Nos répétitions ont lieu tous les mardi soir, 20.45 à la Chapelle S. Joseph dite "des Capucins", 29 bd de Glatigny à Versailles (plan d'accès). N'hésitez pas à vous y joindre pour un essai, ou pour nous connaître. Nous recherchons activement et de façon urgente des voix de femmes. Débutant(e)s accepté(e)s ! Nous contacter.
CITE DU VATICAN – Le Cardinal Jean-Louis Cipriani Thorne, Archevêque de Lima et primat du Pérou, représentant officiel du Sacré Collège et de l’Opus Dei, et l’un des grands experts de l’Eglise catholique en ce qui concerne la théologie morale et la liturgie. Et c’est en particulier sur le thème de la liturgie , un thème récurrent actuellement, que le Cardinal a accepté de répondre à quelques questions de la part de Petrus.
Votre Eminence, qu’est ce que la liturgie ?
Je serai bref : c’est le visage pur le la Foi. Ce n’est pas seulement un respect extérieur pour des règles formelles, mais la liturgie c’est le mystère du Christ, qui est mort et ressuscité, célébré avec joie. Et, donc, s’il est important de célébrer la Sainte Messe de façon digne et correcte, avec une liturgie fidèle aux règles de l’Eglise, c’est avant tout par respect pour Jésus. J’apprécie, en ce sens, les appels répétés du Saint Père Benoît XVI pour le respect du décorum de la liturgie. Ces dernières années, on a pu constater une escalade désastreuse des abus liturgiques. Comment expliquez vous cette tendance négative ?
A notion du péché a été perdue, la notion du Sacrifice de la Sainte Messe a été maltraitée et déconsidérée dans différents courants de pensée, ce qui justifie et tolère que tout soit mis au débat, et donne à la cérémonie eucharistique n une dimension d’assemblée circulaire. C’est en partie la faute de la Curie romaine après Vatican II, qui a eu une attitude permissive, surtout en ce qui concerne e l’interprétation du Concile lui-même. Il est nécessaire de remédier de façon urgente à cette situation ; je pense que la dimension verticale de la liturgie est absolument nécessaire parce que les fidèles peuvent saisir le grand don du Christ. Bien sûr, les fidèles risquent d’être seulement « scandalisés » et de rejeter ce qu’on appelle les « Messes-show », à laquelle ils participent, au nom de la liberté et de la créativité.
Et au sujet de la façon d’administrer la Communion :
Même dans cet aspect, l’attitude permissive de beaucoup de prêtres a rendu la valeur de l’Eucharistie ridicule au regard de beaucoup de Catholiques. Personnellement, je retiens que la meilleure façon d’administer la communion, c’est sur la langue, et ce d’autant plus que dans mon diocèse j’ai interdit la communion dans la main. Lors de messes avec ne grande assistance, dans le passé, nous avons même vu des hosties tombées sur le sol de l’église.
as faciles à entendre, ces mots de l’Apôtre Pierre « vous êtes la race choisie », le mot « race » a des relents désagréables, mais en plus : « choisie » ! Comme si Dieu avait ses préférés ! Pour le premier Pape de l’histoire, c’était déjà une drôle de façon d’interpeller les premiers chrétiens, pour la plupart issus du paganisme, que de transférer sur eux une appellation qui désignait le Peuple élu, c’est-à-dire Israël.
Il est étrange à nos oreilles égalitaires d’entendre dire que Dieu ait choisi quelqu’un, apôtre, roi ou prêtre, de préférence à d’autres, pour lui confier une mission particulière. Et pourtant, c’est bien ainsi que la Bible nous présente le Dieu qui n’a pas peur de s’appeler lui-même « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » (Exode 3,6). Son universalité n’est pas en cause : « en toi seront bénies toutes les races de la terre » (Genèse 12,3), mais cela veut dire que Dieu rejoint l’histoire des hommes à partir d’un point particulier, d’où il rayonne sur l’ensemble de l’humanité. C’est cette alliance particulière, relation privilégiée et personnelle, qu’il étend ensuite à d’autres, de proche en proche. Pour celui qui est ainsi « élu », l’honneur de devenir l’instrument de Dieu se double d’une terrible responsabilité, la charge de laisser transparaître dans sa pauvre vie l’exigence de l’Eternel. Ce qui est vrai d’un individu peut l’être d’un peuple : Dieu a choisi réellement Israël à travers Abraham et ce peuple est à jamais marqué de ce choix, pour le meilleur comme pour le pire. A jamais Dieu a voulu se lier avec le destin d’un groupe humain qui traverse l’histoire porteuse de traits distinctifs, la marque brûlante de l’Unique.
(Partie 1 : ce petit guide est appelé à être enrichi au fur et à mesure de son avancement... A suivre !)
