mai
24

A la veille de la manif pour tous, la liturgie nous accompagne encore

In illo tempore: Venit Iesus in fines Iudǽae ultra Iordánem; et convéniunt íterum turbae ad eum, et, sicut consuéverat, íterum docébat illos. Et accedéntes pharisǽi interrogábant eum, si licet viro uxórem dimíttere, tentántes eum. At ille respóndens dixit eis: « Quid vobis praecépit Móyses? » Qui dixérunt: « Móyses permísit libéllum repúdii scríbere et dimíttere. » Iésus autem ait eis: « Ad durítiam cordis vestri scripsit vobis praecéptum istud. Ab inítio autem creatúrae másculum et féminam fecit eos. Propter hoc relínquet homo patrem suum et matrem et adhaerébit ad uxórern suam, et erunt duo in carne una; ítaque iam non sunt duo sed una caro. Quod ergo Deus coniúnxit, homo non séparet. » Et domo íterum discípuli de hoc interrogábant eum. Et dicit illis: « Quicúmque dimíserit uxórem suam et áliam dúxerit, adultérium commíttit in eam; et si ipsa dimíserit virum suum et álii núpserit, moechátur. »

En ce temps là : Jésus vint dans le territoire de la Judée, et au delà du Jourdain; et des foules s’assemblèrent de nouveau près de Lui, et, suivant sa coutume, Il recommençait à les enseigner. Des Pharisiens, l’ayant abordé, Lui demandèrent s’il est permis à un mari de répudier sa femme. C’était pour le mettre à l’épreuve. Il leur répondit : « Que vous a ordonné Moïse? » Ils dirent : « Moise a permis de dresser un acte de divorce et de répudier. » Jésus leur dit : « C’est à cause de votre dureté de cœur qu’il a écrit pour vous cette loi. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit mâle et femelle. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne seront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépara pas ce que Dieu a uni ! » De retour à la maison, ses disciples l’interrogeaient encore sur ce sujet, et il leur dit : « Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre, commet l’adultère. à l’égard de la première. Et si celle qui a répudié son mari en épouse un autre, elle commet l’adultère. »

Marcus (10,1-12), VIIème vendredi per annum.

Une belle péricope politiquement incorrecte qui nous donne un beau courage avant la manifestation de dimanche.


Ce sont ainsi les conseils de prophétiques Benoît XVI, qui résonnent encore à nos oreilles, que nous nous efforcerons de suivre dimanche :

Allez à contre courant : n’écoutez pas les voix intéressées et persuasives qui, de toutes parts, diffusent aujourd’hui des modèles de vie basés sur l’arrogance et la violence, le pouvoir et le succès à tout prix, l’apparence et la possession, au détriment de l’être. (…) Soyez vigilants ! Soyez critiques ! Ne suivez pas la vague produite par cette puissante action de persuasion. N’ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies « alternatives » indiquées par l’amour véritable : un style de vie sobre et solidaire ; des relations d’affection sincère et pures ; un engagement honnête dans l’étude et le travail ; l’intérêt profond pour le bien commun

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mai
24

Un évêque décrète : on ne se tient pas la main pendant le Notre Père.


Les conférences épiscopales anglophones ont adopté une traduction anglaise conforme au désir du Saint Père Jean-Paul II de réaliser des traductions conformes au latin des rites liturgiques. Pour faciliter l’adoption de ces textes, un évêque publie des décrets pour la mise en œuvre de façon spécifique la liturgie dans son Église particulière, ce qui est tout à fait conforme à l’idée qui é prévalu dans la rédactions des rubriques du Missel après le Concile : par exemple, les options qui existent ne sont pas supposées être à la discrétion de tout un chacun, mais régulées par un ordo et un coutumier. Nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises sur notre site.

Mgr Foys, évêque de Covington a déjà publié un décret concernant les ministres extraordinaires de la sainte communion, et les lecteurs.

Dans un décret plus récent il précise un certain nombre de points, dont le suivant :

Les rites de l’Église romaine, dont nous faisons partie, utilisent des mots précis et font référence à des actions particulières et à des gestes, qui concernent le prêtre d’une part, et aussi les fidèles, qui joignent leurs cœurs dans leur culte de Dieu. Nous sommes encouragés, en tant que corps mystique du Christ, à une conversion continuelle dans la Foi, et à renforcer ce qui est bon et saint dans nos vies individuelles ou communautaires en tant que Catholiques, et à nous débarrasser de ce qui est mauvais.

Et ailleurs dans le décret :

Une attention particulière devra également être observée en ce qui concerne le geste au moment du Notre Père. C’est au seul prêtre qu’il revient d’étendre les mains. Nulle part il n’y a d’instruction enjoignant le diacre ou les fidèles à le faire. Aucun geste n’est prescrit pour les fidèles laïcs dans le Missel Romain, ni dans la Préface générale du Missel romain, que les fidèles laïcs ne devraient jamais étendre les mains ni se tenir par les mains.

Ce décret fait également en quelque sorte écho à nos deux articles récents :

Quelques gestes du diacre à la Messe

Quelques gestes des fidèles à la Messe.

Notons que de tels décrets devraient également exister dans chacun des diocèses, pour préciser ou mettre en œuvre des coutumes locales si elles sont légitimes et approuvées. Remarquons enfin le courage de cet évêque qui n’hésite pas à faire preuve d’autorité contre des pratiques qui sont malheureusement répandues un peu partout et qu’il décourage explicitement. Enfin, prions pour que de telles idées qui sont complètement a-liturgiques (le fait de se prendre la main à la messe pendant le Pater ou tout autre action liturgique) cessent d’être pratiquées ou promues ici en France.

En attendant : un petit sticker à apposer sur votre missel, ou même, à l’entrée de votre église paroissiale :


Et si vraiment cela ne suffisait pas, nos amis américains nous proposent un accessoire qui peut dans certains cas se révéler indispensable :


Le gant spécial « Notre père en se tenant par les mains » est en une seule taille et s’adapte à la forme de votre main droite ou gauche, afin que vous puissiez facilement glisser votre main discrètement hors de celle de votre voisin progressiste à votre droite ou à votre gauche, sans qu’il s’ne aperçoive parce qu’il continue à avoir une main à tenir. Pendant ce temps là, vos véritables mains jointes avec révérence, vous pouvez prier la prière du Seigneur sans être englué dans cette chaîne géante de paix façon années 1960.

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mai
23

Où sont les femmes ?


Mulíeres viris suis sicut Dómino, quóniam vir caput est mulíeris, sicut et Christus caput est ecclésiae, ipse salvátor córporis. Sed ut ecclésia subiécta est Christo, ita et mulíeres viris in ómnibus. Viri, dilígite uxóres, sicut et Christus diléxit ecclésiam et seípsum trádidit pro ea. (Eph 5,21-25)

Parmi les nombreuses revendications qu’on les femmes à l’encontre des hommes, il y a celle de nous demander « d’être des hommes, des vrais ». On connaît la petite phrase habituelle qu’on voit dans les magazines féminins ou même sur les blogs de conseil et coaching « psychologique » : Où sont les hommes ?

Poser la question c’est répondre : oui parce que c’est bien sous entendu : il n’y a plus d’hommes…

Alors je pose la question aux femmes chroniqueuses pour femmes qui se délectent de façon féminine à donner des leçons à une catégorie de personnes qu’elles ne font pas l’effort de comprendre : les hommes.

Depuis un siècle on nous explique que les femmes sont plus sensibles, plus intelligentes, plus matures, plus endurantes, plus héroïques, plus fiables, plus courageuses, et surtout plus humaines… que les hommes.

Que les organisations dirigées par des femmes sont également plus efficaces, plus mobiles, plus adaptables.

Que de toutes façons, les femmes peuvent faire tous les métiers que font les hommes, et mieux qu’eux : pompier, pilote de chasse, commando parachutiste. Même les corporations les plus « musclées » ont du se rendre à l’évidence : les femmes sont meilleures, en tout et partout, et donc il est légitime que fonctionnellement, elles soient tout et partout.

On se demande même pourquoi l’Église catholique s’obstine encore à ne pas vouloir de clergé féminin, la pastorale globale ferait mécaniquement un saut qualitatif. Ceci dit il paraît qu’il faut même céder sur les enfants de chœur… Elles font ça tellement mieux que les garçons : plus de grâce, plus de concentration, plus de sérieux…

Alors ?Finalement, que sont les hommes par rapport aux femmes à part des espèces de rustres souvent mal léchés, qui ne font que brider la pertinence, l’entreprenariat, le génie des femmes en qui Dieu a en fin de compte concentré tout ce qu’il y a de plus positif dans l’humanité…

Bref, au bout du compte, pour être un homme, il faudrait que nous ayons toutes les qualités des femmes : c’est à dire porter un sac à main et sortir les poubelles. Parce qu’il faudrait que nous puissions faire ce geste sans renier notre virilité.

Mais de quoi parlons-nous ? De virilité ! Donc ça existe encore… Alors soit, je porterai un sac à main et je sortirai les poubelles… Je serai galant, je tiendrai la porte, j’aiderai la demoiselle à mettre son sac dans le porte bagage dans le TGV, je paierai le ciné, le resto, et même les vacances aux Seychelles… Bref : je prendrai ma place en tant qu’homme dans cette société.

Mais pour cela, féminisme ou pas, il faudra aussi que la femme l’accepte : en tant qu’homme, je resterai le chef, je prendrai en responsabilité devant Dieu les décisions finale et structurantes concernant la famille. Pour me faire obéir de ma femme (et de mes enfants), je tirerai ma légitimé de ma force morale … et physique ; j’userai de la juste répartition des tâches … c’est à dire que je commanderai à la voix. J’interdirai à la prière familiale les simagrées poisseuses et destructurantes qui sont le lot commun de notre catholicisme français, ethéré, psychique et … emasculé. J’éduquerai mes fils à l’implication au risque y compris physique, quand bien même ça déplaît à leur mère. Je leur expliquerai que l’honneur du combat même désespéré, vaut toujours mieux que la honte de la défaite, même inéluctable. Qu’aucun compromis ne vaut face à l’organisation de la deshumanisation par le lobby fémininisant de la société – dont les réseaux LGBT ne sont qu’un instrument et dont les revendications féministes sont le prurit. Je leur enseignerai la fierté d’être ce qu’ils sont, c’est à dire des hommes, qui sont plus forts, plus constants, plus brillants, plus créatifs, plus imaginatifs, plus dirigeants. J’interdirai à ma femme de faire les lectures à la messe et à mes filles d’être « enfant de choeuse ». Je militerai pour la suppression des équipes liturgiques féminines et contre les chants dégoulinants (D’Akepsimas à Grybowski en passant bien sûr par Il est vivant, productions éminemment féminisantes…).

Je rappellerai à ma femme qu’elle a l’apanage de la sécurité, tandis que j’ai l’apanage du sacrifice… Que si mon péché est de me dérober face à mes responsabilités d’homme, le sien est de tenter de les exercer indûment. Je leur enseignerai à tous que le premier martyr était un homme, que le premier moine était un homme. Et enfin je lui rappellerai que le Christ est un homme, un vrai. Et que ça ne devrait pas l’humilier au point de vouloir l’être à ma place.

