaires] Tous les ministres, habituels comme extraordinaires, doivent être revêtus des ornements liturgiques corrects. [Le vêtement commun des ministres est l’aube, serrée à la taille par un cordon. Au premier chef, les ministres extraordinaires doivent être choisis parmi les autres ministres institués… Lecteur et acolyte. Il n’est pas envisageable, en toute bien séance, de voir un ministre de la communion en civil, ou même une ministre de la communion, fut elle religieuse, sans a minima l’aube. En administrant la communion, le ministre doit porter, si il est ordonné, à minima l’étole, ou si il intervient autrement dans la liturgie – concélébration, diacre – la chasuble et/ou la dalmatique…] Je recommande à tous les fidèles, y compris aux religieux, de communier avec respect, à genoux et sur la langue. [C’est écrit : cela ne paraît pas vraiment optionnel, écrit comme cela…] La pratique de l'auto-communion est interdite et je demanderais humblement à tout prêtre qui la permettrait de suspendre immédiatement cette pratique. [L’auto-communion consiste à se communier soi même, ce qui est interdit à moins d’être célébrant ou concélébrant. Ce qui signifie qu’un prêtre qui communierait à une messe qu’il ne (con-) célèbrerait pas devrait recevoir la communion à genoux et dans la bouche…. Oui, oui, c’est bien ça que dit Mgr Ranjith. Mgr Ranjith vise aussi la pratique répandue et fautive de « l’auto-intinction ». Cette remarque pourrait valoir également en de nombreux endroits en France, y compris chez certaines communautés religieuses. Elle consiste, lors de la communion sous les deux espèces « par intinction » (le fait de tremper l’hostie consacrée dans le vin consacré et de consommer le sacrement de cette manière sous les deux espèces) à laisser le communiant prendre lui-même l’hostie dans la main pour pratiquer lui-même l’intinction en trempant l’hostie dans le Calice. Cette pratique a été explicitement interdite par Sacramentum Caritatis.]

6. Tous les prêtres sont censés suivre le rite de la Messe tel qu'il est stipulé, afin qu'il n'y ait pas lieu de comparer et d'opposer les messes célébrées par certains prêtres aux autres messes dites par le reste des prêtres.

8. Les bénédictions liturgiques sont réservées uniquement aux ministres de la liturgie, c'est-à-dire: les évêques, les prêtres et les diacres. Tout le monde peut prier pour l'autre. Mais il est instamment recommandé de ne pas utiliser de gestes pouvant porter à l'illusion, à la confusion ou à une mauvaise interprétation. [Cela concerne probablement aussi le fameux geste de bénédiction donné dans de nombreux endroits aux gens qui s’avancent bras croisés dans la file de communion sans demander le sacrement, pour des raisons variées : âge, impossibilité, etc… Il n’est non seulement pas juste, mais aussi pas licite pour un ministre extraordinaire de la communion de donner une « bénédiction » au fidèle. Pour plusieurs raisons : nous sommes effectivement littéralement dans le cas mentionné par Mgr Ranjith d’une « bénédiction liturgique »…. Quelle force alors donner à l’autre bénédiction liturgique qui est donnée par le célébrant, lors du rite de l’envoi ? Par ailleurs, le geste liturgique de la procession de communion doit signifier ce qu’il réalise : une procession pour communier… Que serait la signification de cette procession de non communion ? Enfin, si cette habitude se prend et que les ministres extraordinaires (laïcs) de la communion comprennent qu’ils ne sont pas en pouvoir de donner cette bénédiction, les gens qui seraient en attente de ce geste se présenteraient pour cela exclusivement auprès du célébrant ou d’un diacre…. Qui finirait par donner davantage de bénédictions que de sacrements… Il faut tout simplement rappeler que le fait de communier n’est en aucun cas un geste mondain, que cela n’est obligatoire qu’une seule fois par an à Pâques, même si évidemment l’Eglise encourage fortement la communion fréquente depuis le début du XXème siècle. Il est frappant de constater que dans ce qu’on appelle l’usus antiquior (forme du rite romain dite extraordinaire) le rite de communion des fidèles est comme surajouté à la liturgie, et que jusqu’à une date récente, la communion ne se recevait pas au cours de la messe, mais avant, pendant ou après, mais certainement pas au moment de la communion du prêtre. La réforme de la liturgie a voulu réellement mieux enchâsser ce rite dans la cohérence du déroulement de la célébration de la messe, et c’est heureux. Il faut pourtant s’attrister de constater que l’habitude de l’ancien rite de ne communier que très rarement, qui était un phénomène sociologique contre lequel a lutté S. Pie X s’est transformée en une habitude de communier systématiquement… Ou en tout cas participer à cette procession de communion – ou de non-communion/« bénédiction » ! – systématiquement. C’est aussi un phénomène sociologique et non pas liturgique qui est évidemment tout sauf justifiable, et contre lequel il s’agit également de lutter….]

Ce texte est vraiment très intéressant et va tout à fait dans un sens que nous évoquions dans nos pages et qui correspond concrètement à un enseignement de Vatican II : l’évêque étant – comme le rappelle Mgr Ranjith – l’ « intendant général des mystères de Dieu dans l'Eglise locale confiée à [ses] soins, le modérateur, le promoteur et le gardien de la vie liturgique » dans son diocèse, il est la seule personne à pouvoir et à devoir faire appliquer la loi liturgique dans son diocèse ; pour aller encore plus loin, il devrait, en tant qu’ordinaire, mettre en œuvre un « coutumier liturgique » proposant et imposant un choix parmi les options disponibles dans le rite romain (prières eucharistiques, célébration des mémoires ad libitum, variantes des rites pénitentiels, etc..). Mgr Ranjith le fait ici très clairement par cette lettre pastorale, qui n’est en rien surprenante mais absolument « ordinaire » (c'est-à-dire « dans l’ordre des choses ») et plus précisément en ce qui concerne la manière de recevoir la communion. Il demande à ce que partout et pour tous, dans son diocèse, la communion soit reçue à genoux et dans la bouche. Il n’ignore pas qu’il y a d’autres manières de faire et la possibilité d’appliquer un indult pour la communion dans la main, mais sa prérogative d’évêque diocésain de généraliser la forme traditionnelle de la réception de la communion.