Introduction
Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné de prier sans cesse (Lc 18,1). La Liturgie des heures (ou office divin) est un moyen de nous conformer à ce commandement, de façon objective et structurée. Pour les laïcs, en particulier, sans aide particulière, la prière des Heures peut s’avérer complexe et difficile. En réalité, tout ce dont vous avez besoin pour apprendre à prier les Heures se retrouve dans les ouvrages liturgiques eux-mêmes. - La Présentation générale de la liturgie des heures (qui est dans le premier volume de la Liturgie des Heures en français ou dans Liturgia Horarum en latin). - La section appelée « ordinaire » dans chaque volume qui donne toutes les instructions pour l’office dans son entier. Pour autant la « digestion » de tout ce contenu peut être assez difficile pour quelqu’un qui n’a aucune formation liturgique, et rien que cela peut empêcher beaucoup de gens de profiter de cette merveilleuse source de doctrine, et de spiritualité et d’union au Christ qu’est la prière de l’Eglise.
Sur cette page sont regroupées toutes les informations nécessaires à l’apprentissage de la prière de l’office divin pour la récitation individuelle, pas à pas, aussi simplement que possible, avec les quatre volumes de Liturgia Horarum ou les 4 volumes de « Liturgie des heures » ou encore avec le petit volume « Prière du Temps Présent ». Tout est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît : La plupart de ce qui es indiqué ici correspond à des commentaires, pas à des instructions, et tout cela est fait pour vous faire comprendre pourquoi et comment vous devez tourner les pages. Mais une fois que vous avez fait votre « galop d’essai », il faudra vous accoutumer en pratiquant régulièrement pour vous sentir dans les Heures comme « un poisson dans l’eau ». Cependant, il peut être utile pour vous d’acheter dans toute bonne librairie religieuse (Téqui) un calendrier liturgique, qui inséré dans le volume que vous utilisez, vous permettra d’être certain de ne pas vous tromper sur les célébrations du temporal ou du sanctoral. Sur le présent site web, vous avez également dans l’onglet « ordo » un rappel des éléments clés qui sont utiles pour la récitation : semaine du psautier, célébration et rang (le cas échéant).
Les volumes « Liturgia Horarum », « Liturgie des Heures » ou « Prière du Temps Présent » sont des « bréviaires » dans le sens que ce sont des ouvrages sans musique, c'est-à-dire qu’ils sont principalement utilisables pour la récitation privée. Certaines communautés ou paroisses les utilisent avec chant, ce qui est évidemment à encourager, mais ce ne sont en aucun cas des « antiphonaires », c'est-à-dire des livres indiquant les mélodies des hymnes, antiennes, lectures et répons. Il n’y a d’ailleurs à ce jour aucun livre officiel approuvé du rite romain pour le chant de l’office dans sa forme ordinaire.
Ce dimanche encore, l’Eglise nous propose l’Evangile d’Emmaüs, dont on a beaucoup usé (et peut-être abusé) en ces deniers temps. Emmaüs est souvent devenu le symbole du lieu où le Christ nous rejoint plus dans son absence que dans sa présence, où il n’est jamais là que pour nous renvoyer à autre chose et s’effacer devant un avenir que les chrétiens ont à construire dans un monde définitivement séculier. Ceci est à peine une caricature. Prenons le temps de voir ce qu’il en est.
Il est certain que, de toutes les manifestations du Ressuscité, l’apparition d’Emmaüs est celle qui met le plus en valeur les conditions subjectives de la rencontre avec le Ressuscité, comme si l’essentiel se passait avant, dans l’incognito de Jésus marchant avec ses disciple sans qu’ils le sachent. Mais cet anonymat n’est pourtant qu’une étape. Si Jésus n’est pas tout de suite reconnaissable, ce n’est pas qu’il se soit confondu avec le premier passant venu, qu’il soit devenu Monsieur Tout-le-monde, qu’il ait perdu son identité, c’est que « leurs yeux étaient aveuglés » au point qu’ « ils ne le reconnaissaient pas ». Par lui-même, il est bien toujours le même, l’enfant de Marie ; s’il avait un grain de beauté sur l’épaule droite, il l’a toujours. La Résurrection de ne l’a pas transformé en un personnage interchangeable avec n’importe qui. L’aveuglement des disciples est providentiel, il a un rôle pédagogique. Jésus ne leur impose pas tout de suite le constat de sa présence pour leur faire franchir un chemin intérieur dans la foi et l’amour. C’est pourquoi il leur fait d’abord exprimer leur attente et leur déception. En les aidant à formuler leur espérance, il ravive la plaie, mais les remet devant ce qui fut malgré tout une grande ouverture. C’est là que survient, comme accessoirement, la mention du témoignage des femmes, qui contient la clef qu’ils n’osent pas encore utiliser. Et, arrivés là, il leur fait relire les Ecritures. Celles-ci vont leur permettre de retrouver le cadre dans lequel l’annonce de la Résurrection prend un sens, où elle n’est pas seulement un fait incroyable, mais cela même que Dieu seul pouvait et devait faire. Jésus fait vivre les Ecritures, parce qu’il en est le centre caché. L’entretien se poursuit sans avoir encore de conclusion claire, mais on sent qu’ils ont bougé, d’où leur désir de voir leur mystérieux compagnon rester avec eux ce soir-là. Et c’est là que se produit le geste, le petit rien, qui révèle tout, comme le plié des linges dans la tombe avait ouvert les yeux de Jean.
