juin
03

Office nocturne de la Nativité de S. Jean Baptiste – 2013

Comme l’an dernier, le 23 juin au soir, nous aurons la chance de célébrer de façon solennelle, à la Grand’Eglise de Saint Etienne, l’office des vigiles – ou matines – de la Nativité de Saint Jean Baptiste, ou la « Noël d’été ».

Pour cet office, nous utiliserons l’ordo du cursus monastique de l’office divin dans sa forme ordinaire, mais l’ensemble sera célébré entièrement en chant grégorien, avec les 12 psaumes, trois cantiques, 12 leçons (lectures) 12 répons, précédés de l’invitatoire et suivis du Te Deum, ainsi que du chant de l’Évangile.

Vous vous intéressez au chant grégorien, vous voulez vivre un intense moment de prière et de célébration solennelle de l’office divin ? Venez chanter avec nous, n’hésitez pas , nous vous accueillons avec plaisir.


Saint Etienne (42000) : la Grand’Eglise, place Boivin.

La nuit de la Noël d’été, « Lucerna ardens et lucens » d’après Dom Guéranger, Cardinal Schuster, Dom Flicoteaux

L’appellation particulière et traditionnelle de la fête de la Nativité de saint Jean Baptiste fut pendant longtemps la « Noël d’été ». De même encore qu’il y avait autrefois deux Matines en la nuit de Noël, Durand de Mende nous apprend, après Honorius d’Autun, que plusieurs célébraient en la fête de saint Jean un double Office. Le premier commençait à la chute du jour ; il était sans alléluia, pour signifier le temps de la Loi et des Prophètes qui dura jusqu’à Jean. Le second, commencé au milieu de la nuit, se terminait à l’aurore ; on le chantait avec alléluia, pour marquer l’ouverture des temps de la grâce et du royaume de Dieu.

La « Noël d’été » a toujours occupé, sur le calendrier, la date la plus favorable à la célébration d’une fête liturgique. Elle se place, en effet, tout au début de l’été, et si, dès cette époque, le soleil inonde de sa joyeuse clarté la ville et la campagne, il ne fait pas encore sentir aux hommes l’ardeur brûlante de ses plus chauds rayons. Rien au contraire de plus doux, de plus paisible, rien de plus souriant que ces premiers jours de l’été romain où la nature se pare de ses plus riches couleurs pour fêter, elle aussi, la naissance du témoin de la lumière.

La liturgie s’applique donc d’une manière spéciale à célébrer la gloire particulière de Jean, le maior inter natos mulierum. C’est pourquoi, alors qu’on célèbre seulement le jour du trépas des autres saints, on fête le jour même de la naissance de Jean, comme ayant été entourée de la splendeur des charismes du Paraclet. Le culte de saint Jean-Baptiste trouva ses propagateurs les plus ardents parmi les moines qui, dans la vie austère passée par le Précurseur au désert, reconnaissaient une sorte de prélude à l’institution monastique. Le patriarche saint Benoît lui érigea sur le Mont-Cassin un sanctuaire où il voulut être enseveli.

L’allégresse, qui est le caractère propre de cette fête, débordait en dehors du saint lieu où elle était célébrée et se répandait jusque sur les Musulmans infidèles. Si, à Noël, la rigueur de la saison confinait au foyer domestique les expansions touchantes de la piété privée, la beauté des nuits de la Saint-Jean d’été offrait une occasion de dédommagement à la foi vive des peuples. Aussi complétait-elle ce qui lui semblait l’insuffisance de ses démonstrations envers l’Enfant-Dieu, par les honneurs rendus au Précurseur dans son berceau. A peine s’éteignaient les derniers rayons de l’astre du jour, que du fond de l’Orient jusqu’à l’extrême Occident, sur la surface du monde entier, d’immenses jets de flammes s’élançaient des montagnes, et s’allumaient soudain par toutes les villes, dans chaque bourgade, dans les moindres hameaux. C’étaient les feux de la Saint-Jean : témoignage authentique, sans cesse renouvelé, de la vérité des paroles de l’ange et de la prophétie annonçant cette joie universelle qui devait saluer la naissance du fils d’Élisabeth.

Les feux de la Saint-Jean complétaient heureusement la solennité liturgique ; ils montraient unies dans une même pensée l’Église et la cité terrestre. Car l’organisation de ces réjouissances relevait des communes, et les municipalités en portaient tous les frais. Aussi le privilège d’allumer les feux était-il réservé, d’ordinaire, aux premiers personnages de l’ordre civil. Les rois eux-mêmes, prenant part à la joie de tous, tenaient à honneur de donner ce signal d’allégresse à leurs peuples ; Louis XIV, en 1648, mit encore le feu au bûcher de la place de Grève, comme l’avaient fait ses prédécesseurs. En certains lieux, la roue ardente, disque enflammé tournant sur lui-même et parcourant les rues des villes ou descendant du sommet des montagnes, représentait le mouvement du soleil qui n’atteint le plus haut point de sa course que pour redescendre aussitôt ; elle rappelait la parole du Précurseur au sujet du Messie : Il faut qu’il croisse et que je diminue. Le symbolisme se complétait par l’usage où l’on était de brûler les ossements et débris de toutes sortes, en ce jour qui annonça la fin de la loi ancienne et le commencement des temps nouveaux, selon le mot de l’Écriture : Vous rejetterez ce qui est vieux, à l’arrivée des nouveaux biens.