Ceci n’est que très peu compris aujourd’hui. Parce que c’est une véritable révolution pastorale. L’habitude a été prise en particulier en France pour les évêques de (se / les) considérer comme des sortes de préfets du pape… Chose contre laquelle un Cardinal Vingt-Trois a pu protester récemment,, sans doute maladroitement, sans être toujours bien compris « Les rapports du pape avec les évêques ne sont pas des rapports de patron à employés. Il n'est pas un PDG d'une multinationale qui vient visiter une succursale » Entre les évêques et le pape, il n’y a pas de « rapports de subordination servile »: l’évêque, pour tenir non seulement son rang mais pour se conformer au charisme de l’ordre (dont il détient la plénitude du sacrement) se doit d’être un ordonnateur fidèle de la liturgie de son diocèse. « L’évêque dirige l’Eglise particulière, qui lui est confiée, et il lui appartient de régler, diriger, stimuler, parfois même de reprendre, en exerçant la charge sacrée qu’il a reçue par l’ordination épiscopale, pour édifier son troupeau dans la vérité et dans la sainteté » (Redemptionis Sacramentum) Ceci imposerait pour tous les ordinaires de publier non seulement un ordo diocésain précis et exigeant, mais aussi un coutumier liturgique en conformité avec les réalités culturelles et pastorales de son diocèse. Nous avons malheureusement le sentiment que cette mise en valeur du rôle liturgique mais aussi pastoral pour l’évêque qu’a mis en exergue Vatican II s’est au moins dans notre pays souvent retrouvé stérilisé par les instances ecclésiales nationales ou par région linguistique (Commission des traductions liturgiques francophones, Conférences des Evêques de France). C’est aussi dû dans notre pays à un poids de l’histoire qui a souvent poussé le pape, pour éviter d’avoir face à lui des personnalités dérangeantes (par peur d’un gallicanisme rampant) n’a nommé à des postes clefs (cardinaux) que des personnages sans envergure au long du XVIIème au XXème siècle. Le P. Bouyer l’explique très bien avec la plume acérée :

« Il y a quelques mois je m’entretenais de la situation actuelle dans l’Église avec un évêque africain, qui est non seulement un des meilleurs évêques du continent noir, mais un des meilleurs de l’Église contemporaine. Avec ce bon sourire malicieux dont Dieu a éclairé les visages les plus sombres de l’humanité, il me disait : “Que voulez-vous ! L’Église, après le Concile, est un peu dans la même situation que nos armées africaines. On y a fait, du jour au lendemain, des généraux de gens choisis et formés pour n’être jamais que des sergents-chefs. Cela ne pourra jamais marcher tant qu’un ne sera pas sorti de cette situation.” J’avoue qu’il me paraît que cet évêque mettait lui-même le doigt sur la plaie actuelle de l’épiscopat. »

BOUYER (Louis), La décomposition du catholicisme, Paris, Aubier-Montaigne, collection « Présence et pensée », 1968

Nous venons donc de très loin. N’en déplaise à certains, Rome n’a pas les moyens de créer une « police liturgique » qui vérifierait que dans tout le monde catholique, la liturgie eucharistique est en conformité avec le Missel. Ce rôle de régulation et d’ordonnancement relève de l’évêque, qui d’ailleurs, sous peine de rupture de communion, ne peut pas aller contre ce que demande le pape en ces matières, et donc contre les éditions typiques des livres liturgiques. Encourageons donc nos évêques, lorsque nous les croisons et échangeons avec eux à prendre en compte ce rôle essentiel qu’ils ont dans la liturgie de leur diocèse, à remplir pleinement leur mission liturgique qui leur est conférée par la possession de la plénitude du sacrement de l’Ordre. Si rien ne se passe comme prévu, vous êtes bien sûr fondé, comme simple laïc, à écrire une lettre à la Congrégation du Culte Divin (Redemptionis Sacramentum le mentionne explicitement). Mais dans bien des cas, ce dicastère ne peut que se contenter d’accuser réception en vous envoyant une lettre réconfortante… Mais ne peut pas faire beaucoup mieux…

Commentaire : « Paix liturgique » et ses erreurs de lecture et d’appréciation.

Beaucoup d’entre nous connaissant « Paix liturgique », qui, que vous le vouliez ou non, vous abreuve régulièrement d’emails visant à vous alerter sur des « non applications » du Motu Proprio Summorum Pontificum et vous inviter à vous unir pour faire pression sur votre curé et sur votre évêque, qui ni l’un li l’autre (on vous le démontre !!! n’est en véritable communion avec Benoît XVI… !). Nous avons dit plusieurs fois dans nos pages à quel point nous considérions ces procédés non seulement comme illégitimes au regard de la discipline de l’Eglise mais encore comme théologiquement inacceptables en plus d’être opérationnellement inefficaces pour la cause de la promotion d’une authentique pratique liturgique conforme au génie du rite romain.

Mettons donc une fois de plus les pieds dans le plat. « Paix Liturgique » cherche encore ici à faire « feu de tout bois » en nous proposant une interprétation non seulement orientée mais erronée de cette lettre pastorale. Vous connaissez le texte (ou alors, si vous ne l’avez pas reçu, expliquez-nous comment vous faites, parce que pour notre part, nous n’avons toujours pas trouvé de bon moyen de ne plus recevoir ces emails non sollicités…) donc nous n’en citerons que quelques bribes.

Si d'ailleurs, tant de remontrances - malheureusement parfaitement inutiles - ont été énoncées par Rome depuis la promulgation de la réforme liturgique Bugnini, [Paix liturgique utilise ainsi un procédé dialectique pour tenter de décrédibiliser la réforme liturgique d’après le concile, qui serait donc, si on lit bien complètement l’ouvre d’une seule personne (à savoir Mgr Bugnini) et qui serait à distinguer à la fois de l’essence du rite romain et de la volonté du Concile œcuménique… Or une réflexion honnête demanderait a minima plus de retenue, d’analyse et de réflexion…] c'est assurément que s'était introduit en elle dès l'origine, comme faisant corps avec elle, un principe de désordre : multiples traductions souvent hasardeuses ; [les textes liturgiques de la réforme sont publiés en latin : on ne peut pas en vouloir aux concepteurs de la réforme liturgique des traductions mauvaises qui ont été faites ensuite] variations innombrables permises dans les gestes et les textes ; [comme déjà expliqué dans ces pages, les « options » ouvertes par le missel réformé ont pour objectif d’être encadrées par les usages diocésains, qui retrouvent leur légitimité par volonté du Concile lui-même ; comme indiqué dans le missel romain, « l’Évêque diocésain, premier dispensateur des mystères de Dieu en l’Église particulière qui lui est confiée, est le régulateur, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique » - PGMR 22, Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Decr. de pastorali Episcoporum munere, Christus Dominus, n. 15 ; cf. aussi Const. de sacra Liturgia, Sacrosanctum Concilium, n. 41. Les options présentes dans l’ordo ont à âtre régulées par l’ordinaire, c'est-à-dire le plus souvent par l’évêque diocésain,  et non pas par la subjectivité et la créativité des célébrants ou des équipes liturgiques] éclatement de la prière eucharistique unique qui était la grande caractéristique de la liturgie romaine ; et d'une manière générale indications qui avaient toute les apparences d'une invitation généralisée à la créativité. [L’invitation généralisée à la créativité n’est certainement pas dans l’ordo de la Messe lui-même. Ce qu’il faut incriminer c’est bien plus l’esprit du temps et mai 1968… Il est frappant de constater que tout cela a été d’actualité pendant toutes les années « noires » où la liturgie a été entachée d’idéologie notamment marxiste, et ce dès avant le Concile… Si bien que l’ordo de la messe d’avant le Concile lui-même a subi ce genre de « problèmes », même si c’est dans une moindre mesure. Paix liturgique à force de vouloir trouver des raisons de revenir de façon exclusive à l’ordo ancien de la Messe, invente des raisons liturgico-pastorales de décrédibiliser l’ordo de la messe célébrée chaque jour par le pape… Ce qui en dit long sur le Sensus Ecclesiae de cette organisation, dont les motivations comme les objectifs semblent être beaucoup plus de l’ordre de l’agit-prop que du service de l’épouse du Christ… Nous invitons Paix Liturgiqe a essayer de prendre un peu de hauteur par rapport au débat et à actulaiser son discours : nous ne sommes plus en 1981.]