Si la rencontre est fugitive et si le Ressuscité se dérobe à peine sa présence reconnue, ce n’est pas qu’il veuille fausser compagnie à ses amis, c’est encore moins qu’il soit dépourvu de réalité palpable et qu’il ne soit accessible que par l’esprit, non, c’est encore une fois qu’il veut les pousser en avant. Après la fatigue de la journée, les voilà à nouveau sur les chemins pour rentrer à Jérusalem, mais cette fois-ci la route leur parait courte, la lassitude s’est envolée, la nouvelle qu’ils portent est si merveilleuse ! Arrivés auprès des onze, ils ont la surprise d’être encore une fois précédés par Jésus, qui a rencontré (où ? quand ? comment ? nous ne le saurons jamais) Simon Pierre. Qu’importe ! La joie se multiplie à mesure que les indices convergent et que la conviction se répand. Et d’ailleurs le Ressuscité ne tarde pas à venir lui-même rejoindre ses disciples rassemblés, sans tamiser cette fois-ci sa .présence.
A Emmaüs, ce qui est mis en valeur c’est le chemin de la foi, au point que la rencontre avec Jésus lors du repas partagé semble réduite à un point sans épaisseur entre deux segments de la route. Mais c’est cette rencontre qui éclaire la marche et la fait repartir, c’est elle aussi qui jalonnera chacune des étapes ultérieures, jusqu’à l’ultime rencontre.
Oratio ante colligationem in interrete: Omnipotens aeterne Deus, qui secundum imaginem Tuam nos plasmasti et omnia bona, vera, et pulchra, praesertim in divina persona Unigeniti Filii Tui Domini nostri Iesu Christi, quaerere iussisti, praesta, quaesumus, ut, per intercessionem Sancti Isidori, Episcopi et Doctoris, in peregrinationibus per interrete, et manus oculosque ad quae Tibi sunt placita intendamus et omnes quos convenimus cum caritate ac patientia accipiamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Avant de nous connecter à l’Internet: Dieu Eternel et Tout Puissant qui nous a créés à Ton image et nous ordonne de rechercher ce qui est bon, vrai et beau, spécialement dans la personne divine de Ton Fils unique notre Seigneur Jésus Christ, nous T’implorons par l’intercession de Saint Isidore Évêque et Docteur de nous aider pendant nos voyages à travers l’Internet à diriger nos mains et nos yeux vers ce qui T’est agréable, et à accueillir avec charité et patience tous ceux que nous rencontrerons. Par le Christ notre Seigneur, Amen
L'alléluia que nous avons chanté hier, à Saint Quentin Les Sources ; il se chante après la première lecture, en remplacement du répons graduel ou du psaume responsorial.
Cet alléluia est gardé toute la semaine, de préférence au 2° alléluia (chanté après la 2° lecture) qui fait référence directement à l'octave de Pâques.
Très intéressante montée sur "Praecedam vos". Mais difficile à tenir dans le ton !
D’aucuns connaissent probablement la controverse récente concernant la nouvelle prière pour les Juifs du Vendredi saint dans la forme extraordinaire du rite romain. Rappel de contexte, pour tous ceux qui « ne sont pas au jus » : dans le missel de 1962, on avait, depuis Jean XXIII (qui avait fait supprimer la mention « perfide » - qui a un lien avec la Foi, mais non avec la « perfidie ») :
"Prions aussi pour les juifs afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu'eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur. (…) Dieu qui n'exclut pas même les juifs de la miséricorde, exauce nos prières que nous t'adressons pour l'aveuglement de ce peuple, afin qu'ayant reconnu la lumière de ta vérité qui est le Christ, ils sortent de leurs ténèbres."
Cette prière a été remplacée par la suivante :
"Prions aussi pour les juifs, afin que notre Seigneur et Dieu illumine leurs cœurs, et qu’ils reconnaissent le sauveur de tous les hommes. (…) Dieu éternel et tout-puissant, qui veux que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité, fais que, la plénitude des nations entrant dans ton Eglise, tout Israël soit sauvé."
Cette modification de la prière universelle du vendredi Saint pour les Juifs rencontre toujours des oppositions ; en effet, il est fait explicitement mention d’une conversion des Juifs : en effet il s’agit bien d’amener les Juifs, d’une façon qui nous appartient en tant que catholiques – ou pas ( ?) à reconnaître Jésus comme Messie. Cela choque les tenants du dialogue judéo-catholique autant que le baptême de Magdi Cristiano Allam choque les tenants du dialogue islamo-chrétien. Le tout en s’appuyant sur la déclaration du Concile Vatican II sur les religions non chrétiennes, Nostra Aetate… Vatican II aurait, pour les Juifs comme pour les Musulmans, supprimé toute velléité d’apostolat et de conversion ?