Parce que dans un couple… Il n’y a qu’un seul homme. Il vaut mieux le rappeler de nos jours. Mais manifestement notre intelligence est tellement polluée par la féminisation des comportements que les hommes devraient probablement accepter de se faire interpeller publiquement dans leur virilité ? Quelle est notre échappatoire ? Nous réfugier dans la violence ? Terminer en Rambos, agressifs, traqués, au fond de la forêt et chassés par les harpies du politiquement correct ? Mesdames : nous n’avons pas besoin de vous pour être des hommes. Bien au contraire. Nous pouvons l’être sans vous.


Par contre j’ai le sentiment que l’inverse ne se vérifie pas : il vous faut absolument des vrais hommes pour que vous puissiez réintégrer votre place de femmes. Cela fait partie de notre lot, à nous. C’est notre fardeau. Mais ça, vous ne le publierez pas dans les magazines féminins ou dans les blogs de « coaching psychologique »… Laissez nous donc être hommes, en étant des femmes, des vraies, en lieu de nous envier. La virilité est masculine… Alors mesdames, je vous pose la question : quel est votre modèle ? Caroline Fourest ou Sainte Cécile de Rome ?

D’ailleurs Bigeard disait au sujet d’Arlette Laguiller : « Il faudrait la marier à un para pour qu’on n’en parle plus. » Ca me servira pour une excellente conclusion, un magnifique cri, qui comme dit le chant (parachutiste, bien sûr) « n’est pas pour les lèvres de femmes » :

Par Saint Michel, vivent les paras !

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mai
22

Pentecôte : une ou plusieurs ?

La particularité de la fête de la Pentecôte, c’est que le récit de l’événement qu’elle célèbre ne se trouve pas dans l’Évangile, mais, comme chacun sait, dans le livre des Actes des Apôtres. Il est vrai que l’Évangile du jour évoque aussi à sa façon une effusion de l’Esprit, puisque c’est le récit de la rencontre de Jésus avec ses Apôtres le jour de Pâques, qui comporte le don de l’Esprit Saint à ceux-ci de la bouche même du Sauveur qui déclare « recevez l’Esprit Saint », au point qu’on appelle parfois cet épisode « la petite Pentecôte », en forçant le terme, puisque Pentecôte veut dire cinquante et qu’il désigne une fête distincte de Pâques dans le calendrier juif.

Mais nous sommes déjà alertés sur le fait que l’événement survenu au sein de la communauté primitive cinquante jours après Pâques n’est pas tout à fait un événement comme ceux qui ont marqué la vie du Christ et que nous commémorons tout au long de l’année liturgique (Annonciation, Nativité, etc…). Ce n’est pas un de ces mystères uniques qui ont ponctué le temps de la manifestation du Verbe dans notre chair. Nous sommes déjà sur un autre versant, qui est la vie de l’Eglise, vivifiée par l’Esprit, intimement liée au Christ, sans aucun doute, mais ce nouveau cours correspond à l’assimilation que les hommes vont devoir faire du mystère pascal où Jésus a tout donné dans l’offrande ultime de lui-même, désormais agréée par le Père. Tout, c’est-à-dire d’abord et surtout l’Esprit qu’il a « livré » en mourant sur la Croix (Jean 19,30). D’ailleurs, il l’avait dit lui-même et clairement annoncé : « le Paraclet, l’Esprit-Saint, que mon Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26) ; et encore : « quand le Paraclet, l’Esprit de vérité, sera venu, il vous guidera dans toute la vérité. Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Celui-ci me glorifiera, parce qu’il recevra de ce qui est à moi, et il vous l’annoncera. Tout ce que le Père a, est à moi. C’est pourquoi j’ai dit qu’il recevra ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera » (Jean 16,13-15).


Le rôle de l’Esprit n’est pas d’écrire une autre histoire, un prolongement à la vie et à l’enseignement du Christ, mais de nous dire le Christ de manière à nous faire entrer chacun personnellement dans l’expérience du Premier-Né, de nous assimiler profondément à lui, d’une façon toujours nouvelle. Cette inépuisable actualisation du Christ dans nos cœurs et dans nos vies est l’œuvre propre de l’Esprit, et Jésus lui-même s’est effacé pour lui faire place. C’est ce qui distingue à jamais la vie des disciples du Christ des sectateurs de n’importe quel maître ou gourou : nous ne sommes pas des clones de Jésus, ni perroquets qui répètent ses phrases. Nous ne sommes pas non plus des gens qui « partent » du Christ, comme on peut partir de Jean-Jacques Rousseau ou de Lénine pour élaborer un système qui s’inspire plus ou moins de ses paroles, mais qui s’en éloignent aussi peu à peu. Nous avons toujours le Christ devant nous et pas derrière, parce que, justement, le Seigneur Saint Esprit nous « fait souvenir de tout ce qu’il a dit ».

 
 

On s’étonne parfois que Jésus n’ait pas dit plus clairement certaines choses (sur sa divinité, par exemple). C’est parce que justement parce que son rôle n’était pas de se rendre témoignage à lui-même et que cette tâche, c’est celle de l’Esprit : « Il me rendra témoignage » (Jean 15,26). Il l’a fait dans la louange liturgique, dans l’activité dogmatique, dans la prière des saints. Mais le rôle de l’Esprit n’est pas seulement doctrinal, il est aussi puissance de vie qui accompagne le dynamisme missionnaire de l’Eglise, dans la mesure où celui-ci rend témoignage au Christ. C’est lui qui la soutient dans les persécutions et inspire des réponses d’une audace et d’une justesse incroyables (cf. Matthieu 10,19)…

 
 

En ce sens, l’Eglise vit une continuelle Pentecôte, qui se manifeste particulièrement quand elle est en prière au milieu de l’agitation de ce monde (lire Actes 4,31 : « quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient réunis trembla, et ils furent tous remplis du Saint-Esprit; et ils annonçaient la parole de Dieu avec assurance »).

 
 

Courage : l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre !

 

P. Michel Gitton, recteur de la basilique S. Quiriace de Provins.

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mai
22

Le latin aux sources linguistiques du Christianisme

Pour faire suite à l’article précédent sur le « latin mystique », http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/latin-deglise-latin-de-cuisine-latin-mystique/ nous publions ici, avec commentaires et mises en gras un excellent article sur le latin, dans sa dimension spirituelle tiré de la revue Pâque Nouvelle en 2004.

Le latin aux sources linguistiques du Christianisme

Il est aujourd’hui de bon ton de prêcher le retour aux langues de la Bible, et nombreux sont les chrétiens qui se plaisent à fréquenter les sessions d’hébreu, de grec ou autres langues orientales. On ne peut que rendre hommage à ces initiatives qui s’efforcent de mieux comprendre la littéralité et le sens de la Parole de Dieu à partir de ses langues d’origine. Mais on comprend mal le silence sinon l’anathème qui continue de peser en maints endroits sur une de ces langues : le latin, dont on oublie trop facilement qu’il a aussi été une des langues majeures de l’histoire et de la diffusion de la Bible, sans compter qu’il permet souvent de remonter à un état du texte biblique antérieur aux versions grecques ou hébraïques connues. [On oublie un peu trop que le latin biblique est au bout du compte plus proche des apôtres que le grec ou l'hébreu… ! Et que dans bien des cas le latin biblique est souvent en grande conformité avec la tradition orale araméenne ce qui n'est pas toujours le cas du Grec…] Le grand vent du renouveau biblique et liturgique n’a pas toujours fait le détail dans l’élagage de certaines pratiques jugées obsolètes, et, en l’occurrence, la défenestration du latin a induit un appauvrissement, sinon une amnésie culturelle, mais aussi spirituelle, liturgique et théologique qui a gravement affecté la connaissance de la Tradition, [La Tradition avec un grand T à comprendre ici comme l'enseignement oral des apôtres transmis puis mis par écrit, et approfondi par le Magistère de l'Église.] pourtant si nécessaire à la bonne intelligence et au développement harmonieux de la foi elle-même.

Le christianisme fut d’abord pratiqué en Occident par des orientaux parlant grec. Pendant presque deux siècles, le grec fut, en effet, la langue officielle de l’Église romaine dans la prédication, la catéchèse et la liturgie, et il l’est resté jusqu’au milieu du IVe siècle, lorsque, sous l’impulsion du pape Damase, le latin est devenu la langue de la liturgie romaine.

Le latin d’Église dès le IIème siècle.

Cela dit, dès la fin du IIe siècle, les papes utilisent déjà le latin dans leurs lettres officielles, [l'élaboration quasiment immédiatement après les temps apostoliques, d'un magistère en langue latine…] et les premiers textes chrétiens rédigés en langue latine commencent à circuler en Afrique du Nord dès le milieu du IIe siècle [Une Afrique souvent plus latinisante que Rome elle-même, qui se piquait d'un orientalisme un peu snob en utilisant le « noble » grec] : à côté dés premières traductions de la Bible, le plus ancien document chrétien latin dont la date, peut être fixée avec précision est la Passion des martyrs de Scillium en 180, bientôt suivie par la Passion de Perpétue et Félicité en 203. [Perpétue et Félicité qui sont citées au Canon romain, et qui sont des martyres d'Afrique du Nord. Nos amis Musulmans d'Afrique du Nord, pour revenir à leur propre culture, devraient donc revenir non pas à l'arabe littéraire, mais au latin… ].

À la même époque, l’apologiste Tertullien publie ses premières œuvres, qui exercent une influence décisive sur le premier essor du latin des chrétiens et sur la réflexion théologique; dans une langue nerveuse, difficile et militante, remplie de fulgurances et d’émotion, il forge notamment bon nombre de mots nouveaux, qui ne seront pas tous retenus par la tradition ultérieure, mais qui illustrent les efforts des écrivains chrétiens pour adapter la langue latine aux idées nouvelles, comme l’avait fait jadis Cicéron au moment de traduire en latin les concepts de la philosophie grecque.

Un vocabulaire proprement chrétien.

Comme chez Cicéron, le grec a fourni une grande partie du vocabulaire proprement chrétien, bientôt latinisé, à commencer par le nom du Christ, Christus, attesté pour la première fois chez Tacite, et les noms désignant l’organisation et les institutions de l’Église : ecclesia, episcopus, presbyter, diaconus, martyr, euangelium, baptisma. Par l’intermédiaire de la Bible, quelques hébraïsmes sont même parvenus jusqu’en Occident, par exemple sabbatum, pascha, satanas, gehenna. Les Latins ont si bien incorporé ces mots à leur langue qu’ils ont pu leur joindre des suffixes, créant ainsi les formations hybrides : episcopatus, episcopalis, baptizator, paschalis.