De sorte que, en matière de réforme liturgique, prescrire de revenir à la "norme", c'est en fait modifier l'essence de la réforme elle-même, [Paix liturgique semble ignorer que par essence, justement, l’Eglise ne peut pas donner des fruits empoisonnés, et que la façon dont a été mise en œuvre la réforme doit être distinguée de la réforme elle-même. A force de mélanger les deux choses, aucune critique positive ou négative d’aucun ordo n’est possible. Cette stérilisation militante de la pensée liturgique est réellement dommageable pour l’éclosion du « nouveau mouvement liturgique ».] qui est a-normative par nature, et c'est ainsi faire avancer un processus inéluctable de révision de cette très étrange réforme liturgique. [Accusation gratuite qui n’engage que « Paix liturgique ». Nous nous réservons le droit, quant à nous, de penser par nous-mêmes et de regarder aux sources.] Qui plus est, les appels romains apparaissent souvent "abstraits", ou pour mieux dire lointains. Avec ce document épiscopal, on passe au "concret", c'est-à-dire à des prescriptions de terrain. [Mgr Ranjith ne fait que mettre en œuvre son charisme épiscopal d’ordonnateur de la liturgie. C’est comme cela que ça se passe et que la liturgie « ordinaire «  est supposée être mise en œuvre.]

Dernière mise à jour : ( 02-03-2010 )
  Discutez-en dans les forums. (0 posts)

La vie (4/02/2010) : conseils pour le chant, par le P. Lelièvre

Écrit par Administrator   
05-02-2010

Le P. Lelièvre est le maître de choeur de Saint Pierre de Solesmes depuis 2003. Le magazine La Vie ces derniers jours l'a interviewé concernant les conseils qu'il a à donner pour la pratique du chant liturgique. Naturellement,son conseil utlime est d'apprendre le chant grégorien, "chant propre de la liturgie romaine".

http://www.choralies.fr/img/AC7_lelievre.jpgNé en 1964 à Fougères, Ille-et-Vilaine, a suivi un cursus au conservatoire de Rennes. Il a ensuite commencé en 1984 une carrière d'altiste en orchestre, principalement en Bretagne, à Paris et en Aquitaine. En 1989 il est parti au Mexique, à la Filarmonica de Jalisco. Pensant à la vie monastique, il est entré à l'abbaye de Solesmes en 1993. Moine-prêtre, il a été nommé maître de chœur en 2003. Depuis 2005, son travail fut la mise en place du nouvel antiphonaire. 

 

RP Dom Yves-Marie Lelièvre 

Mes conseils pour pratiquer le chant liturgique

 

http://www.lavie.fr/images/2010/02/01/2846_solesmes_440x260.jpg

 

Abbaye de Solesmes


1 Cultivez le silence
C’est paradoxalement mon premier conseil. Le silence est une vertu essentielle dans la vie bénédictine, car il crée l’espace d’accueil préalable à l’écoute. Or, le chant liturgique n’est rien d’autre que la parole de Dieu qui, débordant du cœur, devient chant. Cet apprentissage du silence peut se faire à travers des temps d’oraison, mais plus simplement dans la vie quotidienne. On peut, par exemple, être attentif à son attitude par rapport à ses interlocuteurs. Sommes-nous à l’écoute de ce qu’ils nous disent ? De même, on peut être attentif à ne pas systématiquement meubler les espaces de silence dans notre ordinaire en allumant la radio ou la télévision.

2 Demeurez dans l’attitude du disciple
Sachons apprendre des autres tout au long de notre vie. C’est particulièrement nécessaire pour l’apprentissage d’un chant sacré, qui demande une attention à ce qui nous est transmis : un travail sur la voix et le souffle d’après les indications qui nous sont données, la recherche d’une expression juste, débarrassée de tout ego. Cette attitude permet de se laisser émerveiller, toucher, surprendre par ce qu’on découvre. Émotions qui nourriront notre motivation.

3 Inscrivez-vous dans une chorale

La dimension communautaire de la pratique du chant est essentielle. La communauté nous forme et nous y faisons l’expérience d’une communion avec d’autres. Du moins tendons-nous vers celle-ci, et l’effort même que cela réclame de nous est déjà un intéressant travail sur soi.

4 Initiez-vous au grégorien

Il existe de nombreux chœurs grégoriens et des stages ponctuels au sein desquels on peut découvrir ce chant liturgique. Ayant traversé les siècles, il a le privilège de l’expérience. C’est pour cela que les Pères du concile Vatican II ont recommandé pour les célébrations liturgiques l’usage prioritaire de ce qu’ils nomment « le chant propre de la liturgie romaine ».

  Discutez-en dans les forums. (0 posts)

IIIème dimanche de l'Avent : la joie de l'époux

Écrit par P. Michel Gitton   
16-12-2009

Merveilleuses perspectives que celles que trace ce dimanche le prophète Sophonie : « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête ». Quel Dieu est comme notre Dieu, grand, fort ... et amoureux ?

 

Il se trouvera bien des esprits chagrins pour dire que tout cela est de la poésie, que Dieu, étant "acte pur", se suffit largement à lui-même, qu’il a d’ailleurs la Trinité pour s’occuper et que, s’il veut bien s’intéresser aux hommes, c’est par pure bonté, sans qu’il retire lui-même rien de l’opération. Pas plus qu’il ne peut connaître de souffrance (et là je suis d’accord), il ne peut connaître de joie de notre fait. Là, j’ai plus de mal à penser à un amour, un vrai, pas une simple bienveillance distante, et qui serait indifférent à la réussite de sa jonction avec l’autre...

 

Ce qui me détourne de donner crédit au thème pourtant très à la mode de la "souffrance de Dieu", c’est l’incongruité de cette idée qu’on pourrait apporter à Dieu une réelle diminution de son être. Ce n’est pas dire qu’il est indifférent au mal et à la misère de ceux qu’il aime, mais cela signifie que sa réaction, si l’on peut dire, est toute entière active, qu’elle s’appelle dans la Bible "colère" (face au mal) et "miséricorde" (face à la misère). Pour ce qui est de la joie, Jésus lui-même parle de cette joie qui est dans le ciel (et on sait que quand il parle ainsi, c’est de Dieu qu’il nous entretient), quand un pécheur se convertit.

 

Comment Dieu peut-il à la fois tout avoir, être plénitude éternelle de bonheur, et désirer le lien avec sa petite créature jusqu’à connaître de la joie, lorsque celle-ci, hors de toute contrainte, revient à lui ? Ce point n’est pas facile, mais il est central dans la compréhension du dessein de Dieu. Seule la conviction que notre pauvre amour importe pour Dieu peut rendre compréhensible qu’il ait tout créé. Car le mouvement éternel des sphères, l’ordre de la nature, la variété presque infinie des êtres et des espèces peut bien réjouir notre regard, il n’apporte rien d’autre à Dieu que la démonstration de sa puissance et de son intelligence, démonstration dont il n’a au fond nul besoin.