Naissance de saint Jean-Baptiste : Zacharie, devenu muet, écrit : »Ioánnes est nomen eíus. » « son nom est Jean ».
vers 1330/40, maître de la Vie de Saint Jean le Baptiste (actif à Rimini entre 1325 et 1350, (Washington, National Gallery)

L’office solennel de nuit : illuminavit mentes hominum – il a illuminé l’intelligence des hommes

Quand, au milieu de ces paisibles réjouissances, la cloche annonce l’office de la nuit, les fidèles, en grand nombre, se rassemblent dans la spacieuse basilique du Latran pour s’unir à la louange de l’Église et célébrer les merveilles que le Christ lui-même, par la vertu de sa grâce, a fait s’accomplir en la personne de son Précurseur.

Après les fameuses vigiles de Pâques et de Noël il n’y a pas dans toute l’Église, à Rome et ailleurs, de nuit plus populaire que celle de la Saint-Jean. Les princes eux-mêmes se faisaient un devoir de prendre part à l’office des vigiles. Le biographe de Robert le Pieux (Helgaud, Via Roberti) ne nous montre-t-il pas le dévot roi de France s’unissant avec ferveur, pendant la nuit de la Saint-Jean, à la prière liturgique des moines de Fleury?

Les vigiles se composent de trois nocturnes et l’office est si habilement disposé, nous allons le voir, que le développement des deux premières veilles de la nuit sert de préparation à la troisième qui a directement pour objet la naissance du Précurseur.

De même que le Christ est préfiguré par les plus grands d’entre les justes de l’Ancien Testament, patriarches, rois et prophètes, de même Jean-Baptiste est annoncé lui aussi par de très saints personnages dont il reproduit en sa personne les traits les plus caractéristiques, non par une coïncidence purement fortuite mais en vertu d’une disposition providentielle. C’est ainsi, par exemple, pour nous en tenir aux ressemblances les plus frappantes que Samuel, Élie et Jérémie trouvent en saint Jean-Baptiste une première réalisation de leur caractère figuratif. Samuel préfigure le Précurseur non seulement parce qu’il naît d’une femme stérile, comme le fruit de sa prière, mais aussi parce qu’il est divinement chargé d’introduire en Israël cette royauté politique qui n’était elle-même qu’une image et une préparation du règne de notre Sauveur. L’ange Gabriel dit de Jean-Baptiste qu’il doit marcher dans la vertu d’Élie ; nous avons parlé du lien qui, dans la pensée divine, rattache le Précurseur au prophète de l’Ancien Testament. Nous remarquons que chez l’un et chez l’autre il y a même austérité, même amour de la solitude et de la contemplation, même zèle jaloux pour tout ce qui touche à la gloire de Dieu (Cf. Dom Flicoteaux, Le culte du saint Précurseur). Mais c’est surtout dans le prophète Jérémie que l’Église retrouve le plus volontiers les traits du saint Précurseur.

Aussi juge-t-elle convenable de lui faire une large place dans la liturgie du 24 juin. Toute une partie de l’office des Vigiles est remplie de la pensée du prophète dont la voix mystérieuse se fait entendre d’un bout à l’autre du premier nocturne, dans les antiennes et les leçons. Jérémie, qui est lui aussi d’origine sacerdotale, prophétise Jean-Baptiste par sa propre naissance, car il sort du sein maternel déjà sanctifié par la grâce divine. Il le préfigure dans tout le reste de sa vie, et plus particulièrement dans le martyre qu’il endure pour les droits de la justice et de la vérité. Il le représente en sa propre personne par la gravité de ses traits, la grandeur de son caractère, la noblesse et la simplicité de sa conduite. Il l’annonce jusque dans l’accomplissement de sa mission qui fut d’arracher, détruire, édifier et planter, comme celle de Jean consistera plus tard à aplanir, redresser, combler et préparer les voies du Seigneur. Enfin si Jean-Baptiste surpasse tous les prophètes, nous savons bien qu’avant lui, il n’y eut pas de prophète plus grand que Jérémie. Voilà pourquoi nous croyons entendre le Précurseur rendre témoignage de lui-même dans tout ce passage dont l’Église nous donne lecture au premier nocturne :

La parole du Seigneur me fut ainsi adressée. « Avant de te former dans le sein de ta mère, Je t’ai connu ; et avant que tu sortisses de ses flancs, Je t’ai sanctifié et Je t’ai établi prophète des nations. » Et je dis : « Ah, ah, ah, Seigneur mon Dieu, je ne sais pas parler, car je suis un enfant. »

Parole également chantée dans un répons du 1er nocturne :


Le répons Priusquam te formarem, restitué par l’équipe de Gregofacsismil

 

R/. Priúsquam te formárem in útero, novi te : et ántequam exíres de ventre, sanctificávi te, * Et prophétam in Géntibus dedi te. V/. Vir diléctus a Deo, et homínibus honorátus est. R/. Et prophétam in Géntibus dedi te.

Rép. 3 R/.Avant que je t’eusse formé dans le sein (de ta mère) je t’ai connu, et avant que tu fusses sorti (de ses entrailles), Je t’ai sanctifié : * Et Je t’ai établi Prophète parmi les Nations. V/.Cet homme aimé de Dieu est aussi honoré des hommes. R/.Et Je t’ai établi Prophète parmi les Nations.