Alors que les réalités concrètes de la vie de l’Église ont souvent été rendues par des mots empruntés, les chrétiens latins ont préféré puiser dans leur patrimoine linguistique pour exprimer les notions abstraites de leur foi. On a ainsi chargé d’acceptions nouvelles les anciens mots latins credere, fides, gratia, salus, reuelatio et bien d’autres pour rendre le contenu chrétien qu’avaient les mots grecs correspondants, non sans connoter le concept ainsi exprimé d’inflexions proprement romaines induites par l’emprunt : l’histoire du mot sacramentum, qui signifie au départ le serment du légionnaire romain, est, sans doute, une des meilleures illustrations de ce phénomène.

En outre, plusieurs dérivés latins ont été forgés pour exprimer des concepts théologiques nouveaux : ainsi, par exemple, la doctrine chrétienne du salut (salus) a non seulement spiritualisé la vieille idée païenne de « santé » physique ou morale, mais elle a aussi entraîné la création de mots comme saluare, saluator ou saluificus; les progrès de la théologie trinitaire ont rendu nécessaire la création du mot trinitas, et les controverses christologiques du IVe siècle ont favorisé l’éclosion d’un vocabulaire de l’incarnation (incarnatio, carnalis, passibilis). [On se rend compte ici à quel point notre propre vocabulaire doctrinal en Français est directement tributaire ni du Grec ni de l'Hébreu… Mais du latin !] Par ailleurs, les chrétiens occidentaux ont pu aussi parfois choisir entre plusieurs mots latins quand ils devaient exprimer leurs idées. Le latin possédait, par exemple, toute une série de verbes ayant le sens de « prier » : obsecrare, orare, petere, precari, rogare, etc. ; de ces verbes, orare fut rapidement supplanté par les autres dans la langue courante et ne s’employait que dans quelques formules fixes qui souvent avaient une couleur archaïque et solennelle. C’est pourquoi les chrétiens ont choisi ce verbe pour traduire leur prière, et ils ont ainsi donné une vie nouvelle à un mot qui était en train de disparaître dans la langue latine.

Les traductions latines de la bible.

Nonobstant ces ajustements linguistiques à l’expression de réalités inédites, le latin des chrétiens a surtout évolué au contact de la Bible, lorsque celle-ci a commencé d’être traduite pour les nécessités de la liturgie et de l’enseignement.

Les premiers témoignages massifs de textes chrétiens écrits en latin sont, en effet, des traductions latines de la Bible grecque des Septante et du Nouveau Testament, antérieures au troisième siècle et regroupées sous l’appellation générique ueteres latinae ou « vieilles-latines ». [Et ce sont de ces bibles « vieilles latines » que proviennent la plupart des pièces grégoriennes, et non pas de la Vulgate de Jérôme.] Dans les premiers temps de la latinité chrétienne, les exigences de l’évangélisation de ceux qui n’entendaient que le latin supposaient que l’on s’adressât à eux dans une langue simple, essentiellement orale et sans autre prétention que d’offrir les rudiments de la foi chrétienne. Mais les nécessités ultérieures de la pastorale, dans la logique même d’une religion du livre, ont ensuite obligé les chrétiens à traduire le texte de l’Écriture. Par respect pour ce texte considéré comme inspiré, les premiers traducteurs se sont d’abord montrés soucieux d’en sauvegarder jusqu’à la lettre, au risque d’écorcher les oreilles formées à l’école classique du grammairien et du rhéteur; et l’on sait combien la singularité linguistique de ces premières traductions a commencé par rebuter saint Augustin avant qu’il ne prenne finalement la langue biblique comme modèle de sa propre écriture, en particulier dans ses Confessions. Ce premier moment est décisif dans l’histoire de la latinité chrétienne, non seulement pour lui-même, mais aussi parce qu’il a conditionné l’essor du christianisme latin : ces anciennes versions de la Bible ont été celles qu’ont utilisées, d’abord exclusivement, puis majoritairement, les Pères de l’Église latine jusqu’à l’époque carolingienne où s’est imposé l’usage de la version hiéronymienne des Écritures, mieux connue sous le nom de « Vulgate ».

D’un point de vue strictement linguistique, ces premières traductions ont induit pour longtemps l’usage littéraire d’une langue familière et non périodique qui rompt délibérément avec l’état « classique » de la langue latine; [qui est l'état qu'on nous apprend au collège en 5ème, alors même que c'est Saint Jérôme qui finalement assure par sa Vulgate le maintien de la culture latinisante dans tout l'Occident pendant 20 siècles… ] d’autre part, le latin biblique, qu’il soit vieux-latin ou vulgate, est marqué du sceau de l’invention lexicale, qui n’hésite pas à créer des néologismes ou à enrichir le sens de certains mots pour traduire au plus près le texte grec ou hébraïque de la Bible.

En revanche, à l’inverse des traductions latines de la Bible, des psaumes et des cantiques bibliques, le latin liturgique, qui se répand en Occident dès la seconde moitié du IVe siècle, est le produit d’une culture lettrée, [Comprendre : le latin de l'hymnographie et des collectes.] d’où les emplois populaires de la langue sont pour ainsi dire totalement absents.

Les Hymnes chrétiennes

L’art de la poésie hymnique chrétienne présente des raffinements extrêmes et une très grande souplesse, qui n’hésite pas à réinvestir les images du paganisme (le soleil, le phénix, la sibylle, le rituel du triomphe, etc.) et qui recourt aux subtilités métriques des Anciens pour satisfaire les oreilles des lettrés, en même temps qu’il ouvre la voie à une poésie rythmique populaire. [Oui oui, les hymnes latines, un chant populaire] À cet égard, les Hymnes d’Ambroise de Milan
[qui sont en lien avec bien sûr le rite ambrosien mais dont beaucoup de productions ont été reprises dans le rite romain. On pourra consulter à ce titre l'excellent livre de Dom Hala…] attestent l’efficacité d’une poésie liturgique tout à la fois riche d’une culture romaine totalement assimilée, ouverte sur les exigences pastorales et doctrinales, construite sur une structure métrique simple et sur des jeux symboliques subtilement organisés à travers la composition strophique de chaque pièce.

Ce genre littéraire a connu un succès fulgurant dès sa création et il a été une des formes les plus vivantes de la dévotion chrétienne, [et avouons le : on n'a jamais égalé ça jusqu'à aujourd'hui…] en particulier dans le cadre liturgique de l’office monastique dont il est devenu une partie intégrante. [Remarquons également que la réforme liturgique de Vatican II a repris les textes anciens qui avaient été malheureusement « revus » au XXème siècle (le psautier Béa, sous Pie XII), et qui sont désormais rétablis avec la Vulgate et la néo-Vulgate depuis 1980.] On trouve ce même raffinement dans les oraisons de la liturgie chrétienne, dont la rhétorique est particulièrement bien adaptée à la solennité et à la sacralité de la parole du sanctuaire. L’oraison liturgique et les prières de l’office chrétien empruntent à l’art de l’ancienne prière païenne plusieurs procédés de style : les parallélismes, les antithèses et les chiasmes, l’art de la formule, la structure binaire, l’accumulation de synonymes, l’homéotéleute, l’adresse à la deuxième personne, l’usage des clausules oratoires, sans compter les références romaines à la langue du droit et de la philosophie et la spécificité d’une prière qui réunit le passé, le présent et l’eschatologie dans la célébration du mystère. [faisant un beau pont entre une tradition orientale et la culture d'occident, que malheureusement un certain augustinisme – non pas littéraire mais philosophique a eu tendance à nous faire perdre].

Malgré le choc des invasions barbares.

Dans les derniers siècles de l’Antiquité, le choc des invasions barbares, la chute de l’Empire d’Occident et l’effondrement du système scolaire auraient pu faire craindre un étiolement de la langue latine. En réalité, si cet étiolement s’est bien produit, notamment dans la pratique de la prédication, induisant ainsi des facteurs de diversification et de fragmentation qui ont donné naissance aux langues romanes, le latin a continué d’être la langue de la liturgie romaine et de la Bible en Occident, et il s’est maintenu dans les marges de l’ancienne Romania, en Espagne et dans les îles anglo-saxonnes, d’où migreront bientôt les artisans de la renaissance carolingienne.


Triplement encouragé par une réforme de l’écriture, qui impose la minuscule caroline dans les grands scriptoria monastiques, par la généralisation de la liturgie romaine et de la Bible « vulgate »
à l’ensemble du territoire carolingien, [c'est bien la liturgie romaine et la création du répertoire appelé pour des raisons politiques « grégorien » qui dynamise et pérennise la langue latine] le latin redevient, en effet, à cette époque, et pour longtemps, une langue unificatrice et une langue d’échanges intellectuels, culturels et administratifs, comme il l’avait été dans l’Antiquité. Certes avec une différence qu’il faut souligner : le latin des époques médiévale et moderne n’est plus une langue « vivante » dans le sens où il ne repose plus sur l’instance normative d’un peuple, capable de lui donner les impulsions nécessaires à son développement. Il devient une langue d’école et de débat, la langue de l’intelligence européenne
[faire une Europe chrétienne, ne serait-ce donc pas redonner sa vraie place au latin dans les organisations de l'Europe… La vraie ?] sans ignorer totalement celle du cœur, mais, en toute hypothèse, une langue qui ne connaît plus les vicissitudes d’états de langue concurrents et fluctuants. Une langue de cette sorte, très robuste et indifférente aux rumeurs de la rue, a pu résister à tous les éclatements politiques qui ont déchiré les peuples et les nations en Europe; dans le même temps, elle a continué d’accueillir toutes les renaissances intellectuelles et les progrès du savoir, au-delà des frontières et des particularismes locaux.

Toujours la langue officielle de la l’Église romaine.

Du reste, nonobstant une ouverture généralisée aux langues vernaculaires, le latin reste encore aujourd’hui la langue officielle de la liturgie et du magistère romains, en ce compris les textes des encycliques pontificales et du Concile Vatican II. Capable d’exprimer tous les états de l’âme croyante et de la foi dans leurs raffinements les plus subtils et héritier d’une réflexion théologique et d’une spiritualité qui remonte aux premiers temps de l’Église, [Peut on donc, - vraiment – faire de la théologie et ignorer le latin ?] le latin est une langue que son ancienneté et son « immobilisme » immunisent contre les déviances d’interprétation, les singularités, sinon les fadeurs, les banalités ou les excentricités, auxquelles sont soumises les langues vernaculaires. A ce titre, on aimerait retrouver plus souvent dans nos églises d’occident une évidence que personne ne songerait à contester dans d’autres traditions liturgiques : il ne convient pas de parler dans le culte rendu à Dieu la langue que l’on parle quand on fait son marché
[Cette évidence devait être rappelée fortement : de même que le prêtre n'utilise pas un verre à la place du calice, fut il en cristal, une assiette à la place de la patène – fut il en porcelaine de Limoges, un manteau à la place de la chasuble fut il de chez Chanel, il devrait utiliser le latin plutôt que le vernaculaire, comme le rappelle le Missel romain actuel et bien sûr le Concile Vatican II] !