 

Ce qui compte pour lui, c’est cet imprévu et cette nouveauté qu’apporte la liberté de ses créatures intelligentes (les anges et les hommes), là il trouve un écho de ce qu’il connaît dans sa relation éternelle avec son Fils, la joie de l’amour. Il nous faut absolument penser que cette réponse n’est jamais gagnée d’avance, qu’elle ne résulte d’aucune des composantes de la nature humaine, pas plus que la victoire d’un champion ou la qualité d’une interprétation musicale ne résultent de l’équipement dont l’un et l’autre disposent. Elle ne vient même pas de l’attraction que ne peuvent manquer d’exercer le Bien et le Beau absolus sur un être limité et imparfait, sinon notre amour ne serait que le mouvement irrésistible qui pousse le papillon à se jeter dans la flamme, c’est pourquoi Dieu ne cesse de tamiser sa lumière pour qu’elle ne nous éblouisse pas et ne nous mène pas à lui sans nous.

 

On a dit que l’existence de l’enfer était la plus grande preuve de l’amour de Dieu et je ne suis pas loin de partager ce sentiment. Si Dieu peut tous nous avoir à l’usure, parce qu’il est vraiment le meilleur et qu’il faudrait être bien bête pour ne pas finir par s’en apercevoir, toute cette histoire est absurde et sans intérêt. Comment aurait-il la joie de voir venir à lui le pécheur repenti, le martyr qui a tenu jusqu’au bout, l’humble combattant de la fidélité au quotidien, s’il pouvait se dire que c’est normal, que son amour a encore gagné, parce qu’il est le plus fort ?

 

Dieu s’étonne de la réponse que nous lui donnons. Bien sûr, il ne peut en être ainsi que parce que, délibérément, il a limité sa Toute-puissance, qu’il a voilé le regard de son Omniscience, qu’il a évidé une place près de Lui pour que nous l’occupions, à l’abri de rayonnement trop fort de son Absolu. Mais c’est bien à cette vision des choses que nous oblige l’Ecriture, elle qui n’a combattu les représentations mythologiques que pour mieux nous rendre sensibles l’inouï de son Amour.

 

Michel GITTON

  Discutez-en dans les forums. (0 posts)

IIème dimanche de l'Avent : Jésus au risque de l'histoire

Écrit par P. Michel Gitton   
05-12-2009

           AN QUINZE DU REGNE de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode, prince de Galilée, son frère Philippe, prince du pays d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias, prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie...

C’est comme cela que com-mence le récit de la vie pu-blique de Jésus en saint Luc. On croit un peu rêver. Pourquoi toutes ces précisions ? Quelle importance de savoir que Lysanias était prince d’Abilène en ces années-là ? Où est-ce d’ailleurs, Abilène ? Il y a toujours dans les évangiles des références incroyablement précises à des évènements microscopiques qui sont censés concerner le monde entier depuis les origines jusqu’à la fin : celui qui dispense des enseignements sublimes du genre "qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle" (Jean 4,14) est aussi celui qui est là, assis sur la margelle du puits de Sichem, "non loin de la terre donnée par Jacob à son fils Joseph"(Jean 4,5). Est-ce bien sérieux tout cela ? Un écrivain célèbre du siècle passé s’avouait séduit par la figure du Christ, mais il ajoutait que, s’il était prêt à prononcer toutes les paroles du Credo, il n’accepterait jamais l’incise "sous Ponce Pilate" qui liait l’aventure de Jésus à l’histoire commune des hommes. Dites-moi que votre Maître est un grand exemple, une figure de proue de l’humanité, je vous croirai, mais n’allez pas me faire admettre que ça s’est passé comme un banal évènement de l’histoire romaine...

Cet idéalisme a la vie dure. Je me souviens, il y a de cela quelques décennies, de cet excellent ecclésiastique qui était prêt à accepter toutes les remises en cause liées aux recherches historiques ou soi-disant telles et qui achevait avec un sourire désarmant, en nous expliquant que ce n’était pas grave, puisque "Dieu est esprit". Il ne prenait pas garde qu’il commettait ainsi un contre sens sur le mot esprit, qui ne veut pas dire dans l’Écriture "immatériel", mais source de vie. Mais surtout il prenait tranquille-ment son parti de ce que Dieu n’avait rien à faire avec les évènements du monde, qu’il n’y agissait pas, qu’il ne s’y faisait pas reconnaître. Comment pouvait-il dire après cela que le Verbe s’était fait chair ?

Par peur d’un démenti que leur infligeraient les faits, les exégètes spécialistes du Nouveau Testament (ou du moins certains d’entre eux) ont pris depuis longtemps une ligne prudente, faisant la part du feu. Si on leur annonçait demain qu’on a découvert à Jérusalem des ossements qui ont toutes les chances d’être ceux du Crucifié du Golgotha, ils auraient sans doute une dialectique toute prête pour expliquer qu’il ne faut pas exagérer l’importance des récits du tombeau vide, que de toute façon la Résurrection concerne un autre ordre de réalités, très loin de l’histoire qui est la nôtre, et que c’est même encore plus beau de croire ainsi, sans le support d’une évidence matérielle. Jésus n’a-t-il pas dit à Thomas : "heureux ceux qui croiront sans avoir vu" ?

Ce christianisme épuré, intellectualisé, qui ne repose sur rien de concret, qui se contente d’être un certain regard porté sur les évènements du passé et du présent, peut dérouler son discours en toute tranquillité, nul ne le contredira, mais il ne fait pas très sérieux, il ne bouscule pas la vie, c’est une théorie de plus, à côté des autres, sur Dieu et sur l’homme. La foi biblique est plus brutale, elle nous dit que Dieu a parlé, qu’il a fait sortir les Hébreux d’Égypte et qu’il a ouvert devant eux la Mer Rouge. Saint Paul, à l’autre bout, nous dit que si Jésus n’est pas ressuscité (et ressusciter, çà veut dire se redresser et marcher sur ses pieds), notre foi est "vaine", ou pour mieux dire vide. On ne pourra pas séparer cette foi de la réalité d’un certain nombre d’évènements qui se sont produits dans un temps précis et en un lieu précis et qui sont confiés maintenant à la mémoire de l’Église. De là vient le souci des évangélistes de s’informer exactement des faits, de les garder dans leur rugosité, en s’interdisant tout remaniement et toute harmonisation. De là l’extraordinaire fidélité de l’Église à ce qui a été rapporté aux origines.

Au moment où tant de publications paraissent de divers côtés pour nous expliquer qu’on connaît d’autant mieux Jésus-Christ, sa vraie personnalité, son histoire, qu’on est éloigné de l’Église, n’ayons pas peur de la confrontation. Il ne sert à rien de se réfugier dans l’indicible et l’indémontrable. Le Christ en s’incarnant a pris le risque de se livrer aussi au jugement de l’histoire. Mais là il n’a pas dit son dernier mot.


Michel GITTON

Dernière mise à jour : ( 05-12-2009 )
  Discutez-en dans les forums. (0 posts)

Offertoire dans le rite romain : on en reparle...