Au deuxième nocturne ; voici le Précurseur bien aimé.

Nous avons au second nocturne ce très antique et très beau répons, le plus beau peut-être de tout l’office du 24 juin, où saint Jean-Baptiste apparaît dans la plénitude de son rôle d’illuminateur :


Le répons Hic Praecursor, restitué par Gregofacsimil.

 

Hic Præcursor dilectus, et LUCERNA LUCENS ante Dominum : Ipse est enim Iohannes qui viam Domino præparavit in eremo : Sed et Agnum Dei demonstravit et ILLUMINAVIT MENTES HOMINUM.

« Celui-ci est le Précurseur bien-aimé et la lampe qui luit devant le Seigneur : car c’est bien Jean lui-même qui a préparé la voie au Seigneur dans le désert, montré du doigt l’Agneau de Dieu, illuminé l’esprit des hommes ».

Dum medium silentium : au cœur de la nuit, la naissance du précurseur.

L’attente de l’Église s’est prolongée pendant la plus grande partie de l’office nocturne ; elle touche à sa fin lorsque commence la troisième veille de la nuit qui doit se clore par le récit de la naissance du Précurseur. Cette lecture constitue l’harmonieux couronnement de tout l’office des vigiles monastiques ; la première des leçons du 3ème nocturne commence par les deux phrases initiales du texte sacré suivies comme toujours de cette même formule : et reliqua. La lecture intégrale de l’évangile du jour n’est faite qu’à la conclusion de l’office et elle l’entoure d’une solennité particulière qui met justement en valeur l’objet du mystère célébré par l’Église. La Règle de Saint Benoît mentionne ainsi :

« Ipso dicto (s. e. Te Deum laudamus), legat abbas lectionem de Evangelio cum honore et tremore stantibus omnibus » (c. XI).

« Une fois cela chanté (c’est-à-dire le Te Deum laudamus, l’abbé lit (comprendre : « chante ») le leçon de l’Evangile avec honneur et crainte, touts étant debout » (chapitre Xième).

L’Église juge que la dernière phase de la nuit est le moment le plus convenable pour situer liturgiquement la naissance de saint Jean-Baptiste ; il est donc bien à propos de faire entendre le récit de cet événement au terme de l’office des vigiles. Sans doute l’évangile ne donne aucune précision sur l’heure à laquelle le fils d’Élisabeth fut mis au monde, mais, dans le plan divin, il existe un rapport si étroit entre la naissance du Christ et celle de son Précurseur, qu’il paraît tout naturel de supposer que les deux événements se sont accomplis l’un et l’autre au milieu du silence de la nuit. En tout cas, le Sauveur s’étant donné lui-même comme le soleil qui illumine le monde, la tradition a reconnu dans l’étoile du matin, qui annonce le lever du soleil en lui empruntant de son éclat, le symbole gracieux du vrai Lucifer, c’est-à-dire de Jean-Baptiste. Cette comparaison illustre à merveille la doctrine des Pères que nous lisons aux deuxièmes et troisièmes nocturnes ; car, d’après eux, si la sainteté de Jean a brillé d’une si vive lumière, c’est afin que la sainteté du Christ, rien qu’en la surpassant, soit reconnue comme la sainteté d’un Dieu. Bossuet fait très justement écho à la pensée des Pères lorsqu’il dit :

« Jésus est grand par naissance, et Jean sera grand par un éclat et un rejaillissement de la grandeur de Jésus » (Élévations, XIe sem., 4e élév.).

Vous trouverez la partition ici en téléchargement, avec tous les textes latin – français.

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juin
18

Saint Joseph ajouté aux prières eucharistiques II, III et IV

Le pape François devrait en parler demain à l’audience générale : par décret de la congrégation du culte divin, Prot. N. 215/11/L le 1er mai , en la fête de S. Joseph artisan on ajoutera désormais obligatoirement S. Joseph aux côtés de la mention de la Vierge Marie.

Le décret en Anglais est ci dessous. Pas de trace pour l’instant de la version française : Peut être est il encore sous embargo ? Cette décision aurait été prise par Benoît XVI avant sa renonciation, et elle est promulguée par le pape François.

En tout cas voici les versions latines des canons I, II et III et IV qu’il faudra utiliser. Pou rappel, dans le « canon romain » (la prière eucharistique I) l’introduction de la mention de Joseph est présente depuis Jean XXIII. Pour une raison inconnue, le parallèle n’avait pas été fait au moment de la réforme liturgique pour les trois autres…

Canon I :  in primis gloriósae semper Vírginis Maríae, Genetrícis Dei et Dómini nostri Iesu Christi: + sed et beáti Ioseph, eiúsdem Vírginis Sponsi, et beatórum Apostolórum.

Traduction « mot à mot » : « en premier lieu la glorieuse Vierge Marie, toujours Vierge, Mère de Dieu et de notre Seigneur Jésus Christ + et aussi le Bienheureux Joseph, l’époux de cette Vierge, et les bienheureux apôtres. »

(Pas de changement, l’ajout de la mention de Joseph date du pape Jean XXIII)

Canon II : : « ut cum beáta Dei Genetríce Vírgine María, beáto Ioseph, eius Sponso, beátis Apóstolis »

Traduction « mot à mot » : « et avec la bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, le bienheureux Joseph, son époux, avec les bienheureux apôtres »

Canon III: « cum beatissíma Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Ioseph, eius Sponso, cum beátis Apóstolis  »

Traduction « mot à mot » : « et avec la très bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, Marie, le bienheureux Joseph, son époux, avec les bienheureux apôtres . »

Canon IV: « cum beáta Vírgine, Dei Genetríce, María, cum beáto Ioseph, eius Sponso, cum Apóstolis »

Traduction « mot à mot » : « et avec la bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, le bienheureux Joseph, son époux, avec les apôtres  ».