Quoi qu’on puisse penser aujourd’hui du choix du latin qu’a fait l’Église ancienne, il est évident qu’à l’époque le latin était le mode d’expression linguistique le mieux répandu et le plus efficace pour la diffusion du message chrétien.

Au-delà des vicissitudes temporelles, un garant d’indépendance.

Lorsque l’Empire a disparu, le latin a ensuite permis à l’Église de continuer à faire entendre sa voix au-delà de toutes les vicissitudes temporelles et des récupérations nationalistes, car en parlant une langue qui n’appartenait à personne, elle restait en mesure de proposer une référence linguistique stable à laquelle il était toujours possible de revenir pour s’accorder sur un discours souverain. [Combien le latin serait donc utile à des instances supranationales encore aujourd'hui…]

Certes, on pourra reprocher au latin de véhiculer une culture qui n’est plus nécessairement partagée par tous les fidèles d’aujourd’hui, mais l’objection vaut pour toutes les langues, et en particulier pour les langues vivantes, très liées aux sensibilités identitaires. Riche d’un système linguistique qui peut accueillir tous les progrès de la modernité
[rappelons l'élévation du statut de l'institut Latinitas par le S. Père Benoît XVI…] et porteur d’une tradition à la fois humaine et spirituelle qui a incontestablement contribué au rayonnement universel du christianisme, le latin demeure le meilleur garant de l’unité et de l’indépendance de l’Église romaine contre toutes les instrumentalisations de son message. [Donc aimons apprenons, et chantons le latin !]

Paul-Augustin DEPROOST, Professeur à l’Université Catholique de Louvain, Pâque Nouvelle 2004/2

Note de Pâque Nouvelle : Les sous-titres sont de notre Rédaction. – Signalons que, d’après Vatican II, la langue officielle de l’Église catholique romaine demeure le latin (Constitution sur la Liturgie, nn. 101 et 116).

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mai
22

Pentecôte : l’octave suprême ?

Le site web du « New Liturgical Movement » nous propose cette semaine la republication d’un article de Guy Nichols, oratorien britannique. Nous connaissons l’implication des oratoriens en Angleterre dans le sens du mouvement de ce que l’on a pu appeler la « Réforme de la réforme » (liturgique, s’entend, bien sûr). Nous avons traduit ce texte, proposé des commentaires et des mises en gras.

Pentecôte : l’octave suprême ?

« .. considérons les offices du bréviaire pour la Pentecôte et son Octave comme la plus importante, peut être de toute l’année ». (Bienheureux John, Henry Newman.)

L’an dernier, j’ai lu avec le plus grand intérêt l’article de Gregory Dipippo sur l’octave de Pentecôte.

A la lumière de cet article, et au regard de la saison liturgique en cours, vos lecteurs pourront être intéressés de connaître une nouvelle initiative qui se déroulera lors de cette Pentecôte à Dorchester on Thames, OxfordShire, en Angleterre, une église dont il a été plusieurs fois question sur le site web du « New Liturgical Movement » [NDT : « Nouveau Mouvement Liturgique »]. Cette fois, j’ai ajouté mes propres réflexions sur l’importance de restaurer l’observance liturgique de l’Octave de Pentecôte.


Pentecôte 2013 à Villars les Dombes avec l’ensemble de l’ordinaire et du propre chanté en grégorien.

A Dorchester, le dimanche de Pentecôte (Whitsunday [NDT : le « blanc-dimanche » ]) a été célébré avec une magnifique messe solennelle dans le nouvel ordo missae et précédé par le chant solennel de l’office de Tierce en latin tiré du brévaire d’avant 1970 (qui comprend principalement le Veni Creator et les sections II à V du psaume 118) [Nous chantons quant à nous également l'office de tierce avant la messe de la plupart des dimanches dans à la cathédrale S. Charles Borromée de Saint Etienne 42000, mais selon l'antiphonale romanum de 2009]. Tandis que la messe a commencé en vernaculaire et était quasiment entièrement chantée, c’est la langue latine qui a pris le dessus à partir du Pater jusqu’à la fin. Le Célébrant était assisté par un diacre et un acolyte vêtu de la tunique. [Les oratoriens britanniques tirent donc légitimement parti des rubriques du Missel de 1970 qui prévoir l'action du sous-diacre, comme nous l'avons à plusieurs reprises mentionné dans nos pages.] L’ordinaire de la messe, la « Messe de l’homme armé » de Morales était chanté par le Newman Consort d’Oxford, un groupe en lien avec l’ordinariat de Notre-Dame de Walshingam, [ce sont les ex-anglicans, devenus catholiques mais ayant conservé leur usages liturgiques. Notons qu'ils ont gardé l'ensemble de leur prélats ex « évêques anglicans » quibien que mariés ont été orfonnés prêtres et officient avec les pontificalia c'est-à-dire mitre crosse, croix pectorale, en tant qu'ordinaires. Notons aussi la proximité entre les Oratoriens et ces ex Anglicans. La rigueyr liturgique des prmeirs favorisant la conversion des seconds. Il y a bien un lien fort entre liturgie et œcuménisme, liturgie et évangélisation] qui a également chanté le Confirma Hoc Deus de Byrd.

Plus intéressant et plus marquant, deux jeunes adultes, récemment baptisés, furent confirmés grâce à un indult spécial, après l’homélie. [Rappelons que la confirmation est du ressort de l'évêque, théoriquement. L'indult spécial, c'est que le sacrement a dû être donné par un simple prêtre oratorien.] Ils portaient des robes blanches des néophytes, illustrant par là l’origine de l’appellation familière en Anglais « Whitsunday » [NDT : « blanc-dimanche »] comme c’est le moment dans l’usage, dans les temps anciens des baptêmes d’adultes sous nos climats nordiques. Après la chrismation, l’assemblée entière ayant renouvelé sa foi baptismale avec les candidats à la place du Credo, fut aspergée avec l’eau baptismale, accompagnée par le chant du Vidi Aquam.

Comme il apparaît que la grande fête de « l’anniversaire de l’Eglise » est célébrée de façon plus appropriée sur une période plus étendue que ce qui est possible pour la seule journée réservée à cela dans le missel de 1970, l’octave de Pentecôte est désormais célébrée avec une série de messes votives du Saint Esprit, mais avec quelques différences importantes. [Nous avons nous aussi à la cathédrale saint Charles de saint Etienne le lundi de Pentecôte une messe votive du Saint Esprit, en latin avec le propre grégorien de la veille, complet].


Vêpres de la Pentecôte à l’oratoire de Birmingham

En cohérence avec l’idée du Saint Père exprimée dans Summorum Pontificum
[le motu proprio de Benoît XVI en 2007 libéralisant la forme ancienne de la liturgie romaine, selon les livres liturgiques de 1962] que les deux formes du rite romain devraient s’enrichir mutuellement, l’Octave est célébrée largement en forme ordinaire, mais en utilisant des éléments tirés largement des messes de l’octave datant d’avant 1970. [Rappelons que l'octave de Pentecôte existait jusqu'en 1970, mais a été supprimé pour des raisons nojn expliquées, ce qui est il est vrai curieux, surtout lorsqu'on sait que Paul VI lui-même fut très surpris par cette décision du Consilium pour l'applicaitond e la réforme liturgique et s'en était même plaint à plusieurs de ses proches. L'octave de la Pentecôte est extrêmement traditionnel, et les ligens qui suivent vont non seulement expliquer en quoi, mais aussi comment faire pour en tirer tous les fruits, y compris dans une liturgie utilisant les livres d'après 1970] Les chants propres sont tirés du Graduale des messes de l’octave d’avant 1970, particulièrement l’Alléluia et sa séquence Veni Sancte Spiritus chantés en latin. [Notons l'ordre : l'alléluia, puis la séquence.] Les lectures de chaque jour sont celles proposées par l’ancien missel, étendues lors des quatre temps du mercredi et du samedi. [Les quatre temps, qui sont aujourd'hui réduits à une dévotion populaire ont jusqu'en 1970 une véritable conséquence liturgique, que l'oratoire d'Angleterre n'hésite pas à mettre en œuvre lors de cette octave. Bel exemple.] A la place des graduels, pour les messes de semaine, les psaumes responsoriaux sont tirés du lectionnaire actuel pour être apairés au caractère spécifique de chacun des jours. [On constate donc que le formulaire de la messe lue est retenu en semaine, donc avec les psaumes responsoriaux, tandis que les graduels sont pour la messe chantée. Ce qui est tout à fait cohérent. Dans une logique extra monastique, il n'ya pas de vraie raison de chanter entièrement chaque jour la messe.]

Par exemple, l’évangile du mardi, « la porte de la bergerie » (Jn 10,1-10) a comme prélude idéal le psaume 22, tandis que la longue série des lectures de l’ancien testament du samedi reprend l’un des thèmes préchrétiens de la fête juive de la Pentecôte, l’offrande à Dieu des premiers fruits de la récolte, pour laquelle les psaumes 64, 106 et 125 qui sont proposés dans le calendrier du Novus Ordo et qui donc sont choisis ici. [Enrichissement mutuel des deux formes du rite romain]

Observation sur le retour de l’octave de Pentecôte.

Le passage au temps ordinaire immédiatement au lundi qui suit la Pentecôte est violent. Ce n’est pas seulement le retour au temps ordinaire en soi qui pose problème parce que de toutes façons, il faut bien y revenir à un moment ou à un autre. Non, le problème que plusieurs de vos correspondants partagent avec moi est qu’en réalité, le premier lundi vert après la Pentecôte nous arrive de nulle part. En plus de ce côté abrupt, les féries qui suivent désormais la Pentecôte appartiennent à une suite entièrement déconnectée qui a été rompue avant le Carême et qui n’a aucun élément de continuité avec ce qui la précède immédiatement. La transition [entre temps pascal et un temps ordinaire qui est en fait une continuité par rapport à une période de précarême] avec une fin de l’octave de Pentecôte qui se terminait par le samedi des Quatre Temps, en transition avec les 1ères vêpres de la Trinité, qui marquait le début d’une nouvelle saison par une fête célébrant la descente du Saint Esprit « menant l’Église vers la vérité toute entière. »

Concrètement, quel est le résultat de la perte de l’octave de Pentecôte ?

Premièrement, l’effet le plus malheureux est de réduire la Pentecôte à une voie sans issue. Parce que désormais, c’est un seul jour qui clôt tout le temps pascal, à partir duquel tout ce qui suit est sans continuité : le temps ordinaire ne semble pas être la suite de la Pentecôte, mais semble la supplanter. Si bien que la Pentecôte semble désormais se contenter de regarder en arrière vers Pâques, dont elle est la célébration de conclusion, plutôt que d’être à la fois la réminiscence de Pâques et la mise en marche au travers du « temps vert » représentant la vie post pentecostale de l’Église jusqu’au second avènement. [Second avènement, c'est-à-dire parousie, que justement le reste de la dynamique de l'année liturgique post conciliaire a voulu particulièrement mettre en avant, avec la fête du Christ roi au dernier dimanche per annum / ordinaire, le chant de la séquence Dies irae à l'office, et la fameuse anamnèse qui s'achève par deux mots lourds de sens : Donec venias : jusqu'à ce quee Tu viennes.]