Écrit par Administrator   
22-11-2009

On peut être d'accord ou pas d'accord : iln'empêche que pour mieux faire comprendre l'essence du rite romain, il importe de réfléchir, Et bien.... Mgr Raffin a défrayé la chronique récemment en indiquant qu'il ne comptait pas spécilement aller rencontrer les "tradis" de son diocèse. Probablement que toute sa pastorale ne tourne pas autour de l'application du Motu proprio "Summorum Pontificum". Cette "nouvelle" a paru déplaire à la fois aux blogs "perepiscopus " et "Summorum pontificum observatus" ; elle a été relevée également... par Golias, qui s'étonnait de voir un évêque peu suspect d'être en accord avec ses idées aller une fois n'est pas coutume, dans son sens.

 

http://annee.appel.free.fr/Ressources/Evenements/ordination.jpg

 

Parce que Mgr Raffin réfléchit et a des idées sur la liturgie. C'est Christophe de Saint Placide (Summorum pontificum observatus) qui redonne le texte de Mgr Raffin, paru dans un ouvrage publié aux éditions de l'Homme nouveau, "Autour de l'esprit de la liturgie" :

 http://img442.imageshack.us/img442/5115/mgrraffinoffertoire.jpg

 Le caractère hétéroclite et tardif des prières de l'offertoire dans l'ordo de 1962 de la messe romaine ? de quoi parle t'on ?

 Voici donc une comparaison systématique de l'ancien rite et du nouveau rite de l'offertoire. Dans la vieille liturgie, l'offertoire commençait avec une invitation à la prière faite par le prêtre: Oremus. Mais il n'y avait aucune oraison... Cet oremus invitait les fidèles plus à s'asseoir qu'à faire oraison. L'ordo actuel a restauré ici les "prières universelles" qui existaient autrefois dans de nombreux rites et que le rite romain n'avait conservées que dans la liturgie du Vendredi-saint. Le Concile est donc revenu à une tradition fort ancienne. Il y avait un choix à faire: soit supprimer l'oremus, qui n'avait plus de raison d'être, soit rétablir une prière venant logiquement après l'oremus. C'est la deuxième solution qui a été retenue, parce que plus conforme à la tradition liturgique,

- L'offrande du pain et la prière "Suscipe".
Suscipe, sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam bostiam, quam ego, indignus famulus tuus, offero tibi Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis, et offensionibus, et negligentiis meis, et pro omnubus circumstantibus, sed et pro omnibus fidelibus christianis, vivis atque defunctis, ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam aetemam. Amen.
Recevez, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant, cette offrande sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous présente à vous, mon Dieu vivant et vrai, pour mes péchés, offenses et négligences sans nombre, pour tous ceux qui m'entourent, ainsi que pour tous les fidèles vivants et morts: qu'elle serve à mon salut et au leur pour la vie éternelle. Amen. Cette prière ne fait pas partie de la liturgie romaine: on peut dire qu'elle n'est pas "traditionnelle". On peut faire plusieurs remarques à son sujet: elle utilise la première personne du singulier, ce qui est contraire aux habitudes du rite romain qui, lui, utilise habituellement la première personne du pluriel. Cette utilisation de la première personne du singulier s'explique parfaitement il s'agit d'une prière privée qu'on retrouve au IXème siècle non pas dans un missel "romain", mais dans le Liber Precationum (c'est-à-dire le "livre de prières") de Charles-le-Chauve (875-877).
Cette prière contient des germes d'erreurs théologiques. En effet, elle conduit à attribuer à un simple morceau de pain -désigné ici sous les termes d' "hostie sans tache"- une vertu incroyable, puisqu'on lui attribue le pouvoir d'agir pour le salut des vivants et des morts. Vatican II l’a donc supprimé ce qui pouvait être cause d'erreur et a opté pour une formule plus simple, plus proche de la Tradition romaine comme on le verra plus loin :
Benedictus es. Domine, Deus universi, quia de tua largitate accepimus panem, quem tibi offerimus, fructum terrae et operis manuum hominum, ex quo nobis fiet panis vitae.
Tu es béni, Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le pain de la vie.Cette formule reprise également dans l'offrande du vin, est inspirée des bénédictions juives. On peut donc penser que le Christ les a prononcées le jour de l'institution de l'Eucharistie, puis à nouveau devant les disciples d'Emmaüs, etc... C'est donc effectivement parfaitement traditionnel !
- la prière dite pendant que le célébrant verse l'eau dans le calice.
Deus qui humanae subtantiae dignitatem mirabiliter condisti, et mirabilius reformasttida nobis, per huius aquae et vini mysterium eius divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps, Iesus christus, filius tuus, Dominus noster : qui tecum vivit et regnat in unitate spiritus Sanct, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

Dieu qui, d'une manière admirable, avez créé la nature humaine dans sa noblesse, et l'avez restaurée d'une manière plus admirable encore, accordez-nous, selon le mystère de cette eau et de ce vin, de prendre part à la divinité de celui qui a daigné partager notre humanité, Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur qui, étant Dieu, vit et règne avec vous et l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Voici une magnifique prière qui accompagne l'un des plus anciens rites liturgiques: le mélange de l'eau et du vin. Cette prière est véritablement "romaine"... Mais ici, elle n'est pas à sa place : il s'agit d'une ancienne oraison que trois sacramentaires romains (les ancêtres de notre actuel missel) proposaient pour la fête de Noël. C'est ici tout le sens du mystère de l'Incarnation qui ci évoqué; cette oraison a simplement été "complétée" par les mots "per huius aquae et vini mysterium", afin qu'elle puisse mieux "coller" avec le rite d'offertoire. Le missel romain dans son édition de 1969 a abrégé cette prière pour ne conserver que les paroles qui éclairent le rite : Per huius aquae et vini mysterium eius divinitatis esse consortes, qui humanitatis nostrae fieri dignatus est particeps. Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l'Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité. Ce ne sont que les paroles centrales de l'ancienne prière qui ont été conservée pour souligner le geste que fait le célébrant; le développement plus théologique, issu de la célébration du mystère de l'Incarnation, a été laissé de côté: il n'avait pas véritablement sa place dans le rite d'offertoire dont les gestes se suffisent à eux-mêmes.
- L'offrande du vin et la prière "Offerimus tibi".
Avant le Concile, le célébrant disait la prière suivante en élevant un peu le calice au-dessus de l'autel :
Offerimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuant deprecantes clementiam, ut in conspectu divinae Maiestatis tuae, pro nostra et totius mundi salute, cum odore suavitatis ascendat. Amen.

Nous vous offrons, Seigneur, le calice du salut, et nous demandons à votre bonté qu'il s'élève en parfum agréable devant votre divine Majesté, pour notre saint et celui du monde entier. Amen.