Cf. ici : http://wdtprs.com/blog/2013/06/action-item-st-josephs-name-now-in-eucharistic-prayers-ii-iii-iv/

A suivre…


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juin
13

McKinsey, le cabinet en stratégie du S. Père

Plusieurs ont suivi dans le blog « Chiesa » la « bombe » déclanchée par la publication des propos du Saint Père avec une délégation de la CLAR (http://benoit-et-moi.fr/2013-II/articles/le-pape-franois-dialogue-avec-la-clar.html )qui évoque la réalité du lobby gay au Vatican.

Vous me permettrez de ne pas être surpris. Cette « bombe » n’en est pas une : évidemment il y a un groupe de pression homosexualiste au Vatican comme dans beaucoup d’autres endroits de l’Église catholique (http://benoit-et-moi.fr/2013-II/articles/les-voeux-de-rv-au-cardinal-daneels.html ) (http://eponymousflower.blogspot.fr/2012/04/another-homosexual-affirmed-on-parish.html ) (http://www.crisismagazine.com/2013/cardinal-mahonys-la-cosa-nostra ). Curieusement ce sont souvent ces personnes incriminées qui furent les plus enthousiastes au moment de l’apparition de saint Père à la loggia de S. Pierre du Vatican, et qui l’encensent pour son « style » franciscano-jésuite cf : http://rorate-caeli.blogspot.com/2013/03/someone-is-very-happy.html

Bref, ce n’est pas le lieu ici de lever toutes les pierres pour voir dessous grouiller des armées entières de fourmis qui s’organisent et travaillent assidûment contre l’Église. En tout cas l’affaire du Lobby Gay est repris par Sandro Magister dans Chiesa : http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350536?fr=y


Le Cardinal Marx recevant la barrette cardinalice des mains du pape Benoît XVI

Mais ce qui frappe le plus dans cet article de Chiesa, ce n’est donc pas l’aveu des turpitudes de certains ecclésiastiques par le saint père, qui est loin d’être un scoop… C’est bien la façon dont semble se dessiner la réforme de l’Église. Sandro Magister explique que le Cardinal Marx, membre pour l’Europe du panel de 8 cardinaux nommés par le pape pour mener à bien la révision d e la curie a sollicité les conseils un ancien consultant du cabinet de stratégie Mc Kinsey : Thomas von Mitschke-Collande, auteur d’un livre au titre choc : l’Église catholique cherche t’elle à s’auto dissoudre ? Évidemment, ce genre de titre en rappelle d’autres notamment des titres de livres de réflexion sur la liturgie qui étaient paru sil y a pas si longtemps du type de : Peut on continuer à aller à la messe le dimanche sans perdre la foi ? par don Nicola Bux (le titre du livre édité en français était nettement moins… militant.) Intéressé par le personnage, et voulant en savoir plus, j’ai trouvé une interview ancienne (septembre 2012) de Mitschke sur le blog Pray Tell, que je vous propose ci-dessous avec une traduction, des mises en gras et les habituels commentaires.


Septembre 2012 [Cet entretien date d'avant le changement de pape. Ce qui le rend croustillant]

Entretien avec Thomas von Mitschke-Collande sur la réforme de l’Église

Un consultant bavarois analyse la crise de l’Église.

Est-ce que l’Église catholique est en train de sortir du jeu ? C’est le titre provocateur d’un nouveau livre. L’auteur est un ancien consultant de chez MacKinsey, [Pour ceux qui ne voient pas biend e quoi on parle Mc Kinsey est le cabinet de stratégie de référence dans le monde entier. D'origine américaine, ses collaborateurs sotn triés sur le volet et conseillent les plus grands groupes industriels et de service dans le monde entier, ainsi que les plus grosses fortunes. Il n'est pas banal de voir une personne qui a frayé avec les plus riches de se voir convoqué pour conseiller à terme le pape des pauvres.] Thomas von Mitschke-Collande qui a conseillé la conférence des évêques allemande et plusieurs diocèses. Dans cet entretien, l’homme de 62 ans propose son diagnostic et suggère un traitement pour la crise de l’Église.

M. von Mitschke-Collande, êtes vous comme le suggère le titre de votre nouvelle publication, le sarrasin catholique ?

Si ce livre déclenche le même débat à l’extérieur ou à l’intérieur de l’Église, si il est aussi controversé, alors la comparaison ne me posera pas de problème. Mais en cas contraire je ne voudrais pas que nous soyons « logés à la même enseigne ». [L'auteur n'hésite donc pas apparemment, à taper dans la fourmilière !]

Quel est votre sujet ?