Deuxièmement, cette rupture et cette discontinuité est encore plus appuyée par la nomenclature « temps ordinaire ». Alors qu’à partir de l’appellation « temps après la pentecôte » seul, l’Eglise a pu positionner une relation à cette fête (même de façon différente que le temps après Pâques en fonction de la fête de Pâques elle même), il y a en réalité plus qu’un rapport de nom. [le Graduale romanum de 1961 donne comme appellation tempus per annum post pentecosten. Le Graduale romanum de 1975 supprimme les deux derniers mots pour garder seulement tempus per annum. Derrière cette observation il y aussi la mise en cause légitime de l'interchangeabilité des formulaires pour le temps per annum avant carême ou après pentecôte, qui est probablement la plus grosse faute de goût de l'organisation du temporal d'après le Concile, c'est-à-dire des suppression des semaines de septuagésime et sexagésime.] Bien sûr, la temps pascal est plus organiquement et thématiquement lié à Pâques que toute la période « Post Pentecosten » l’est à la Pentecôte. Pour autant, la correspondance entre le temps après la Pentecôte d’un côté et l’ère entière de l’Église désormais dotée du Saint Esprit et dans l’attente de la Parousie d’un autre côté, était formellement manifesté dans cette longue période « verte » de l’année ecclésiastique. [Dans cette perspective, et c'est probablement la partie la plus convaincante de l'article de Nichols, c'est justement l'organisation du temporal de la nouvelle année liturgique post conciliaire qui prêcherait pour le maintien de l'octave de Pentecôte, puisque depuis 1970, le temps vert d'après la pentecôte est orienté vers le point d'orgue de la solennité parousique du Christ roi de l'univers.] C’était spécialement clair au début de la saison avec les fêtes contemplant les mystères de la Trinité et du Corpus Christi, et à la toute fin via les évangiles eschatologiques des [derniers] dimanches [per annum / ordinaires].

Troisièmement, la forte limitation de la présence pentecostale à la méditation d’un seul jour laisse un vide que les charismatiques pentecôtistes chercheront à combler. Même si historiquement il y a beaucoup de raisons pour lesquelles ce mouvement a grandi à l’intérieur de l’Eglise, ce n’est pas sans signification que le caractère a-liturgique des potentiels promoteurs d’une vie dévotionnelle pneumatologique à l’intérieur de l’Église latine a coïncidé avec cette désormais célébration très réduite de l’avènement de l’Esprit et de Son rôle dans l’Eglise jusqu’à la Parousie. [Un prêtre me faisait remarquer d'ailleurs que tous les mouvements du « renouveau » et de la prière informelle des charismatiques sont justement nés de l'absence de célébration de la liturgie des heures et de l'office divin pendant la période transitoire du début de la réforme liturgique où l'Eglise n'avait pas encore sa prière propre des heures en conformité avec la volonté du Concile. Remarquons d'ailleurs que tout cela commence à peine à être corrigé… L'insistance des mouvement du renouveau sur les charismes de l'Esprit Saint ne viennent ils pas aussi de la suppression de la célébration du Saint Esprit donné à l'Église dans l'octave de Pentecôte mais aussi et conséquemment dans la plus grande partie du cycle du temporal, qui peut, certaines années aller en fonction de la date de Pâques, aller jusqu'à 28 semaines ? ]

En lien avec un focus pneumatologique sur la liturgie, je trouve difficile de voir comment la neuvaine de pré pentecôte (comme défendue par Mgr Bunigni) peut remplacer de façon adéquate le poids de l’octave d’après Pentecôte. Laissez moi immédiatement constater que j’ai la conviction que les Messes de la forme ordinaire pour la période entre l’Ascension et la Pentecôte sont admirables en tant que préparation dans la prière à la descente de l’Esprit, et que c’est un excellent exemple de la manière dont certains aspects de la forme ordinaire peuvent certainement devenir un enrichissement dont la forme extraordinaire pourrait bénéficier (tout comme l’euchologie et le lectionnaire du temps pascal en son entier). [Notons qu'à l'office aux vêpres, la forme ordinaire a également pendant la neuvaine tous le sjours le Veni Creator comme hymne des vêpres.] En même temps, il faut considérer qu’une phase de préparation est seulement ce qu’elle est : une préparation à l’événement, et non pas son accomplissement. L’octave de Pentecôte représente l’accomplissement du déversement de l’Esprit tel qu’Il est manifesté dans la vie post pentecostale de l’Église.

A ceux qui suggèrent que l’Eglise devrait tout simplement faire avec, [j'apprécie chez les oratoriens anglais cette capacité à ne pas se laisser happer par la contrainte, à s'élever au dessus de la problématique pour essayer de pousser en avant des solution fiables et viables. C'est la créativité britannique qu'il nous manque parfois en France ?] et passer directement de du dimanche de la Pentecôte au temps ordinaire sans aucun délai, je dis que l’Octave de Pentecôte, bien loin d’introduire un retard dans l’inauguration [NDT : de la nouvelle saison liturgique], est le moment de la mise en scène pour le temps ordinaire qui suit. Tout lecteur attentif des textes des messes et des offices de l’Octave se rend immédiatement compte que ce ne sont pas seulement des réminiscences historiques des différents aspects de la descente de l’Esprit Saint qui y sont décrites. En fait, l’Esprit n’est mentionné dans les Evangiles d’aucune des messes au long de l’Octave. Les messes votives du lectionnaire de Paul VI contiennent certes un regroupement des péricopes évangéliques qui mentionnent le Saint Esprit explicitement, mais ce n’est pas ce que l’Église visait dans les formulaires des messes de l’octave de Pentecôte : ce sont les effets du déversement de l’Esprit pendant l’Octave qui sont célébrés lors de ces passages évangéliques. Pourquoi alors l’Église utilisait – elle des passages de l’Évangile sans aucune référence à la venue de l’Esprit pendant l’octave de Pentecôte ? C’est bien sûr la conséquence de la nature baptismale de l’Octave, commençant bien sûr avec sa Vigile. [Dans plusieurs endroits en France, nous avons une réflexion sur la mise en œuvre de la Vigile de Pentecôte avec toutes ses lectures, en cherchant à lui donner une solennité voisine de la vigile de Pâques. C'est évidemment une excellente chose. Peut être faudrait il aussi en tirer toutes les conséquences et étendre cette réflexion à l'octave qui suit conséquemment cette vigile solennelle.] C’est le caractère baptismal qui a formé la colonne vertébrale et le matériau catéchétique de l’Octave et au regard de son rang particulièrement solennel, d’une façon égale à la célébration de Pâques elle même.


Pentecôte 2013 à Villars les Dombes : au fond la schola Saint Maur chante Spiritus Domini replevit orbem terrarum (Introït, puis Vidi Aquam, Kyrie Gloria. Après chaque lecture, un répons alléluiatique, puis la séquence Veni Sancte Spiritus)

Quatrièmement, si le caractère et la solennité de l’octave de Pentecôte sont ultimement en lien à la célébration baptismale de la Pentecôte, l’octave devrait continuer à exister dans une forme identique à celle qu’elle avait jusqu’en 1970 ; et devrait il y avoir ici deux célébrations du Baptême d’une solennité voisine à chacune des extrémités d’une même saison [liturgique] ? Si non, alors est ce que la Pentecôte devrait continuer à être marquée par un octave aussi solennel que celui qui était utilisé pour lui donner une telle splendeur ?

En ce qui concerne le premier point, il est douteux de considérer le « doublet » de la vigile de Pentecôte pour la célébration du baptême comme redondant. Il peut simplement être considéré comme la remise à plus tard de la cérémonie baptismale à un moment plus tardif et plus clément de l’année. L’Eglise pendant des siècles n’a trouvé aucune incongruité à la célébration des deux vigiles, même si le Baptême n’est célébré qu’à l’un des deux en certains endroits et à certaines périodes. J’avancerai cependant que ce « doublet » n’est pas une simple « duplication ». Comme cela a été célébré pendant la plus grande partie de l’histoire de l’Église latine, Pâques et Pentecôte ont été comprises comme des fêtes en lien avec les fonts [baptismaux]. Elles sont toutes deux, de façon complémentaire, une célébration de la fécondité sacramentelle. La Résurrection et le déversement de l’Esprit ne devrait pas être traité comme si l’on pouvait réduire l’ensemble à un seul événement identique, mais comme les étapes successives d’un seul Mystère Pascal dans lequel la seconde et la troisième personne de la Trinité agissent de façon spécifique en fonction de la volonté salvifique du Père des cieux. [Notons l'expression de « mystère pascal », qui est aussi également beaucoup sous la plume d'un autre oratorien liturgiste, amsi français : le RP Bouyer, et qui a beaucoup influencé la théologie de la liturgie d'après Vatican II]

Pour prendre le second point : si le baptême n’a pas à être célébré avec la même sorte de solennité à la Pentecôte qu’à Pâques, alors la Pentecôte a t’elle à se voir attribuée une octave du même rang et d’un caractère équivalent à celle de Pâques ? Il faut soulever alors la question du caractère de l’octave de Pâques précisément comme baptismal. Toutes les péricopes évangéliques de l’octave de Pâques sont tirées des événements tirés des apparitions de la Résurrection. Sous cet aspect, l’octave de Pâques, a un caractère bien que baptismal par ses Introïts, oraisons, et épîtres est plus évidemment lié à l’événement historique qu’il célèbre que l’octave de Pentecôte. En fait, du point de vue des péricopes évangéliques, c’est la Pentecôte qui a qui a le plus clairement un caractère post baptismal. En regardant soigneusement les deux octaves, il apparaît clairement qu’ils sont unis par le même caractère baptismal, mais de façon complémentaire : le premier, basé sur l’événement historique de la résurrection comme cause originelle de notre salut, et le second célébrant le déversement de l’Esprit come le moyen de la continuité de l’accomplissement de cette rédemption dans les sacrements de l’Église. [Avec le rappel au passage que les sacrement sont bien une affaire avec l'Esprit Saint…]

Bien plus, si tous les dons de l’Esprit qui sont donnés au Baptême sont célébrés de façon explicite à Pâques, pourquoi l’Église a t’elle besoin de célébrer liturgiquement la Pentecôte, et pourquoi préparer cette célébration par une neuvaine précédant l’Ascension ?

Cinquièmement, la Pentecôte est une fête qui demande une résonance à cause de son importance dans la vie de l’Église afin d’être rendue claire. Une octave fournit à une fête l’espace pour résonner. C’est la réponse à l’image que donnait le pape Paul VI de la cloche de l’Église qui sonne avant la Messe, en vue de préparer les fidèles psychologiquement à prendre part à la liturgie. Pour amplifier cette image, on pourrait dire que plus la cloche sonne tôt, plus le nombre de cloches qui sonnent est important, plus la célébration qu’elles annoncent est grande et est préparée.