Cette prière qui, dans l'ancien missel, est dite à la première personne du pluriel et fait symétrie avec la prière d'offrande du pain "Suscipe sancte Pater", ne se rencontre qu'à partir du Xlème siècle dans certains missels dits "romains".Nul ne peut nier qu'elle contient quelques "maladresses" qu'il convenait de corriger :
- le calice est désigné sous les mots "calice du salut", alors que la consécration n'a pas encore eu lieu;on demande à Dieu que ce calice soit offert "pour notre salut"... ce qui revient à attribuer au vin un pouvoir qu'il n'a pas ; la formule double et amoindrit d'autant l'Orate fratres qui sera dit à la fin du rite d'offertoire. On voit nettement que ces prières d'offertoire sont des décalques de formules qui seront dites au cours de la Prière eucharistique: il était nécessaire de les revoir si l'on voulait que la liturgie ait une réelle cohérence et ne soit pas le support d'approximations théologiques. La restauration conciliaire a simplement conduit à supprimer cette prière pour la remplacer par la formule déjà employée au moment de l'offrande du pain, avec la réponse du peuple si l'antienne d'offertoire n'est pas chantée :

Benedictus es, Domine, Deus universi, quia de tua largitate accepimus vinum, quod tibi offerimus, fructum vitis et operis manuum hominum, ex quo nobis fiet potus spiritalis.


Tu es béni. Dieu de l'univers, toi qui nous donnes ce vin, fruit de la vigne et du travail des hommes; nous te le présentons: il deviendra le vin du Royaume éternel.


- L'invocation du Saint-Esprit: la prière "In spiritu humilitalis" et la prière "Veni Sanctificator".

Dans l'ancien rite de la messe, après l'offrande du vin se trouvaient deux prières. La première était dite par le prêtre incliné en signe d'humilité:In spiritu bumilitatis et in anima contrito suscipiamur a te. Domine ; et sic fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus.
Voyez l'humilité de nos âmes et le repentir de nos coeurs: accueillez-nous. Seigneur; et que notre sacrifice s'accomplisse devant vous de telle manière qu'il vous soit agréable, Seigneur Dieu.

La seconde prière, qui s'enchaîne, est une invocation au Saint-Esprit :
Veni, Sancficator, onmipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini praeparatum.


Venez, Sanctificateur, Dieu éternel et tout-puissant, et bénissez ce sacrifice préparé pour votre saint Nom.


La première prière apparaît dans le rite d'offertoire au Xlème siècle; elle est donc relativement tardive. Quant à la seconde prière -l'invocation au Saint-Esprit-, d'inspiration peut-être gallicane, on la trouve dès le IXème siècle dans le Missel de Stowe; mais elle ne sera introduite dans le Pontifical romain qu'au XIIIème siècle. Elle rappelle un passage du 2ème Livre des Macchabées (2, 10).On retrouve, ici encore, l'erreur relevée plus haut, à savoir celle qui consiste à confondre le rite d'offertoire avec le "sacrifice": en effet, la prière adressée au Saint - Esprit ne ressemble-t-elle pas à l'épiclèse que l'on trouve dans la Prière eucharistique, c'est-à-dire à la formule invoquant l'intervention de l'Esprit - Saint pour réaliser la consécration du pain et du vin ? Toutes ces prières ont été introduites dans notre ancienne liturgie au moyen-age (vers le XIIème siècle), lorsque les fidèles ne se sont plus contentés d'un rite simple: la messe s'est alors surchargée d'un groupe de signes et d'oraisons qui, plus tard, seront considérés comme faisant partie du rite romain originel. Le pape Innocent III (1198-1216) tentera bien de ramener les rites à leur simplicité primitive, mais en vain... Ce qui prouve qu'à cette époque déjà, l'obéissance en matière de liturgie n'était pas toujours de mise. La restauration liturgique a remis les choses en ordre pour éviter toute confusion: elle a conservé la première prière (In spiritu humilitatis...) mais a supprimé la seconde (Veni, sanctificator...).

- rite du lavement des mains du célébrant.
A la messe solennelle, le lavement des mains fait suite à l'encensement de l'autel;" à la messe simple (ou lue !) il se fait tout de suite après que le célébrant ait dit la prière "in spiritu humilitalis... ".Le sens mystique du lavement des mains -ou plutôt des doigts- est souligné dès le IVème siècle. S. Cyrille de Jérusalem écrit; "Ce geste indique que nous devons être purs de tout péché. Ce sont nos mains qui agissent; laver nos mains n'est autre chose que purifier nos actions". Faisant allusion au geste de Pilate, un autre auteur écrit; "Prenons garde que chacun de nous puisse dire en toute vérité: je suis innocent du sang de Jésus-Christ".
Dans l'ordo en usage avant le Concile, le prêtre se lavait les doigts en récitant le Psaume 25 partir du verset qui commence par les mots "Lavabo inter innocentes manus meas" (Je me lave les mains comme ceux qui sont innocents) et qui ont donné à ce rite le nom de "Lavabo":
Lavabo inter innocentes manus meas: et circumdabo altan tuum. Domine: ut audiam vocem laudis, et ennarem universa mirabilia tua. Domine, dilexi decorem domus tuae. Ne perdas cum impiis, Deus, animam meam, et cum vins sanguinum vitam meam: in quorum manibus iniquitates sunt.- dextera eorum repleta est muneribus. Ega autem in innotientia mea ingressus sum.- redime me, et misenre mei. Pes meus stetit in directio : in Ecclesiis benedicam te, Domine. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto; sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Je me lave les mains comme ceux qui sont innocents, et je me tiens, Seigneur, devant ton autel pour faite entendre mon chant de louange et proclamer chacune de tes merveilles. Seigneur, j'aime la beauté de ta maison, et le lieu de gloire où tu habites. Mon Dieu, ne condamne pas mon âme avec celle des pécheuis; ne m'enlève pas la vie comme aux criminels. C'est de leurs mains encore tacîiées de crimes qu'ils viennent t'apporter leurs offrandes. Je me présente en toute innocence: sauve-moi, aie pitié de moi. Avec fermeté j'ai marché dans le droit chemin; devant toute l'Eglise je te bénirai, Seigneur. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Amen.

Ces paroles n'accompagnent le geste da lavement des mains que depuis le Xlème siècle. On remarquera que, si les premiers mots de la prière correspondent bien au rite effectué, le reste du psaume ne se rapporte guère à l'action liturgique. C'est pour cette raison que la restauration liturgique voulue par Vatican II a corrigé la prière. Une nouveauté de plus, rétorqueront certains? Pas si sûr : l'histoire de la liturgie nous enseigne que, primitivement, le célébrant ne disait que le verset "Lavabo " en se lavant les doigts, coutume que l'on retrouve dans la liturgie dominicaine, laquelle n'a conservé que les trois premiers versets du Psaume 25.

En d'autres endroits où l'on célébrait selon le rite romain, ce n'était pas le Psaume 25 qui était récité mais quelques versets du Psaume 50: "Amplius lava me ab iniquitate meae...". C'est donc ce Psaume 50, correspondant parfaitement à la tradition liturgique, qui a été repris à la suite de Vatican II.
Désormais, le célébrant récite une formule plus brève qui souligne mieux le geste liturgique:
Lava me. Domine, ab iniquitate meae, et a peccato meo munda me.
Lave-moi de mes fautes. Seigneur, et purifie-moi de mon péché.