L’Église officielle devrait reconnaître la gravité de la situation et saisir l’occasion pour envisager le futur non pas avec un comportement référent au passé, mais dans une stratégie d’avancée. L’Église n’a pas de problème de demande, mais un problème d’offre. [Une vision des choses qui est évidemment très business, et on devine encore chez l'interlocuteur une volonté un peu provocatrice, qui est très loin de la « langue de buis »] Elle atteint de moins en moins de personnes, telles qu’elles sont, avec leurs espoirs et leurs besoins. En réalité, l’Église devrait être en plein boom. [L'Eglise a un potentiel pour faire de bons produits, mais elle n'a pas de business plan…] Bien plus qu’auparavant, les gens sont en quête de spiritualité, de communauté, de direction. Ce que je traite est entièrement décrit dans la première phrase du livre : « Je préférerais casser la loi de l’Église plutôt que le cœur d’un homme ». C’était la ligne de conduite pastorale de mon dernier curé. [Mitschke semble donc penser que le problème de l'Église est avant tout un problème disciplinaire… Mais attendons pour la suite pour voir.]

Tous ceux qui lisent votre livre ont l’impression que vous avez fini par perdre patience avec votre Église. Est-ce que ce fut un moment décisif ?

En fait non. Ce livre a évolué petit à petit, à partir des conférences, publications, observations et discussions de ces dernières années. Dans certains endroits, les expériences illustrent le contenu, spécialement en ce qui concerne le contexte de la planification régionale avec mon évêque diocésain Mgr Konrad Zdarsa à Augsburg. J’ai pu expérimenter l’impuissance des fidèles face aux décisions de l’autorité épiscopale, le désespoir de beaucoup de catholiques engagés qui sont passés à la colère et à la déception. [Mitschke semble également déoncer un certin autoritarisme clérical. Son expérience provient avant tout de difficultés d'ordre local, cela ne concerne pas vraiment judsqu'ici un problème d'ordre universel]

Qu’est ce qui aurait pu être fait de façon différente ?

On a mais la charrue avant les bœufs. Plutôt que d’intégrer les gens depuis le début, on leur a dit c’est comme ça désormais. [Cela rappelle tout de même furieusement ce qui a pu se passer en France notamment dans els années 1970, où le grand chambardement a surtout été l'œuvre du clergé, contre l'avis des fidèles. Cf. Mgr Gaidon http://www.editions-emmanuel.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=134 ] Maintenant, il n’y a pas grand-chose qui se déroule en conformité avec le plan initial, et c’est dû au fait que beaucoup de catholiques du diocèse d’Augsburg ne sont pas impliqués et ont protesté. Cependant il n’y a pas de révolutionnaires. [ Mitschke ne parle donc pas des initiatives dites populaires en faveur du mariage des prêtres, de l'intégration des divorcés remariés ou encore de la reconnaissance des « droits » homosexuels dans l'Église etc… qui fleurissent un peu partout en Allemagne et en Suisse] Évidemment, on devrait faire de plus larges zones pastorales. LA question fondamentale, c’est : comment faire pour établir et promouvoir la vie de l’Église à la base ? C’est à partir de là seulement que des structures hiérarchiques devraient se développer.

Vous diagnostiquez chez preneurs de décision de l’Église des mécanismes puissants de répression. Comment voulez vous vous en débarrasser ?

Les données que j’ai réunies ne sont pas nouvelles. Mais j’espère que leur synthèse compacte n’affaiblira pas leur effet. Nous avons une crise de la foi et une crise de l’Église. Les deux sont liées et les deux doivent être traitées de façon simultanée. [doctrine et ecclésiologie sont profondément dépendantes l'une de l'autre. Et j'ajouterais : qu'elles sont également en lien fort, justement, avec la liturgie] Et de l’autre côté, nous avons un problème de ressource.

L’Église catholique en Allemagne a désormais quatre fois plus d’argent – ajusté à l’inflation – qu’en 1960. Pendant la même période, la participation des fidèles à la vie de l’Église est tombée de 50% à moins de 13% aujourd’hui. [la ressource qui pose problème en tout cas en Allemagne, ce n'est pas l'argent. Allons même plus loin c'est probablement l'argent qui pourrit l'Église en Allemagne.] Si bien qu’on a un problème de relationnel et de communication. C’est là que devraient commencer les délibérations. Il ne s’agit pas de se conformer à l’esprit de l’époque. L’Église doit, sur la base de l’Évangile, interagir avec le siècle, répondre aux questions que les gens se posent aujourd’hui, et comprendre.

Vos propositions cherchent à changer la culture de l’Église sur la façon dont elle réalise des choses. L’expérience montre qu’un tel processus demande du temps. Qu’est ce qu’il faudrait faire d’abord ?