Rien n’est moins sûr. Expliquons nous : la prière modifiée ne concerne qu’un parie infinitésimale des fidèles catholiques ; ceux qui sont de rite romain, utilisent la forme extraordinaire, et acceptent cette modification de l’ordo demandée par Benoît XVI (cela exclut tous ceux qui, rattachés à la Fraternité S. Pie X de Feu Mgr Lefebvre, rejettent toute idée de modification de cette prière, et bien sûr les autres « indépendants » et « sédévacantistes » de toute sorte.)
Le plus cocasse dans cette affaire, c’est que les médias restent absolument silencieux sur le fait que les catholiques utilisant la forme ordinaire du rite romain (c'est-à-dire l’immense majorité des catholiques) et le pape lui-même on prié et prieront explicitement pour la conversion des Juifs le jour de Pâques lui-même et à plusieurs autres occasions, cette année, dans la liturgie romaine, forme ordinaire (c'est-à-dire sa version d’après le Concile Vatican II) !
Voici donc ce que l'Eglise demande, dans la liturgie du Concile Vatican II :
Laudes du 31 décembre :
Christe, Deus et homo, qui Dóminus es David et fílius eius, prophetías adímplens,
— te rogámus, ut Israel te Messíam agnóscat.
Ières Vêpres du VII° dimanche de Pâques :
Omnes gentes tibi regi et Deo psallant,
— et Israel fiat posséssio tua.
Vêpres du mercredi de la II° et de la IV° semaine de Pâques :
Tu, qui primítias discipulórum Fílii tui ex Iudáico pópulo elegísti,
— fíliis Israel repromissiónem revéla, quæ ad patres eórum facta est.
Vêpres de Pâques, III° et V° dimanche de Pâques :
Israel in te Christum spei suæ agnóscat,
— et omnis terra cognitióne tuæ glóriæ repleátur.
Donc, si l’on compte bien, la liturgie romaine dans sa forme ordinaire, prie pas moins de sept fois pour la conversion des Juifs au catholicisme.
Et le pape Benoît XVI, dans sa modification de la prière du Vendredi Saint de la forme extraordinaire, ne fait que reprendre une doctrine qui est abondamment explicitée dans la liturgie romaine ordinaire (post - conciliaire) depuis 40 ans…
Les lecteurs de Victor Hugo connaissent le pittoresque personnage qui répond au nom de Quasimodo. Mais la vraie signification de ce vocable, qui sert essentiellement à désigner le premier dimanche après Pâques (le deuxième dimanche de Pâques, comme on dit aujourd’hui), est tout simplement : « comme », « de même que ». Ce sont les premiers mots du premier texte de la messe de ce jour-là, l’introït, qui se traduit ainsi : « comme des enfants nouveaux-nés ont soif du lait qui les nourrit, soyez avides du lait de la Parole, afin qu’il vous fasse grandir pour le salut, alléluia. »
Arrêtons-nous, si vous le voulez bien, à cette antienne qui nous en dit déjà beaucoup. Les textes de la liturgie ne sont pas une source à négliger, à côté des lectures bibliques, qui nourrissent toujours notre prière. D’ailleurs l’origine est à chercher dans la première lettre de saint Pierre (2,2). L’allusion est claire, l’Eglise s’adresse à ses catéchumènes devenus depuis Pâques des « néophytes », elle les voit comme des petits-enfants qui ont à grandir et elle leur propose le lait de la Parole. Ce qui est étonnant, c’est que cette invitation s’adresse en fait à tous, comme si c’étaient tous les chrétiens qui, étant renés à Pâques, sont devenus des « jeunes pousses », des néophytes.
Comme chacun sait, la pratique du lavement des pieds et sa signification varie grandement entre les diverses paroisses, en fonction des « sensibilités » du clergé et / ou des équipes liturgiques. Dans beaucoup d’endroits, par souci de représentativité de la communauté, des hommes, des femmes ou des enfants participent à ce rite, qui est interprété de la façon suivante : le Christ, serviteur des serviteurs, est venu pour tous et chacun(e). Cette signification du rite serait, selon certains, autorisée de façon récente dans l’esprit de la réforme liturgique. Sans vouloir remettre en cause en aucune façon qu’effectivement, le Christ est le rédempteur de tous (qu’ils soient chrétiens ou non, d’ailleurs, et cela renvoie à Dominus Iesus, sur l’unicité et l’universalité salvifique du Christ et de l’Eglise), il faut tout de même rappeler la signification du rite du lavement des pieds : le geste que fait le Christ le jeudi saint n’est pas seulement le signe d’un service ordinaire rendu à chacun, mais signifie un service sacerdotal fait in persona Christi. Le caractère « sacerdotal » du geste du lavement des pieds est bien souligné par la parole du Christ à Pierre ; « "Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi." » (Jn 13,8 : ). Chacun se souvient alors de l’excessive réaction de l’apôtre…
Le lavement des pieds à S. Pierre de Rome, par le Suuverain Pontife.