-L'oraison "Suscipe sancta Trinitas".
Dans le rite en usage avant le Concile, sitôt que le célébrant avait fini de se laver les doigts, il revenait au centre de l'autel où, les mains jointes et un peu incliné, il disait une dernière grande oraison:
Suscipe sancta trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus ob memoriam passionis, resurrectionis et ascensionis Iesu Christi Domini nostri, et in honorem beatae Mariae semper Virginis, et beati Iohannis Baptistae, et sanctorum apostolorum Petri et Pauli, et istorum, et omnium sanctorum ; ut illis proficiat ad honorem, nobis autem ad salutem ; et ili pro nobis intercedere dignentur in caelis, quorum memoriam agimus in terris. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

Recevez, Trinité sainte, cette offrande (ou "oblation") que nous vous présentons en mémoire de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ notre Seigneur, en l'honneur également de la bienheureuse Marie toujours Vierge, de saint Jean-Baptiste, des saints Apôtres Pierre et Paul, des saints dont les reliques sont ici, et de tous les saints. Qu'elle soit pour eux une source d'honneur et pour nous une cause de salut; et qu'ils daignent intercéder pour nous au ciel, eux dont nous célébrons la mémoire sur cette terre. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Cette prière s'adresse à la Trinité: on la retrouve, sous des formes semblables, dans certaines liturgies orientales, mais pas dans le rite romain; elle est plutôt d'inspiration gallicane. Une fois encore, on attribue à la simple offrande du pain et du vin le pouvoir de nous garantir le salut; ne subsiste-t-il pas alors le risque d'amoindrir la portée de la Consécration par laquelle le Corps et le Sang du Christ deviennent les seuls moyens véritables du salut? Cette oraison n'existe pas dans la liturgie des Chartreux, ce qui prouve qu'au Xlème siècle, elle ne fait pas encore partie des différentes formes prises par la liturgie romaine. Par contre, la liturgie dominicaine connaît cette prière à quelques variantes près. Comme on sait que les Dominicains ont conservé des rites en usage au Xlllème siècle dans la majorité des églises de France, on peut penser que l'oraison "Suscipe sancta Trinitas" a été introduite dans la liturgie au Moyen-Age.

Dans son "Micrologus", Bemold de Constance" - qui, soit dit en passant, s'indigne contre les excès dont il est témoin dans la liturgie - indique qu'au Xlème siècle, l'oraison en question ne fait pas partie de la liturgie ; si elle est récitée par certains, ce n'est qu'en vertu d'une dévotion. Comme on peut le remarquer, l'oraison Suscipe sancta Trinitas anticipe la Prière eucharistique. Comme la prière "Unde et memores" et comme le "Communicantes" du "Canon romain", elle évoque les grands mystères du salut et fait appel à l'intercession des saints. Il est nécessaire, pour mieux comprendre le sens de cette oraison qui achève le rite d'offertoire, de dire ici un mot au sujet des "dyptiques".

Dans une lettre datée de 416, Innocent Ier reproche à l'évêque Decentins de Gubbio de faire lire les noms des offrants avant que les offrandes ne soient recommandées à Dieu par le célébrant II s'agit ici d'une allusion à la coutume non romaine de donner, en lien avec l'Oratio fidelium ("Prières universelles rétablies par Vatican II), les noms de ceux qu'on voulait rappeler: les saints locaux, mais aussi les vivants et les défunts. Des listes de personnes figuraient ainsi sur des "dyptiques". A cette coutume en usage dans les Gaules, Innocent Ier oppose l'usage romain qui fait lire les noms uniquement au cours du Canon de la messe. Lorsque la liturgie romaine va s'implanter en Gaule tout en faisant sienne des usages gallicans (VIIIème – IXème siècle), la lecture des "dyptiques" avant le Canon est encore en usage. C'est Charlemagne qui, par une ordonnance, va supprimer cet usage en 789. Or, vers le XIII° siècle apparaissent, dans les livres servant à la célébration de l'Eucharistie, des séries de prières commençant toutes par les mots "Suscipe sancta Trinitas... ". II n'est pas interdit de penser que ces séries d'oraisons constituent une suppléance de la vieille habitude gallicane de citer des noms à la messe, en dehors du Canon. Par la suite, cette prière finira par s'imposer: à Rome, au XIII° siècle, on adopte une formule de Suscipe qui était employée à Amiens et à Biasca et qui s'était répandue un peu partout. Enfin, s'appuyant sur les travaux du Concile de Trente, S. Pie V finira par insérer le Suscipe sancta Trinitas dans le Missel romain imprimé.
C'est ainsi qu'en liturgie, du "non romain" peut finir par devenir du "romain" et passer ainsi pour "vraiment traditionnel". La réforme liturgique faite à la suite de Vatican II a purement et simplement supprimé cette oraison qui ne faisait pas vraiment partie du rite d'offertoire, qui avait été introduite assez tardivement dans la liturgie romaine, et qui avait fini par embarrasser bien des historiens et des théologiens.

Pour le reste, entre les deux missels un seul mot est changé : le missel de 1969 (nous en sommes actuellement au missel de 2002) a supprimmé l'amen qui conclut la prière "Orate fratres".

 

 

Dernière mise à jour : ( 22-11-2009 )
Lire la suite... [Offertoire dans le rite romain : on en reparle...]
  Discutez-en dans les forums. (4 posts)

Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat

Écrit par Administrator   
21-11-2009
Le XXXIVème dimanche de l'année, c'est la solennité du Christ-roi. Le répertoire grégorien connaît une litanie dont la musique est très simple, un véritable chant de foule. En voici un enregistrement :
Get this widget | Track details | eSnips Social DNA

Ces "acclamations carolingiennes" sont notamment couramment utilisées pour la Messe d'intronisation du souverain pontife.... Mais évidemment, elles sont utilisables pour d'autres occasions... Et pourquoi pas pour la célébration du Christ Roi, qui marque la fin de l'année liturgique ?

La XXXIVème semaine de l'année, l'Eglise chante également à l'office la séquence Dies Irae, à cause de la forte teneur eschatologique de ses paroles :

Jour de colère, que ce jour là Où le monde sera réduit en cendres, Selon les oracles de David et de la Sibylle.

Quelle terreur nous envahira, Lorsque le juge viendra Pour délivrer son impitoyable sentence !

La trompette répandant un son étrange, parmi les sépulcres de tous pays, rassemblera tous les hommes devant le trône.

La Mort sera stupéfaite, comme la Nature, quand ressuscitera la créature, pour être jugée d'après ses réponses.

Un livre écrit sera fourni dans lequel tout sera contenu par quoi le Monde sera jugé.

Quand le Juge donc tiendra séance, tout ce qui est caché apparaîtra, et rien d'impuni ne restera.

Que, pauvre de moi, alors dirai-je ? Quel protecteur demanderai-je, quand à peine le juste sera secouru ?

Roi de terrible majesté, qui sauvez, ceux à sauver, par votre grâce, sauvez-moi, source de piété.

Souvenez-vous, Jésus si doux, que je suis la cause de votre route ; ne me perdez pas en ce jour.

En me cherchant vous vous êtes assis fatigué, me rachetant par la Croix, la Passion, que tant de travaux ne soient pas vains.

Juste Juge de votre vengeance, faites-moi don de la rémission avant le jour du jugement.

Je gémis comme un coupable, la faute rougit mon visage, au suppliant, pardonnez Seigneur.