Les responsables devraient d’abord avoir le courage de faire face au diagnostic. Peut être que l’image dans son ensemble n’est pas complète, mais elle est consistante. Le point de départ, c’est le changement de la façon de s’envisager soi même. L’Église existe pour les gens, elle doit de nouveau être plus évangélique, simple. [En tout cas en France, il est clair que l'Église se voit encore comme une sorte de condition sine qua non de la cohésion sociale, alors même que la classe politique lui refuse désormais ce rôle. L'Église dans sa structure hiérarchique, en croyant par là adopter une tactique qui lui permettrait de conserver ses acquis n'ose pas de parole contestatrice. L'action dans la société ne doit jamais être faite « en tant que chrétien ». C'est l'héritage philosophique - discutable aujourd'hui – de Maritain. Nos clercs nous ont expliqué pendant plus de 30 ans qu'il fallait renoncer à vivre en chrétienté, et pourtant, ils font tout comme si la chrétienté existait encore. L'Église doit donc entrer dans une logique de conquête évangélique du monde qui l'entoure et non pas vivre comme si tout allait de soi, dans une structure d'apologétique défensive] Nous avons besoin d’une théologie de l’échec et de la compassion afin d’être de nouveau crédibles. [On ne voit pas très bien de quoi il veut parler. La théologie de l'échec, par exemple si c'est la prise en compte et la reconnaissance au niveau pastoral par exemple des échecs de mariages ou de l'éducation… C'est alors une façon d'intégrer la contrainte. Par contre, si c'est la prise en compte même de la réalité de la relativité du monde par rapport à la radicalité évangélique…. Ca devient intéressant. Et réellement théologique.] Ce n’est pas synonyme avec l’affaiblissement des principes dogmatiques, on peut s’inspirer de l’Église orthodoxe. [Pendant 40 ans on nous a expliqué que l'Église latine n'avait rien compris et que le bon modèle c'était l'orient. Bon, il ne faut pas rêver : dans l'orthodoxie il ya aussi de graves problèmes ecclésiologiques, mais aussi et donc : doctrinaux] Alors l’Église a besoin de devenir davantage catholique et pas romaine.

Qu’est ce que vous voulez dire ?

Vous ne verrez jamais une entreprise multinationale avoir un hymne national approuvé par le quartier général. [Principe de subsidiarité. C'est dans la doctrine sociale de l'Église. C'est aussi clairement la vision de Vatican II tant pour la question liturgique que la question de la direction de l'Église. Mais tout ça reste à appliquer….]
Le sommet ne devrait pas contrôler tout mais se concentrer sur la préservation des vérités de base. L’Église s’est superbement développée lors du premier millénaire sans le centralisme. [Je n'oublie pas que je suis un mérovingien, né trop tard, dans u onde trop vieux.] « Catholique » signifie aussi l’implication de tous, l’appel à chacun, [On nous dit il n'y a pas de crise des vocations, il n'ya qu'une crise des réponses… Ca reste donc à démontrer : est ce que l'Église, nos prêtres, nos pasteurs, appellent vraiment ? Et cet appel, est il dans un esprit administratif ou réellement pneumatologique ? J'ai la réponse. Vous voyez laquelle…] pas seulement l’existence d’une tête. (…)

Vous défendez la« désobéissance loyale ». Un consultant d’affaires perdrait immédiatement son job s’il conseillait au salariés de son client de s’opposer davantage à ses patrons.

Ca va peut être vous surprendre, mais une règle fondamentale de la société Mc Kinsey est justement : un employé est contraint d’objecter qu’il a une opinion différente de son chef. Et ce dernier est contraint de prendre en compte la critique. [Beaucoup de blogs dans le milieu catho sont de façon reflexe seulement et uniquement la voix de son maître. On n'ose plus rien dans le catholicisme français, rien d'autre que de dire ce qu'a déjà dit le Cardinal par exemple. Or il faut être capables de propositions, de déplacer els lignes. Le sensus fidei n'est pas uniquement clérical. Mais pour cela il faut aussi accepter la véritable obéissance. Et c'est ce hiatus qui existe aujourd'hui dans l'Église entre initiatives des laïcs et la capacité des clercs à se faire obéir qui stérilise la vie et la mission chrétiennes.]

Qu’est ce que ça pourrait donner, si on l’appliquait à l’Église ?

Nous parlons de réformes depuis des années et rien ne se passe. Au bout d’un moment, il faut bien faire quelque chose. Aujourd’hui nous avons une sorte d’esprit de pré réforme partout. Il ya suffisamment d’écueils. Et il y aussi des puissantes possibilités de communication. De chez les catholiques en colère, viendront des catholiques courageux. Pour que quelque chose commence à rouler, il nous manque peut être seulement une figure charismatique comme François [cet entretien était avant l'élection papale] ou Martin Luther [je préfère nettement le premier. Parce que justement, le second ce fut une initiative probablement justifiée mais qui ne fut pas capable de sensus Ecclesiae et qui à terme a emporté avec lui toute une civilisation. L'Europe ne s'en est toujours pas remise.]. N’oublions pas. Beaucoup de saints furent d’abord des outsiders rebelles. [Ou pas. Des gens énergiques, avec une grande créativité, une capacité d'action, un goût pour aller au bout des choses, qui parfois ne fut pas compris. Mais le mot rebelle s'applique davantage à mon sens, aux pécheurs et à Lucifer.] Mais on en devrait pas non plus exclure la possibilité que l’Esprit Saint vienne de nouveau et nous donne un révolutionnaire aussi attachant que Jean XXIII sur le siège de Pierre. [L'a t'on désormais avec François ? L'avenir nous le dira] Nous n’avons pas un problème de connaissance mais un problème d’action.

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juin
05

L’interprétation du chant grégorien

(republication d’un article de 2009, à toutes fins utiles).