Tout cela a une signification tirée directement de la tradition juive. L’acte du lavement des pieds est un rituel de préconsécration pour l’ordination des Lévites (Cf. Exode 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l'entrée de la tente de réunion, et tu les laveras avec de l'eau. »). Mais de quelle « part » parle donc Jésus ? C’est une « part », qui renvoiedirectement et exclusivement aux Lévites : le mot est employé uniquement dans (Dt 10:9 « C'est pourquoi Lévi n'a ni part ni héritage avec ses frères: C'est Yahweh qui est son héritage, comme Yahweh, ton Dieu, le lui a dit »., 12:12, « Et vous vous réjouirez en présence de Yahweh, votre Dieu, vous, vos fils et vos filles, vos serviteurs et vos servantes, et le Lévite qui sera dans vos portes, car il n'a reçu ni part ni héritage avec vous. » 14:27-29 « Tu ne délaisseras pas le Lévite qui sera dans tes portes, car il n'a ni part ni héritage avec toi. », et 18:1-2. « Les prêtres lévitiques, la tribu entière de Lévi, n'auront ni part ni héritage avec Israël; ils se nourriront des sacrifices de Yahweh faits par le feu et de son héritage. Ils n'auront point d'héritage au milieu de leurs frères; Yahweh est leur héritage, comme il leur a dit. ».
En parlant de cette « part avec lui », le Christ a un langage explicitement lévitique, sacerdotal. Il préconsacre les apôtres, qui reçoivent lors de la même soirée, la plénitude du sacerdoce (c’est à dire l’épiscopat). Cela est tout à fait conforme à l’idée relevée dans le Psaume 15 chanté le jeudi aux complies dans le rite romain : Dominus pars hereditatis meae et calicis mei: tu es qui detines sortem meam. Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe, c'est toi qui m'assures mon lot.
De sorte que le Christ, lorsqu’il dit à Pierre, Si non lavero te, non habes partem mecum, il lui dit surtout : si je ne te lave pas, tu ne deviendras jamais un de mes prêtres.
Le Saint Siège (congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements) a fait paraître en 1988 un document intitulé Paschale solemnitatis qui restreint strictement la pratique du lavement des pieds à des hommes adultes (viri selecti). Au regard de tout l’environnement symbolique qui plonge ses racines au plus anciennes pratiques de l’ancien testament, on comprend aisément pourquoi.
Et les chants ?
Le rite du lavement des pieds peut être assez long, puisqu’il s’agit de laver réellement les pieds à douze hommes adultes. L’usage veut qu’on ne lave qu’un seul des deux pieds (le droit), mais il s’agit tout de même pour le prêtre - qui est évidemment le ministre de cette liturgie, puisqu’il tient la place du Christ, - d’enlever sa chasuble, et de concrètement prendre une bassine et un linge pour réellement tremper le pied et l’essuyer puis (mais ça n’est plus obligatoire) de le baiser. Il faut évidemment pouvoir chanter suffisamment de temps pour que cette cérémonie ne se fasse pas en partie en silence.
Le graduel romain propose la fameuse antienne Mandatum novum do vobis, qui est une belle pièce, presque un « tube ». Elle est tellement connue qu’on appelle d’ailleurs souvent le rite du lavement des pieds le « Mandatum ». Je vous donne un commandement nouveau, de vous aimer les uns les autres… Dans le graduel romain, il y a 6 autres antiennes qui sont évidemment chantables avec leur psaume. Dans certains endroits, c’est pendant le lavement des pieds que se fait entendre le Ubi Caritas. Cette pièce, dont les paroles ont été rendues populaires par Taizé : Ubi caritas et amor, Deus ibi est, est également très connue mais sur une autre mélodie qu’un bénédicité scout a également rendu populaire (« Bénis le labeur »). Cependant, Ubi Caritas devrait normalement être chanté à l’offertoire et non pendant le lavement des pieds.
Le Vendredi Saint : l'adoration de la Croix.
Une première remarque : parler de « l’adoration de la croix » n’est pas un abus de langage. Le rituel français a transformé le terme latin adoratio crucis en « vénération de la croix », ce qui est une adaptation inexacte, comme un certain nombre d’autres traductions françaises. Cette adaptation est d’autant plus étrange que l’acclamation qui accompagne le dévoilement de la croix est bien exacte : Ecce lignum qui pependit salus mundi – Venite adoremus est bien traduite en Voici le bois de la croix qui a porté le salut du monde – venez adorons. C’est bien un rite particulier, unique dans l’année liturgique, réalisé le vendredi saint.