De façon similaire, de la même façon qu’un fort son a besoin de temps pour s’épanouir afin que son timbre puisse être apprécié, un fête a également besoin de temps. Celle qui se termine en un seul jour a peu d’espace où résonner, et donne l’impression qu’elle n’a pas beaucoup à nous dire alors qu’elle a besoin d’être entendue à loisir. J’avancerais qu’une grande octave emprunte une splendeur proportionnée en avance en ce qui concerne la fête et la splendeur de sa célébration.

En fin de compte, il est également important de ne pas oublier les offices du bréviaire de la Pentecôte et de son octave, que le Bienheureux John Henry Newman appelle « les plus magnifiques, peut être, de toute l’année » (v. An Essay in Aid of a Grammar of Assent, ch. 5, section 2, « Belief in the Holy Trinity »). Ces réflexions issues des Pères sur les lectures de l’Évangile de chaque jour nous invitent à approfondir notre assimilation des mystères de la Vie de l’Église, dont l’âme est l’Esprit Saint (CEC 797).

En résumé le caractère de la Pentecôte comme consommation et accomplissement du Mystère pascal suggère qu’il est convenable de célébrer cette fête avec une octave, similaire en caractère et en rang à celle de Pâques. Pâques regarde à la fois en arrière vers la Passion du Seigneur et son « passage vers le Père » et vers l’avant vers le temps pascal comme la saison liturgique pendant laquelle la résurrection et sa signification pour notre vie éternelle est dévoilée pour nous. D’une façon parallèle, la Pentecôte regarde en arrière vers la promesse du don du Paraclet qui est faite à Pâques et devant dans le Temps après la Pentecôte qui représente la vie de l’Eglise sous l’emprise constante de l’Esprit saint et enrichie de Ses sacrements qui donnent la vie.

Guy Nicholls Cong Orat June 25th 2011 and 29th May 2012

D’autres photos de la célébration de la messe de Pentecôte à Villars sont disponibles ici : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-messe-de-la-pentecote-117916368.html

Et là : http://www.paroisse-villars.com/article-solennite-de-la-pentecote-suite-117922589.html

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mai
16

A la messe : présider ou célébrer ?

Dans de nombreux communiqués de presse, dépêches ou articles de blogs, il semble y avoir une confusion : on annonce la messe du Nième dimanche ou pour la fête de Z. « présidée » par Mgr Y. Sous entendu : ce sera bien Mgr Y qui célébrera la messe, et cette messe sera concélébrée avec le P. O. et l’abbé P. Dans le langage général contemporain, nous finissons par avoir l’impresssion que les prêtres « président » les messes et ne les « célèbrent » pas (ou plus ?). Or c’est fautif, même si cette nomenclature est même revendiquée au nom de la réforme liturgique, car elle peut sous entendre une concélébration, ce qui était rarissime avant le Concile.


Soyons donc précis : dans l’absolu, une messe peut être présidée, par exemple par un prélat, sans être célébrée par lui. Le Cérémonial des Évêques de 1984 le prévoit (cf. CE num. 175 à 178), et l’excellent site ceremoniaire.net le mentionne :

Il existe des situations pastorales où il serait approprié qu’on voie l’évêque présider, sans être le célébrant principal de l’Eucharistie. Les funérailles des parents d’un prêtre, la messe de jubilé d’un prêtre sont des situations où cette forme de liturgie résout des questions pratiques d’étiquette et de bon sens pastoral. En de telles circonstances, le Cérémonial des évêques prévoit ce qu’on appelait jadis une « Messe en présence d’un haut prélat » .Un prêtre, en aucun cas un autre évêque, célèbre la liturgie de l’Eucharistie, tandis que l’évêque préside la liturgie de la Parole et donne la bénédiction finale.

Cette forme de célébration est également courante dans les monastères, où en fait l’abbé se contente de concélébrer mais préside, alors que c’est le moine « hebdomadier » qui est le célébrant (principal). Le président (en l’espèce l’abbé) qui n’est pas le célébrant (principal) donne alors la bénédiction finale et se place en dernier dans la procession de sortie. C’est la forme la plus minimaliste de présidence, sachant que pour une célébration pontificale, par exemple à la messe stationale d’un évêque dans sa cathédrale pour une célébration de 1er ordre (ex : la Pentecôte), il sera bienvenu – dans la mesure du possible et des compétences – de déployer tous les attributs de la « chapelle pontificale » à savoir les trois diacres, les portes insignes, le ou les chapiers assistants, ainsi que les quatre chantres en chape au lutrin.

Pour pousser plus loin la réflexion, on peut également constater que le mot « célébration » se réfère à une réalité sacramentelle, tandis que le mot de « présidence » renvoie à l’idée de préséance en dignité de la personne (le clerc) qui dirige la prière de tous. Pour la liturgie non sacramentelle, comme l’office divin, l’usage du rite romain donne une grand importance à la « présidence » et même à la préséance, puisqu’il faut que les antiennes et l’hymne soient entonnés dans l’ordre de dignité au chœur, lorsque ce dernier est précisément, « présidé », notamment pour les fêtes de premier ordre. L’usage est de faire entonner l’hymne, la première antienne et celle du cantique évangélique au président, les deux autres    antiennes étant entonnées par le premier et le second diacre. Notons au passage qu’il est assez curieux de voir certains clercs revendiquer une « présidence » pour la liturgie de la messe mais n’en plus vouloir en cas de célébration de la liturgie des heures, réduisant ainsi conséquemment l’office divin à une sorte de dévotion en commun, à la manière du chapelet, et non plus la prière de l’épouse à l’époux que décrit la Présentation Générale de la Liturgie des Heures (PGLH), qui même si elle n’est pas sacramentelle revêt cependant une importance capitale en tant qu’acte proprement liturgique et public.


A la messe célébrée pontificalement par l’évêque dans son diocèse, le président est assisté de ses diacres et des portes insignes.

Le langage liturgique de la plupart des gens, et disons le des journalistes et autres « communicants en Église » fait ainsi depuis maintenant quelques années une sorte de confusion entre deux notions à distinguer : « célébrer » n’est pas forcément « présider », et « présider » n’est pas forcément « célébrer ». Cela s’explique notamment par l’évolution des rubriques de la messe depuis la réforme liturgique, puisque justement le célébrant, ne se rendant à l’autel que pour le sacrifice eucharistique, est bien en position de « présidence » pour la liturgie de la parole – la partie non sacramentelle de la liturgie de la messe -, alors qu’avant le Concile, tout se déroulait à l’autel, y compris les lectures – sans même mention de l’assemblée présente qu’il ne s’agissait en aucun cas de diriger. Même l’Orate fratres dans le rite romain ne s’adresse en fait pas à l’assemblée mais au clergé présent au sanctuaire. Notons également que la façon actuelle de célébrer est bien en rapport étroit avec la forme de la messe pontificale (par essence « présidée au trône » par l’évêque) d’avant le Concile, puisque beaucoup de gestes et attitudes autrefois « pontificales » ont été introduites dans la façon ordinaire et actuelle de célébrer pour un simple prêtre, la plus marquante d’entre elles étant de célébrer « au siège » et non pas « à l’autel ».

Par ailleurs, l’office divin – liturgie des heures – peut donc dans l’absolu, en l’absence de prêtre – être « présidé » par un non prêtre, par exemple un diacre, ou même le cas échéant par un lecteur / acolyte (i.e. le sous-diacre cf. Ministeria Quaedam, 1972 et CIC. 230 § 3), parce qu’il n’est pas sacramentel. Celui qui préside signifie que l’assemblée est réunie pour la célébration au nom du Christ en tant qu’Église. Par contre, un non prêtre ne peut jamais présider une messe, même s’il ne célèbre pas le sacrement, puisque celui qui préside est supposé « diriger » la prière de tous, y compris de celui (ou ceux) qui (con)célèbre(ent) le sacrement eucharistique. Ces petites précisions sont importantes, pour ne pas laisser croire que c’est l’assemblée elle-même qui « célèbre l’eucharistie » tandis que le prêtre se contente de « présider » l’action de cette dernière, qui serait alors fondée à imaginer avoir une action relevant du sacerdoce ministériel et du sacerdoce commun. Cette manière de voir est malheureusement assez répandue et a même été dénoncée explicitement et même de manière assez
sèche par Redemptionis Sacramentum (2004).

42 – Il est nécessaire de reconnaître que l’Église ne se forme pas par une décision humaine, mais qu’elle est convoquée par Dieu dans l’Esprit Saint et qu’elle répond par la foi à son appel gratuit: en effet, le mot ekklesia est en rapport avec klesis , qui signifie « appel ».[Cf. Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Varietates legitimae, n. 22: AAS 87 (1995) p. 297.] On ne peut donc pas considérer le Sacrifice eucharistique dans le sens univoque de «concélébration» du prêtre avec le peuple qui est présent.[ Cf. Pie XII, Lettre encyclique Mediator Dei: AAS 39 (1947) p. 553.] Au contraire, l’Eucharistie célébrée par les prêtres est un don «qui dépasse radicalement le pouvoir de l’assemblée [ ... ]. Pour être véritablement une assemblée eucharistique, la communauté qui se réunit pour la célébration de l’Eucharistie a absolument besoin d’un prêtre ordonné qui la préside. D’autre part, la communauté n’est pas en mesure de se donner à elle-même son ministre ordonné».[ Jean-Paul II, Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, n. 29: AAS 95 (2003) p. 453; cf. Concile Œcuménique de Latran IV, 11-30 novembre 1215, chap. 1: DS 802; Concile Œcuménique de Trente, Session XXIII, 15 juillet 1563, Doctrine et canons sur la sacrée ordination, chap. 4: DS 1767-1770; Pie XII Lettre encyclique Mediator Dei: AAS 39 (1947) p. 553.] Il est nécessaire et urgent de tout mettre en œuvre pour écarter toute ambiguïté dans ce domaine, et apporter un remède aux difficultés qui ont surgi ces dernières années. Ainsi, il ne faut employer qu’avec prudence des expressions telles que «communauté célébrante» ou «assemblée célébrante», qui sont traduites dans d’autres langues modernes par «celebrating assembly», «asamblea celebrante», «assemblea celebrante», et d’autres de ce genre.

Sur ce sujet précis, et surlequel nous souhaiterions appeler l’attention de nos lecteurs et de tous ceux qui sont chargés de l’organisation de la liturgie dans les sanctuaires et paroisses, nous renvoyons à un excellent contre-exemple ici….

Rappelons enfin que plus un office liturgique est « présidé », précisément, moins le « président » agit et plus il est assisté par ses diacres au premier chef, mais aussi par les autres ministres. Si on pousse au bout de sa logique la notion de présidence liturgique, avouons le donc : il y a d’ordinaire que peu de messes rituellement « présidées », puisque dans énormément de cas, c’est même la forme la plus simple de la messe qui est retenue, avec le formulaire de la messe lue et non chantée. Pour éviter toute méprise ou incompréhension dommageable, il est donc préférable de dire que la messe sera célébrée par Mgr Y. et non pas seulement « présidée », à moins que le prélat en question ne célèbre pas (ce qui demeure rare, même si c’est possible, comme on l’a vu). Pourquoi ? Non seulement pour être précis dans les termes liturgiques que l’on emploie mais aussi pour ne pas laisser s’affadir la distinction nécessaire entre sacerdoce commun et sacerdoce ministériel, distinction indispensable au fleurissement des vocations de prêtres. Si on veut mentionner que c’est une messe concélébrée, on peut alors très bien le préciser : la messe sera célébrée par Mgr Y et concélébrée par le Père O et l’abbé P.