On nous pose depuis quelques semaines la question de notre vision de l’interprétation « authentique » du chant grégorien. Question évidemment très difficile, parce que personne n’a d’enregistrement audio des chantres du IXème siècle… A cette question il nous faut pourtant répondre, parce que l’éventail des possibles est aujourd’hui suffisamment ouvert pour que les gens qui nous sollicitent pour intervenir dans les paroisses ou autres lieux de culte aient « matière à s’inquiéter » de ce qu’ils vont trouver. La question nous est également posée par d’autres chœurs grégoriens qui cherchent à évaluer si oui ou non, nous allons réussir à chanter ensemble… Il nous fallait donc essayer de traiter cette question cruciale et délicate ; nous le faisons aujourd’hui parce que nous considérons avoir pris suffisamment de recul par rapport à la question et ses débats, et également parce que plusieurs publications nous sont parvenues récemment sur ce sujet.

Il est intéressant de constater que l’ensemble des débats est situé en relation avec l’interprétation solesmienne du chant grégorien. Au sujet de l’interprétation, la question se résume même parfois à « êtes-vous pour ou contre Solesmes ? ». En réalité, évidemment, nous considérons que la question ne doit pas se poser en ces termes, puisque nous ne sommes pas un chœur monastique, et que notre objectif n’est pas de créer une sorte de « Solesmes en Yvelines », ou de « diocèse de Versailles sur Sarthe ». Par ailleurs, de quel Solesmes parle-t’on ? Solesmes reçoit des critiques à l’intérieur de sa propre tradition d’interprétation, ou des critiques fondées sur des postulats interprétatifs tout à fait extérieurs à sa tradition mais toujours à l’encontre de cette dernière. C’est bien le signe que c’est aujourd’hui Solesmes, qui a le plus travaillé et pratiqué cette question, et que le « paysage grégorianiste » ne peut pas, au XXIème siècle faire autrement que s’organiser en fonction de la façon dont chante Solesmes. C’est donc en fonction de ce que fait Solesmes que nous articulerons notre réflexion.

Débats sur l’interprétation du chant  à l’intérieur de la tradition solesmienne

            « Gajardiens » contre « Cardinistes »

Nous avons reçu par email, via l’entremise de M. Philippe Fabre (qu’il en soit ici remercié) un numéro en édition électronique de la revue Una Voce. Una Voce est connue dans le milieu « liturgiste » pour sa défense, depuis quarante ans, de la messe selon l’usus antiquior (ou forme extraordinaire du rite – FERM, ou « messe de Saint Pie V »). Dans ce numéro de juin-juillet dernier (n°266), nous y avons trouvé un article sur le chant grégorien signé par M. Philippe Bévillard, qui milite activement pour cette association. M. Bévillard a été pendant des années le maître de chœur de Notre-Dame des Armées, à Versailles ; il a collaboré très fortement avec la Schola Saint Grégoire du Mans, qui enseigne selon la « méthode de Solesmes », c’est-à-dire en fonction des principes établis dans les années 1950 par Dom Gajard, le maître de chœur d’alors dans l’abbaye bénédictine.

M. Bévillard nous propose dans son article une synthèse des positions respectives au regard de l’interprétation du chant grégorien des positions des « gajardiens » contre les « cardinistes ». Ne faisons pas peur à nos lecteurs : oui, effectivement, ce qui est traité ici, c’est bien des la question des chikayas entre spécialistes, c’est-à-dire ceux qui défendent une position qu’aurait enseignée d’une part Dom Gajard, ancien maître de chœur de l’abbaye Saint Pierre de Solesmes et résumée dans un opuscule publié sous le titre « la méthode de Solesmes », et d’autre part ceux qui défendent l’école de Dom Cardine, moine de Solesmes (également !), directeur de l’atelier de paléographie et professeur à l’Institut pontifical de musique sacrée de Rome, et dont les recherches en sémiologie ont marqué et influencé l’interprétation solesmienne après Dom Gajard (notamment à partir du moment où dom Gajard a passé la main, en tant que maître de chœur, à Dom Claire, en 1971).

Vous l’avez compris, il y aurait, dans l’esprit de nos amis d’Una Voce, le postulat de base de cet article repose sur la « rupture », initiée par Dom Cardine, d’avec l’ensemble de l’interprétation réputée « traditionnelle » du chant grégorien, appuyée sur les travaux de Dom Mocquereau (Le nombre musical grégorien) et de son « héritier légitime », Dom Gajard. En face, dans une optique d’herméneutique de rupture, se tiendraient les tenants de Dom Cardine, et ce que d’aucuns on pu appeler la « nouvelle méthode de Solesmes ». Cette idée est communément admise à l’intérieur du milieu traditionaliste…

Pour les disciples de Dom Cardine, la possibilité d’avoir des temps composés de plus de trois temps est si évidente qu’elle s’intègre tout naturellement à leur interprétation. Ils ne comprennent même pas qu’il puisse en être autrement. Pour ceux de Dom Mocquereau, le problème se pose de façon tout autre. Cette possibilité existe bel et bien, mais ils refusent de l’utiliser pour deux raisons : 1/ à leur avis elle porte gravement atteinte au « sacramental » qu’est le chant grégorien : 2/ ils craignent que l’unité du chœur ne puisse supporter des temps composés de 4, 5 ou 6 temps élémentaires. (Philippe Bévillard, À propos de la longueur binaire ou ternaire des temps composés, Una Voce 266, mai-juin 2009, p.8)

Là où l’article est intéressant, c’est qu’il propose une façon d’essayer de dépasser cette « opposition » entre les deux « écoles ». Il propose des pistes pour que les « opposants » s’entendent et trouve un terrain commun.