Pendant cette cérémonie, qui a lieu après la liturgie de la parole et les grandes prières universelles, le prêtre dévoile la croix en trois étapes, en chantant l’acclamation nommée plus haut et son répons à trois reprises, à chaque fois un ton ou un demi-ton plus haut. Il est évident que la mélodie grégorienne de cette acclamation ornée est magnifique, et que son équivalent français est bien pauvre en comparaison. Cela en vaut donc vraiment la peine. Si le prêtre a peur de se chanter l’ensemble de l’acclamation grégorienne – qui est assez difficile -, il est admis qu’il ne chante que Ecce lignum crucis, en laissant à un chantre qualifié le soin de finir la phrase.
Un point particulier retiendra ici notre attention : le rite ici mis en musique sous entend qu’on dévoile la croix. Mais encore faut il qu’elle ait été voilée ! L’Eglise recommande qu’on voile la croix mais aussi toutes les images dès le cinquième dimanche du Carême, conformément à la rubrique du missel romain de 2002 ; ce cinquième dimanche de carême correspond à l’ancien dimanche dit « de la Passion » dans l’ancienne liturgie (cf. ordo de 1962), qui ouvrait le « temps de la Passion ». Il convient donc, avant les Ières vêpres du V° dimanche de Carême (ancien dimanche « de la Passion »), de couvrir d’un voile violet uni et opaque les croix, les statues et les images de Notre Seigneur et des saints, qui se trouvent à l’intérieur de l’Eglise. Ces voiles ne doivent pas être décorés, y compris d’une croix. Il n’est pas obligatoire de voiler les tableaux du chemin de croix, les anges adorateurs, les peintures murales ou les images des vitraux. On peut laisser découverte toutefois, la statue de Saint Joseph si cette V° semaine de carême contient la solennité du Saint (le 19 mars). Les croix restent voilées jusqu’au Samedi Saint, les autres images jusqu’au gloria de la vigile pascale (s’il est possible de dévoiler les statues pendant cette hymne).
La croix de procession voilée pour le chemin de croix du Vendredi Saint.
Extraits de l'homélie prononcée par Mgr Pascal N'Koué, à l'occasion des ordinations sacerdotales pour le diocèse de Natatingou (Bénin), en décembre 2007(Source : Pro Liturgia)
"Bénissons le Seigneur pour le don des trois jeunes gens qui vont recevoir tout-à-l'heure l'Ordination presbytérale. C'est le 2ème degré du sacrement de l'Ordre. Le Prêtre Suprême et Eternel, le grand Prêtre par excellence, le seul vrai Prêtre, c'est Jésus-Christ, à la fois Tête, Maître, Epoux et Pasteur de son Eglise. Au commencement, il était Dieu mais il n'a pas toujours été prêtre. Il est devenu Prêtre, dans le temps. La "cathédrale" dans laquelle il a reçu son Ordination fut le ventre de la Vierge Immaculée, sa Mère. C'est en devenant homme, par l'opération du Saint Esprit, que notre divin Sauveur est devenu prêtre pour l'éternité... Par appel de Dieu, les hommes deviennent prêtres, à leur tour, par l'imposition des mains des Evêques (successeurs des apôtres) et de la prière consécratoire "ad hoc". Il se produit aussitôt un mystère, un lien spécifique qui unit l'être du nouveau prêtre au Christ, Prêtre Suprême et Bon Pasteur. Alors le prêtre devient par l'Eglise, dans l'Eglise et pour l'Eglise, image réelle, vivante et transparente du Christ Prêtre. Il reçoit le don d'un pouvoir spirituel par l'action du Saint Esprit. Et ce pouvoir, aucune autre créature ne l'a: même pas les anges, même pas les archanges. Un Père de l'Eglise a osé dire que le prêtre était au-dessus de la Vierge Marie. En effet, elle a mis Jésus au monde seulement une fois, mais le prêtre le fait "renaître" toutes les fois qu'il célèbre l'Eucharistie. Il faut s'agenouiller et accueillir humblement cette grâce extraordinaire, accordée aux faibles et fragiles mortels que nous sommes. Voilà pourquoi le saint Curé d'Ars tombait pratiquement en extase quand il méditait sur le sacerdoce. Il allait jusqu'à dire que s'il rencontrait un ange et un prêtre, il saluerait d'abord le prêtre, parce que l'ange n'est qu'un ami de Dieu mais le prêtre tient la place de Dieu sur terre. Il ajoutait: "les bienfaits de Dieu ne nous serviraient de rien sans le prêtre". Et il concluait sa méditation en disant que "le prêtre ne se comprendra bien qu'au ciel", jamais sur terre. Chers Noël, Ghislain et Blaise, dans quelques instants, vous serez prêtres pour toujours. Vous célébrerez in persona Christi. Je vous recommande vivement de soigner vos célébrations liturgiques. Faites attention à la noblesse des vases sacrés et des ornements. Les fantaisies profanes et vulgaires sont à écarter. Même si vous n'êtes pas musiciens, intéressez-vous au chant sacré, veillez à la qualité des actions liturgiques. Le chant sacré doit répondre à la dignité, à la gravité et à la sainteté de la liturgie. Que les instrumentistes jouent humblement pour la gloire de Dieu et l'édification des fidèles. Qu'ils évitent d'offenser la piété du peuple par des danses purement folkloriques et des battements de mains intempestifs. Que vos célébrations soient empreintes de silence, de