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mai
13

Quelques gestes du diacre à la messe


Le rite romain n’envisage pas la liturgie solennelle (aux solennités majeures, à la messe stationale de l’évêque) sans diacres. La tenue et les gestes du diacre soulignent la dimension théologique du ministère assumé par l’évêque, qui célèbre et préside in persona Christi capita, avec la plénitude du sacrement de l’ordre, et dont le diacre est, selon la tradition apostolique, le serviteur direct. Dans la liturgie, le diacre est donc le premier assistant du célébrant. Il est chargé de toutes les monitions, – qui par essence sont toujours très brèves – à l’assemblée : Avançons maintenant dans la paix, donnez-vous la paix, allez dans la paix, mais aussi de l’Évangile et surtout de la prière universelle qui est spécifiquement diaconale, tout comme l’Exsultet pascal.


L’extension des mains est réservée au(x) (con)célébrant(s), y compris pour le Notre Père ; le diacre demeure donc pour toutes ces actions les mains jointes le pouce droit croisé sur le pouce gauche, même pour l’Évangile ou en disant le Seigneur soit avec vous.


A l’homélie, le prélat prêche assis, devant l’autel. Le diacre est debout à ses côtes, les mains jointes.

À l’offertoire, il reçoit les offrandes et met le vin et l’eau dans le calice. À la prière eucharistique, comme l’acolyte, il reste debout à côté du célébrant jusqu’à l’épiclèse, puis s’agenouille sur les degrés de l’autel jusqu’à l’anamnèse. C’est à lui d’élever légèrement la chasuble du célébrant lorsqu’il élève l’hostie et le calice. Ce geste n’a pas de signification – au départ – symbolique. Il consiste simplement à faciliter le geste de l’élévation lorsqu’on utilise une chasuble de forme traditionnelle (typiquement la chasuble dite « cloche » et non pas la chasuble dite « romaine »).


À la doxologie finale, c’est lui seul qui prend le calice pour l’élever légèrement en signe d’offrande : en sa présence, aucun concélébrant ne prend quoi que ce soit sur l’autel pour l’élever. À la messe, seul le président donne la bénédiction, et comme il ne préside pas à la messe, il ne donne aucune bénédiction.

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mai
13

Quelques gestes des fidèles pendant la messe

Dans la célébration, l’assemblée est partie prenante de la liturgie et doit participer activement. L’expression Participatio actuosa de saint Pie X dans le motu proprio Tra le sollecitudini de 1903 et reprise mot pour mot par Vatican II serait rendue plus exactement en français par participation effective. En effet, si la liturgie est « l’œuvre du Christ-prêtre et de son corps qui est l’Église » (Sacrosanctum Concilium, 7), alors l’assemblée des baptisés, signe de l’Église participe de façon unanime, par des gestes rituels, au corps du Christ.


Les gestes prescrits par les textes ou l’usage étant peu connus, certains fidèles s’inspirent à tort de ceux du clergé au sanctuaire (célébrant, diacre, acolyte, lecteur). La tête n’étant pas le corps, et le sacerdoce commun étant distinct du sacerdoce ministériel, les gestes de l’assemblée ne sont pas ceux du clergé, avec lequel, rituellement, l’assemblée est au contraire en dialogue de prière. Mais les rubriques qui jusqu’en 1970 ne concernaient pas l’assemblée demeurent aujourd’hui imprécises à son sujet. Dans chaque diocèse, un coutumier approuvé par l’ordinaire peut préciser ce qui ne l’est pas ou promouvoir des usages locaux légitimes.

La position debout marque le respect envers l’autorité et la disponibilité pour l’action ; la position à genoux signifie l’adoration, la supplication, et la pénitence. La position assise exprime l’écoute et le recueillement. Le croisement des bras ou des jambes – explicitement proscrit dans les rites orientaux – est à éviter. On peut joindre les mains, en signe de recueillement

Le signe de croix marque le début de la prière. Réalisé les doigts joints et la paume ouverte, il est suffisamment ample pour imprimer sur tout le corps le signe du Christ. Il se fait également avec de l’eau bénite, en entrant dans l’église, en souvenir du baptême – mais pas en sortant. Avant l’écoute de l’Évangile, c’est un petit signe de croix qui est tracé, sans hâte, avec le pouce, sur le front, la bouche et le cœur.

Le Saint Sacrement est salué par la génuflexion lorsqu’on se rend en Sa présence, qu’on se retire, ou qu’on passe devant le lieu où Il se trouve. La génuflexion est due aussi à la Croix à partir de son dévoilement le vendredi saint (on parle de l’adoratio crucis) jusqu’à Pâques. La génuflexion n’est pas interchangeable avec l’inclination profonde. Elle est réalisée sans hâte, le corps et la tête droite, le genou droit devant toucher terre, sans pause.

Les fidèles sont debout pendant les rites initiaux, pour les chants de l’ordinaire et les prières à voix haute du célébrant. À l’offertoire, on reste assis, jusqu’à la prière sur les offrandes.


Une fois debout, l’usage impose que l’on ne s’assoie pas tant que le célébrant n’est pas lui-même assis. L’Évangile étant écouté debout par le célébrant ou même proclamé par lui, toute l’assemblée l’est également, dès le moment où celui qui doit le lire se lève.

La position assise est appropriée pour les lectures, sauf pour l’Évangile, ainsi que pour la prière personnelle silencieuse. Pour l’homélie, l’usage a retenu la position assise, même si c’est le célébrant qui la prononce, debout, à l’ambon.

Les fidèles sont à genoux pendant toute la prière eucharistique (PGMR 43) de la fin du Sanctus jusqu’à la doxologie finale (« Par lui, avec lui et en lui »), ainsi qu’en prononçant Seigneur je ne suis pas digne avant la communion. La Présentation générale du missel romain précise « là où c’est la coutume ». Il faut souligner l’idée que l’habitude ne constitue pas la coutume, et que cette dernière est du ressort de l’ordinaire (l’évêque). En l’absence d’une précision contraire présente dans un document approuvé (un coutumier diocésain) c’est la loi générale qui s’applique (cf. Varietates legitimae, 1994). L’usage répandu de se mettre à genoux seulement entre l’épiclèse et l’anamnèse ne concerne en fait que le diacre et l’acolyte, qui sont au service du célébrant. L’agenouillement est aussi la position ordinaire pour recevoir la communion (cf. Mgr Marco Agostini, Osservatore Romano, 20 août 2010 et Instruction de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin du 29 mai 1969). Là où ce n’est pas possible ou prévu, on privilégiera le geste d’adoration ordinaire (génuflexion) avant la réception du sacrement debout. On demeure à genoux après la réception de la communion, jusqu’au moment où le célébrant s’assoit avec tout le clergé, pour le silence prescrit après la réception du sacrement (PGMR 88). L’agenouillement est la position ordinaire pour la litanie des saints, sauf à la vigile pascale où on reste debout en signe de résurrection. L’usage prévoit un agenouillement pour certaines prières et certains versets ou strophes d’hymnes liturgiques : Veni Creator, Veni sancte Spiritus (Graduale romanum). L’agenouillement est aussi prescrit pour les oraisons sur le peuple (MR 616), les bénédictions en forme solennelle (MR 606) ou pontificales, en présence de l’évêque (CE 169).

Le geste très ancien de l’extension des mains, qui est une belle attitude dans la prière personnelle (attitude de l’orante), reste dans la liturgie réservé au célébrant. En agissant in persona Christi capita, il fait seul ce geste au nom de tous même pendant le Notre Père (MR 124).

L’inclination profonde est le geste de la vénération de l’autel (PGMR 274). Il est parfois remplacé pour les ministres non-ordonnés, et donc a fortiori pour les fidèles, par la génuflexion, ce qui n’est pas précisé mais souvent préférable pour des raisons pastorales : prescrire la génuflexion au moment où le Saint Sacrement est sur l’autel et l’inclination profonde dans les autres cas amène souvent des erreurs de la part des jeunes servants ou des autres ministres, et suscite l’incompréhension des fidèles qui n’entrevoient pas la signification des gestes, surtout si le tabernacle est dans le sanctuaire. L’inclination est d’ailleurs difficile à effectuer de façon harmonieuse : il s’agit d’incliner le corps en penchant le torse depuis la ceinture, jusqu’à la position horizontale, puis de se redresser immédiatement. L’inclination profonde est requise par l’usage lors des bénédictions finales en forme simple ainsi que par les textes (MR 18) lors du Credo aux mots Par l’Esprit Saint, Il a pris chair de la Vierge Marie, et S’est fait homme, sauf si la génuflexion est prescrite, comme à
Noël et à l’Annonciation (MR 153 et 739).

Les textes (PGMR 275a, CE 68a) prévoient l’inclination de la tête au nom de Jésus, de la bienheureuse Vierge Marie, et du saint en l’honneur duquel on célèbre.

On se frappe la poitrine au rite pénitentiel (le mea culpa) ainsi que lors du Seigneur je ne suis pas digne avant la communion (les fidèles sont alors ordinairement à genoux, PGMR 43). L’usage de faire également ce geste d’humilité à l’Agnus est n’est pas rare. Le texte officiel du missel a une portée universelle ; ce geste ayant dans certaines cultures la signification inverse de celle qu’on lui attribue en Europe, les rubriques liturgiques sont volontairement imprécises à son encontre. Il doit pourtant dans nos régions être encouragé.

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mai
07

Du bon usage de la liturgie (4) : la préparation pénitentielle

Rappel : en 1999, le Centre National de Pastorale liturgique (CNPL) faisait paraître un essai de cérémonial, avec des parties mystagogiques, concernant une « bonne » interprétation des rubriques et des usages liturgiques : « Du bon usage de la liturgie« . Nous en faisons une lecture commentée. Le texte original est en italique. Notre commentaire est en rouge.

Rappels – La Troisième formule

Mettons-nous bien d’accord! Il y a un peu plus de vingt-cinq ans
[On voit par cette ligne que le livre « Du Bon usage » a vraiment vieilli. Mais notre propos ici est justement renforcé que la plupart des gens en restent à une compréhension du rite romain d'après Vatican II qui est imbibé de beaucoup d'affirmations péremptoires contenues dans ce livre issu d'une instance officielle, et qu'il faudra bien tôt ou tard corriger de façon ferme.] que commençait l’application de la réforme liturgique issue du deuxième Concile du Vatican. Depuis ce temps, des habitudes se sont prises, des façons de faire se sont installées, vis-à-vis desquelles il est indispensable que nous portions un regard critique. L’enjeu n’est pas de l’ordre de la censure, mais de la fidélité. [Nous sommes d'ailleurs convaincus que beaucoup de fidèles ont bien avancé dans le sens de la fidélité, aidés notamment en cela par une compréhension renouvelée des rites grâce notamment à tous les efforts dans la célébration mais aussi les catéchèses liturgiques faites par Benoît XVI.]