Vous qui avez absous Marie(-Madeleine), et, au bon larron, exaucé les vœux, à moi aussi vous rendez l'espoir.

Mes prières ne sont pas dignes (d'être exaucées,) mais vous, si bon, faites par votre bonté que jamais je ne brûle dans le feu.

Entre les brebis placez-moi, que des boucs je sois séparé, en me plaçant à votre droite.

Confondus, les maudits, aux flammes âcres assignés, appellez-moi avec les bénis.

Je prie suppliant et incliné, le cœur contrit comme de la cendre, prenez soin de ma fin.

Jour de larmes que ce jour là, où ressuscitera, de la poussière, pour le jugement, l'homme coupable. À celui-là donc, pardonnez, ô Dieu. Doux Jésus Seigneur, donnez-leur le repos. Amen.

Ce texte si marquant, a été mis en musique par Mozart ou Verdi. Mais sa version la plus marquante reste celle, grégorienne, que l'Eglise utilise comme hymne à tous ls offices majeurs de la XXXIVème semaine (vigiles/ office des lectures, laudes et vêpres) :

Cette mélodie, comme ces paroles, qui ont tant marqué la liturgie romaine, ne doivent pas être perdues. Certains, à juste titre, considèrent qu'elles font partie du patrimoine mondial de l'humanité.. Chantons donc Dies Irae, la semaine prochaine !

Dernière mise à jour : ( 21-11-2009 )
  Discutez-en dans les forums. (0 posts)

Interprétation... suite.

Écrit par Administrator   
21-11-2009

Pour faire suite à notre article sur l'interprétation , une excellente synthèse de principes de base est disponible sur Pro Liturgia : nous en reproduisons le texte ci dessous :

L'INTERPRETATION DU CHANT GREGORIEN: QUELQUES CONSEILS...
Elements de réponse aux questions posées par une internaute.

 

http://www.christusrex.org/www2/cantgreg/partituras/in_ad_levavi.gif


Le problème de l'apprentissage et de l'interprétation du grégorien qui se pose au sein de certaines chorales est complexe. Que répondre aux personnes qui posent des questions à ce sujet? D'abord, on peut dire qu'il n'y a aucune "méthode" d'apprentissage et d'interprétation pleinement satisfaisante ou parfaite: tout dépend aussi, pour une bonne partie, du chef de choeur.
La méthode d'interprétation sont basées sur ce qu'on apprenait jusque dans les années 1960: le comptage et la décomposition en unités neumatiques. C'est quelque chose qui peut être très utile pour le déchiffrage d'une pièce et pour unifier les voix. Cependant, ça peut aussi donner un grégorien qui manque de vie, de chaleur, d'élan. Aussi est-il souvent nécessaire de dépasser cette méthode pour donner davantage de liberté au chant (c'est surtout vrai pour les pièces ornées).
La base de tout le grégorien réside dans un principe très simple: il s'agit de chanter intelligemment les mots et les phrases. Pour cela, il faut voir que ce qui est essentiel, c'est l'accent verbal: toutes les lignes mélodiques du grégorien sont construites autour de l'accent verbal. C'est lui qui doit "chanter", c'est lui qui doit permettre de structurer les mélodies.
Un exemple: dans l'introït du 1er dimanche de l'Avent, considérons les paroles du début "Ad te levavi". Celui qui se limite au comptage mettra un ictus rythmique sur le podatus de "LEvavi". Or l'accent verbal du mot se trouve sur la syllabe "leVAvi" (il y a d'ailleurs un petit accent ajouté sur la syllabe du mot). L'ictus peut conduire ici à faire des choses fausses: en effet, il ne faut pas appuyer la première syllabe du mot (LE), mais faire chanter la deuxième syllabe (VA); cette "musicalité" de la syllabe accentuée est préparée par la syllabe qui précède (LE) et rejaillit, mais en se reposant, sur la syllabe qui suit (VI).
Même chose pour les mots suivants: l'accent est sur "A" de "animam" (d'ailleurs cette syllabe est épanouie par la montée mélodique) et on ne refait plus d'accent sur les autres syllabes... même si le comptage pousserait à remettre un ictus sur le podatus de "MAM".
Idem pour le mot "meam": l'accent est sur "ME", puis l'éclairage de la syllabe suivante "AM" se fait par la lumière de l'accent.
Attention! L'accent verbal latin est quelque chose de léger, de chantant: il ne faut donc jamais l'alourdir ou le frapper sous prétexte de vouloir bien le faire.
Il y a dans cette même pièce de l'Avent un autre exemple intéressant. C'est le mot "neque". On trouve une seule note sur "NE" et sept notes sur "QUE" (plus un point mora au sujet duquel il y aurait beaucoup à dire!) Généralement, le "NE" est sacrifié par les choristes, et l'on entend surtout le "QUE"... Or la syllabe accentuée reste bel est bien "NE". Comment interpréter alors? Il faut éviter de précipiter cette première syllabe "NE", et ensuite il faut alléger la tenue sur "QUE", ce que confirme d'ailleurs l'écriture des manuscrits anciens qui, sur les trois notes groupées signale une tristropha (légère) et non une trivirga (plus "solide").
Allons un peut plus loin et considérons la montée quilismatique sur "inimici". Le quilisma indiquait assez souvent, à l'origine, l'emplacement d'un demi-ton qui pouvait faire problème (ici, si/do) et il marquait une sorte d'élan de la montée (amplification?). Or si l'on marque très "scolairement" le point mora de la première note, on aura toutes les chances - ou plutôt les risques - de briser cet élan.
Certes, pour faire un bon élan, il faut bien prendre appui sur quelques chose... à condition de ne pas rester coller dessus! L'élan doit donc être judicieusement réparti sur les quatre notes de la syllabe "MI" en sorte que tout vienne s'épanouir sur la dernière note do.
Ce ne sont là que quelques indications. Tout maître de choeur devra aussi tenir compte des possibilités des ses choristes et de l'acoutisque de l'église. L'essentiel n'est-il pas d'abord de faire un grégorien vivant qui suscite la joie de s'unir à la prière chantée de l'Eglise?

 

  Discutez-en dans les forums. (0 posts)

<< Début < Précédente 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Suivante > Fin >>

Résultats 1 - 20 sur 166
 
Citation :

La liturgie sans Eglise porte la contradiction en elle-même. Là où tous sont acteurs, pour que tous deviennent sujets, celui qui agit réellement dans la liturgie disparaît lui aussi, en même temps que le sujet commun, l'Église. On oublie, en effet, qu'elle devrait être opus Dei, que c'est d'abord Dieu qui agit et que c'est par son agir que nous sommes sau­vés. En se célébrant lui-même, le groupe ne célèbre rien du tout. Il n'est pas motif à célébration. C'est pourquoi l'activité commune sécrète l'ennui. Rien ne se passe, en effet, si reste absent celui que le monde entier attend. (...) On n'est même plus en droit de parler de liturgie, qui présuppose l'Église ; il ne reste que des rituels de groupe.

Joseph, cardinal Ratzinger, un chant nouveau pour le Seigneur 

 
 
spacer.png, 0 kB
spacer.png, 0 kB