recueillement et de respect vis-à-vis de la majesté et de la transcendance de Dieu. En effet, le saint Sacrifice de la messe célébré à la va-vite, de façon négligée et superficielle, en vide le sens et affaiblit sa fonction d'accroissement de la foi. Celui qui célèbre mal manifeste la faiblesse de sa foi et peut démolir celle des autres. Bien sûr que l'essentiel n'est pas le rite en lui-même, mais le ceur habité par la présence divine et l'intention de faire ce que l'Église veut. (...) Souvenez-vous que les premières eucharisties avaient lieu dans des maisons aux portes closes, non point par souci du secret mais pour préserver ceux qui étaient encore trop faibles pour participer à de tels mystères... (...) Indiquez à temps et à contre temps le chemin du ciel aux hommes, toujours tentés de regarder uniquement vers la terre. Soyez convaincus que le prêtre est indispensable à la société. Ne vous habituez surtout pas à circuler sans votre habit ecclésiastique, sous prétexte que "l'habit ne fait pas le moine". Un prêtre âgé aimait recommander aux jeunes prêtres le port de la soutane en ces termes: "Portez votre préservatif". A sa suite, je lance ce vibrant appel à tous les prêtres: "portez votre préservatif". J'insiste. Il ne préserve peut-être pas de tout mais de beaucoup de choses. Ne vous contentez pas de porter une petite croix au cou, ce n'est pas un habit. Portez votre soutane toujours et partout... évidemment pas jusque dans la douche! Encore qu'autrefois nos aînés dans le sacerdoce jouaient au football en soutane.
Avec un humour savoureux, l’Evangile de ce dimanche nous montre qu’il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Le défaut des Pharisiens mis en scène dans l’épisode de l’Aveugle-né est de savoir ou plutôt de croire savoir dès le début ce qui devrait être la conclusion de leur enquête : « rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Comme Jésus est un pécheur, puisqu’il a fait une guérison le jour du sabbat, c’est que le miracle n’est pas réel, c’est que l’aveugle ... n’était pas aveugle. Les parents, convoqués, sont sommés de révéler la supercherie. Malheureusement, leur déposition ne va pas dans le bon sens. On trouvera autre chose.
On rencontre beaucoup de gens aujourd’hui qui voudraient que Dieu fasse plus de miracles pour prouver la vérité de la foi chrétienne. A Lourdes, cela arrive, mais pas très souvent, et l’Eglise est si sourcilleuse qu’elle semble plutôt disposée à décourager les manifestations du surnaturel. On nous signale de temps en temps qu’il y a une Vierge qui pleure, une hostie qui saigne, une statue qui laisse suinter de l’huile, une étrange lueur dans le ciel visible sur une photographie, que sais-je encore ? Mais il y a toujours des esprits forts, même parmi les chrétiens, pour nier les faits ou les expliquer par des causes naturelles. Ne décourageons-nous pas le Ciel qui voudrait nous aider ?
Je n’ai personnellement rien contre les miracles, même dans les phénomènes de la nature, bien que je sois porté à croire que les plus extraordinaires se produisent dans la vie intérieure des hommes et des femmes touchés par la grâce. Mais je constate que les miracles les plus étonnants ne sont jamais une démonstration contraignante et qu’il y a toujours place pour une échappatoire. Il semblerait que Voltaire ait eu vent d’un prodige eucharistique qui s’était produit de son temps, et qu’il ait néanmoins persévéré dans son incroyance.
La raison en est que le fait brut n’a de sens pour nous que s’il est intégré dans un ensemble plus vaste qui peut l’éclairer. Si nous ne voulons pas voir l’ensemble, où ce signe prend place, nous buttons sur le fait, jusqu’à en contester l’existence, ou au moins la lecture à peu près évidente. Si je ne veux pas croire à la sympathie de telle ou telle personne qui me veut du bien, je contesterai jusqu’au bout ce signe d’amitié qu’elle me fait, je verrai un hasard dans telle circonstance, où je devrais pourtant lire une attention délicate.
La perception du miracle suppose donc le plus souvent le deuil de nos préjugés. La foi n’est pas tellement un regard posé sur l’invisible que la manière juste, humble, ouverte, d’accueillir le visible dans toutes ses dimensions. La Résurrection de Jésus, la multiplication des pains, la marche sur les eaux, ne sont pas, après tout, des évènements d’une autre espèce que ceux de la vie de tous les jours, ils se sont bien déroulés dans notre histoire, dans le cadre spatiotemporel de notre monde, mais pour les voir, il a fallu des hommes qui étaient prêts à ouvrir leur yeux et à ne pas conclure tout de suite : « c’est impossible, donc çà n’est pas ! »
Ne pas refuser la possibilité de l’improbable est la première qualité de l’homme raisonnable. Jamais aucune science n’aurait pu progresser, si les savants n’avaient pas accueilli des phénomènes qui n’entraient pas dans les théories précédentes. L’histoire, la vraie, pas celle des marxistes, est celle qui ouvre la porte au « fait unique », à l’évènement sans précédent, qui porte la marque d’une liberté.