Sans doute faut-il à cet effet et par tous les moyens (bulletins diocésains et paroissiaux, homélies, réunions liturgiques, etc.) réintroduire dans notre vie chrétienne la pratique ancienne des «catéchèses mystagogiques», c’est-à-dire l’explication détaillée du sens des rites liturgiques que nous vivons, pour en mieux saisir le mystère. [Les catéchèses mystagogiques, nous en avons parlé encore récemment sur notre site en ce qui concerne le dimanche In Albis]


QUELQUES RAPPELS SUR LA PRÉPARATION PÉNITENTIELLE


1. Contrairement à ce que l’on entend souvent dire, la préparation pénitentielle ne forme pas un rite en elle-même: elle n’est pas un rite pénitentiel, mais fait partie d’un ensemble rituel que l’Ordo Missae appelle «l’ouverture de la célébration
». [Nous l'avons déjà écrit mais en réalité, il s'agit non pas des « rites d'ouverture » mais des « rites initiaux ». Nuance sémantique, certes mais qui a son importance. Par ailleurs, ce n'est pas une « préparation » pénitentielle mais un « acte » pénitentiel. C'est-à-dire que nous ne sommes pas uniquement dans une démarche psychologique, mais bien dans l'action de reconnaître les fautes que nous avons commises, avec une gestuelle… Nous reviendrons là-dessus.] Cela ne signifie pas qu’elle soit secondaire, mais veut dire qu’elle n’est pas un tout en elle-même: elle est une partie de quelque chose qui est plus grand qu’elle.

2. Si curieux que cela puisse paraître, la préparation pénitentielle avec toute l’assemblée est une création de Vatican II. Rappelons que dans l’Ordo de saint Pie V, à la grand-messe, le prêtre célébrant était seul avec ses acolytes à réciter le Confiteor en arrivant au bas de l’autel. [En réalité, ce n'était pas la question : les choses sont beaucoup plus prosaïques. L'ordo dit de « Saint Pie V » ne prend pas en compte l'idée qu'il y a une assemblée. Donc, évidemment, l'ordo ancien ne prévoit pas de faire réciter le confiteor à une assemblée… Qui n'existe pas !] Pendant ce temps était chanté l’Introït puis le Kyrie qui est une acclamation au Seigneur miséricordieux et non un acte pénitentiel. [Oui et il faut le redire. Le Kyrie lui-même ne fait pas partie de l'acte pénitentiel] Vatican II a voulu que ce soit toute l’assemblée qui, au début de la célébration, confesse devant Dieu qu’elle est faite de pécheurs et proclame la miséricorde de Dieu.

3. A en juger par ce qui se passe dans nos célébrations, on croirait qu’il n’y a que deux formules de préparation pénitentielle: le «Je confesse à Dieu» et la triple invocation. Or il existe quatre possibilités. Qu’est devenue la deuxième formule, courte mais puissante: «Seigneur, accorde-nous ton pardon»? Qu’est devenue surtout l’aspersion? Trop d’Asperges me systématiques l’ont sans doute écartée au début; mais il est temps d’y revenir. [Rappelons que le rite de l'aspersion est réservé aux dimanches, en signe du baptême, c'est à dire de Pâques qui est une fête de dimanche qui et commémorée par la liturgie de chaque dimanche. Cela n'a pas de sens de reprendre le rite de l'aspersion en semaine. L'ensemble de la liturgie – et pas seulement de la liturgie de la messe – du dimanche est en relation avec Pâques, comme en témoigne par exemple aux vêpres le chant du psaume de la sortie d'Égypte 113, au rite romain] Il est temps surtout de revenir à une alternance des autres possibilités selon les périodes liturgiques ou les occasions. L’aspersion au Temps pascal, par exemple, a un sens pénitentiel lié au baptême, [Pas seulement au temps pascal : le reste de l'année aussi…] de la plus forte expression.

Ajoutons que d’après la dernière édition du Missel romain en français (le petit missel carré d’autel, 1978), la troisième possibilité, celle de la triple invocation, a trois formulaires, et non un seul, et qu’on peut en choisir d’autres, puisque le missel indique: «ces invocations ou d’autres». [Alors évidemment, depuis l'édition typique latine du missel qui date de 2002, et qui ne contient pas ces options, on doit probablement considérer cette remarque comme nulle et non avenue.]

4. La Préparation pénitentielle s’achève par ce que l’Ordo appelle la «prière pour le pardon» que prononce le prêtre: «Que Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde…» Il ne s’agit pas d’une formule d’absolution sacramentelle au sens strict, mais il est bien clair que le prêtre ne parle pas ici pour ne rien dire et que c’est bien le pardon de Dieu qui est offert à chaque membre de l’assemblée. Cela nous rappelle que si le recours au sacrement de pénitence et de réconciliation est requis pour les fautes graves, l’Église dispose de bien d’autres moyens pour apporter le pardon de Dieu aux chrétiens qui se reconnaissent pécheurs. Celui-ci en est un; les fidèles doivent le savoir.

LE CAS DE LA TROISIÈME FORMULE


La troisième formule est celle qui comporte les trois invocations et qui semble de loin la plus utilisée.
[Comme si elle était la plus adaptée… Or nous le verrons, il n'en est rien. Bien au contraire.] C’est celle également qui permet le mieux une certaine adaptation selon, notamment, les lectures du jour. [Comme dans plusieurs passages de cet opuscule « le bon usage », il faut probablement considérer cette dernière phrase comme de trop . Rien dans l'édition typique du missel n'autorise ici une adaptation d'aucune sorte. Ce n'est pas le lieu. « L'équipe liturgique » n'a pas à « composer » une « prière pénitentielle adaptée aux lectures du jour ». Ce qui est curieux d'ailleurs, c'est que dans l'absolu le formulaire du dimanche ne contient pas que des lectures, mais a une antienne d'introït, de communion, trois prières propres : collecte, sur les offrandes et post communion, parfois une préface propre voire un communicantes ou même un hanc igitur propre. Mais jamais les tentatives de créativité des équipes liturgiques ne s'exercent sur autre chose que les lectures bibliques. Ce qui en dit long sur les présupposés qui alimentent l'esprit de ceux qui « préparent » les liturgies dominicales… ]

Mais grand Dieu, miséricorde (c’est le cas de le dire!), que s’est-il passé? Comment en une vingtaine d’années seulement, ce qui est une invocation au Seigneur («Seigneur Jésus…, O Christ…, Seigneur…») et un rappel de ce qu’il a fait pour nous sauver a-t-il pu devenir cette espèce d’examen de conscience maladivement narcissique, où l’on ne cesse de se regarder au lieu de le regarder, Lui? «Nous n’avons pas…, nous n’avons pas su…, nous avons oublié de…» Et quoi d’autre encore? [Bref : le Bon usage reconnaît que cette idée de « prière pénitentielle » qui a fini par s'imposer un peu partout, et qui est une adaptation française du missel puisque rien de tel n'apparaît dans l'édition typique est nulle et non avenue. Un rappel opportun : la raison pour laquelle la 3ème formule n'est pas à privilégier, c'est que de façon antique le Kyrie est traditionnellement attaché à une litanie (comme par exemple la litanie des saints). Que c'était le cri lancé dans l'antique Rome par ceux qui assistaient au triomphe du général. Que c'est concrètement impossible à traduire correctement du grec au français… Et que c'est une acclamation qui est beaucoup plus proche rituellement du Gloria que l'on chantera juste après. La preuve, il n'y a rituellement aucune pause requise entre le chant du Kyrie et celui du Gloria ; au contraire les deux chants doivent s'enchaîner pour justement ne pas laisser le narcissisme du retour sur soi nous faire oublier la présence glorieuse du Christ qui vient visiter Son peuple. L'utilisation de la 3ème formule oblige d'ailleurs à proférer la prière d'absolution – bien sûr non sacramentelle - entre ces deux chants : ce qui est contraire à la dynamique du rite. La 3ème formule si elle est licite, est dans la plupart des cas victime d'une jansénisation rituelle. Nous la déconseillons donc à cause de toutes les difficultés et les abus qu'elle entraîne…]

Ces données concernant la préparation pénitentielle doivent rejoindre chaque lieu, chaque équipe, chaque chrétien, prêtre ou laïc, qui prépare une célébration. Comment? Grâce à vous, lecteurs soucieux que la loi de notre prière liturgique soit la loi de notre foi: Lex orandi, lex credendi.


En tout cas ce qu’il faudrait retenir, c’est que justement le Kyrie ne fait pas partie de la préparation pénitentielle. Cela a donc plusieurs conséquences : la première, c’est que si on utilise par exemple le dimanche le rite de l’aspersion (le répertoire grégorien propose l’antienne Vidi Aquam au temps pascal et l’antienne Asperges me le reste de l’année), cela ne veut pas dire que l’on supprime automatiquement le Kyrie. Le célébrant peut même asperger les fidèles pendant le Kyrie en cas de besoin. Le répertoire grégorien propose ainsi un Kyrie de forme ornée pour les dimanches du temps pascal… C’est bien le signe qu’on peut l’utiliser ! Sinon, il ne serait même pas dans le livre officiel des chants du rite romain, parce que l’aspersion est fortement conseillée le dimanche surtout au temps pascal. La remarque vaut la peine d’être précisée : plusieurs fois des prêtres « formés » (!) nous ont expliqué que pour que ce soir « plus liturgique », il « fallait » supprimer le Kyrie. Mais de quelle liturgie parle t’on ? Deuxièmement, comme on l’a vu, le chant du Kyrie ne peut jamais tenir la place de l’acte pénitentiel qui n’est jamais
ad libitum (optionnel) à la messe. Enfin, il faut tout de même préciser que l’acte pénitentiel qui est préféré en dehors du dimanche – c’est-à-dire les jours ordinaires – c’est bien le Confiteor, puisque c’est lui qui systématiquement est en choix 1 dans le missel. Nous ne nous étendrons pas sur le fait que la traduction française est bien pauvre par rapport à l’original latin, mais nous insisterons sur le fait qu’il est juste de s’incliner en signe de pénitence, et de se frapper la poitrine par trois fois à Mea culpa, Mea culpa, Mea maxima culpa si l’on célèbre en latin ou à « Oui j’ai vraiment péché » si on célèbre en Français. Encore une fois, ce n’est pas parce que la rubrique ne le mentionne pas que c’est interdit. Bien au contraire, c’est un geste immémorial en occident, qui est concrètement entièrement dans la culture, et qui doit donc être favorisé. Si le missel dans ses rubriques laisse une place légitime à l’inculturation de certains gestes, cela ne signifie certainement pas qu’il favorise la déculturation des usages reçus. Et ce geste en fait indéniablement partie.

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