S’il faut déjà une certaine foi pour « voir » le miracle, ou au moins un accueil ouvert, il est clair que le miracle renforce cette foi et lui donne une assurance plus grande. L’évangile est rempli de ce va et vient « et là, il ne fit pas beaucoup de miracles, parce qu'ils ne croyaient pas. »(Matthieu 13,58) et « tel fut, à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. » (Jean 2,11).
La femme de Samarie qu’on nous montre ce dimanche en conversation avec Jésus a beaucoup à nous apprendre. Elle représente si bien nos attentes et nos contradictions. Elle veut et ne veut pas en même temps, elle sent que ce mystérieux passant qui est là assis près d’elle porte en lui une lumière qui l’attire, mais, d’un autre côté, elle n’a pas envie de se livrer, elle se défend, elle se fait ironique et insolente (« eh quoi, toi qui n’as rien pour puiser... ? Tu ferais mieux que notre père Jacob ?... Tu devrais me donner le truc pour que je n’ai plus à faire la corvée d’eau ! »). Elle sait être désagréable, pour mieux casser ce qui pourrait être une lueur d’espoir dans le vide de sa vie. Et c’est là que Jésus, avec une infinie délicatesse, mais aussi avec une force incroyable, met à nu la plaie cachée de sa vie et la remet dans la vérité : « Va, appelle ton mari et reviens !...Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari, car tu en as eu cinq et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari : là tu dis vrai ! » Le désordre de sa vie, la quête effrénée d’un bonheur qui chaque fois lui a échappé, la triste situation actuelle, tout est dit en quelques mots, il n’y a rien à ajouter. Elle se sait percée à jour, mais pas par un regard inquisiteur et malveillant, par celui-là même qui lui avait laissée entrevoir (à elle la femme perdue) une eau vive au-dedans d’elle. Alors elle avale ses larmes et son humiliation, et elle se tourne vers ce visage aux grands yeux pleins de mystère, et, pour la première fois, elle pose une vraie question : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète, alors explique-moi... »
On est un peu surpris par sa question sur le lieu « où il faut adorer » et on pense généralement que, comme la précision théologique ne devait pas être son fort jusque là, elle fait simplement diversion. Je ne le crois pas. Reconnaissons d’abord que le sujet n’était pas futile, le problème se posait très fort dans les relations entre Juifs et Samaritains, puisque l’existence d’un culte rival sur le Mont Garizim était la raison du rejet des Samaritains par l’orthodoxie juive. Jésus, étant un juif et de surcroît « prophète », devait bien avoir son avis sur une question qui empoisonnait les relations entre les deux peuples. Certes, il est étrange que ce soit la première interrogation d’une âme blessée qui vient de retrouver la lumière. Mais, en réalité, c’est infiniment vraisemblable. Combien de fois n’avons-nous pas rencontré d’interlocuteurs en train de se convertir et qui ressortaient les questions de leur catéchisme ! C’est comme si une quête de la vérité sur Dieu, longtemps freinée par les tracas et les passions de la vie, remontait à la surface. J’ai vu des nouveaux venus, soudain touchés par la grâce, et qui pendant des soirées entières déversaient leurs questions, buvant chaque réponse avec une soif intarissable.
On ne pourra jamais revenir là-dessus : la religion biblique est un « monothéisme éthique », comme on dit, c’est-à-dire que le Dieu unique et tout puissant s’intéresse bizarrement au comportement des hommes. Je dis : bizarrement, parce que, chez tous les autres peuples et dans toutes les religions anciennes, s’il y a une chose dont les dieux se désintéressent, c’est bien de cela. La morale, c’est l’affaire des hommes, elle est par définition laïque avant la lettre. Seule la Bible, depuis l’expérience du Sinaï, met un lien entre la fidélité au Dieu Saint d’Israël et des commandements, dont une bonne part ne concerne pas le culte, mais nos relations entre nous. Parce que Dieu nous aime et que notre vie individuelle et communautaire importe à ses yeux, parce qu’il a voulu une ressemblance entre lui et nous, parce que nous portons son honneur au milieu du monde et qu’il nous a confié notre prochain à protéger et la terre à cultiver, nous avons une vraie responsabilité, et, jusqu’à un certain point, nous serons jugés sur cette responsabilité.
Et pourtant saint Paul nous redit ce dimanche que « Dieu nous a sauvés, et (qu’) il nous a donné une vocation sainte, non à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce ». Il ajoute même que « cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles ». Donc plus d’efforts à faire, nous sommes du bon côté, le salut est acquis depuis toujours, nous « avons » la grâce, formidable ! Comment tout cel