À la fin de cette petite étude, nous pensons qu’il ne faudrait par grand chose pour que les disciples respectifs de Dom Mocquereau et de Dom Cardine s’entendent sur ce point : un peu moins de dogmatisme pédagogique pour les premiers, et théoriques pour les seconds. (Philippe Bévillard, À propos de la longueur binaire ou ternaire des temps composés, Una Voce 266, mai-juin 2009, p.9)

On observe dans la conclusion de M. Bévillard que ce qu’il avance, c’est qu’en fin de compte, Dom Cardine a raison « théoriquement » mais que la Schola Saint Grégoire (qui se réclame de l’enseignement de Dom Gajard) a raison « pédagogiquement ». Ce qui signifie bien qu’il faudrait reconnaître qu’en fin de compte c’est cette méthode gajardienne qu’il faudrait de toutes les façons retenir pour un chœur comme le nôtre (c’est-à-dire un chœur paroissial), ou plus généralement tous les chœurs non professionnels voire non monastiques.

Une opposition sans réel fondement

Vous comprenez très bien également que quant à nous, nous avançons qu’il y a bel et bien une herméneutique de continuité dans l’interprétation solesmienne, de Dom Mocquereau à Dom Lelièvre (l’actuel maître de chœur). Evidemment les chikayas ont existé. Ce furent des disputes de théoriciens et de pédagogues, pour ne pas dire des querelles de clochers et de personnes. Dans le milieu grégorianiste comme ailleurs, les personnalités sont fortes, et cette « polarisation » entre le « gajardisme » et le « cardinisme » est le fruit d’une autre polarisation, toute aussi artificielle : celle des deux formes du rite romain. Il n’est pas vraiment surprenant, que sauf exception notable[1], la plupart des « gajardiens » soient traditionnalistes et la plupart des « cardinistes » ne le soient pas. Mais justement, il faudrait raison garder : la fidélité envers les maîtres, le respect affectueux auquel ils ont droit n’oblige pas l’intelligence.

Philippe Bévillard écrit :

« À notre connaissance, aucun de ces auteurs [les critiques de la « méthode gajardienne »] n’a fourni de critique sereine et objective de La Méthode de Solesmes » ;

Cette affirmation  nous semble tout à fait erronée ; il y a notamment un point qui est non seulement critiqué mais qui est très souvent mis en avant par les (réputés) opposants de la « méthode gajardienne », c’est l’interprétation du Salicus. Mais c’est un autre sujet. Dans la même phrase, Philippe Bévillard ajoute : « plus grave, Dom Jean Claire et le Chanoine Jean Jeanneteau mis à part, leurs écrits révèlent une incroyable méconnaissance de la théorie rythmique de Dom Mocquereau. ». (ibid. p. 4). Philippe Bévillard a par contre sur ce point parfaitement raison. Ce que rejettent les opposants à la « méthode gajardienne », ce ne sont pas tant les principes rythmiques sous-jacents qui viennent de Dom Mocquereau, mais pour le système pédagogique qu’impose l’opuscule intitulé « la Méthode de Solesmes » de Dom Gajard – le comptage des ictus, sous entendant « la limitation à deux ou trois du nombre de temps premiers par temps composé » (ibid. p. 4). Il y a des critiques recevables et reçues largement en dehors des milieux traditionnalistes à la fois sur des plans théoriques et pédagogiques, à la « méthode gajardienne » : rendons justice à M. Bévillard, qui les cite d’ailleurs lui-même dans pas moins de quatre exemples. Complétons juste par une idée supplémentaire pour aller encore plus loin dans ce sens : une synthèse entre sémiologie, modalité et prosodie aurait encore plus démontré, dans cette étude, les limites du système pédagogique « gajardien ».

A partir de ces constats, nous concluons que les oppositions stériles qui peuvent opposer les soit disant écoles « gajardienne » et « cardinienne » peuvent et doivent désormais être dépassées. Disons même les choses : cette opposition n’existe que dans l’esprit de ceux qui souhaitent une polarisation et qui considèrent que les années 1970 soient une sorte de fossé infranchissable, qui a correspondu à une refondation de l’Eglise et de sa liturgie (soit pour s’en réjouir, soit pour le déplorer…). Il faut accepter de considérer que l’opuscule de référence « la méthode de Solesmes » publié par dom Gajard comme un article de la « revue grégorienne » est une sorte de « reader’s digest » du « Nombre musical » de Dom Mocquereau ; que ce résumé, aussi brillant soit il, est l’œuvre d’une époque, et qu’il a ses limites, comme d’autre ouvrages de vulgarisation du chant grégorien. Dom Gajard lui-même n’appliquait pas la « méthode de Solesmes » à Solesmes… !

C’est l’actuel directeur de l’atelier de paléographie musicale de Solesmes (Dom Daniel Saulnier) qui le rappelle lors d’une conférence donnée au 8ème Congrès international de l’AISCGre. Intitulée Les racines de l’interprétation de dom Eugène Cardine, Joseph Pothier et André Mocquereau, elle devrait clore de façon définitive ce débat qui a causé l’éclosion de trop d’inimitiés dans les milieux grégorianistes:

Dom Cardine aurait été le premier surpris d’apprendre qu’il avait une «interprétation » du chant grégorien et qu’on pourrait s’y référer, voire en débattre encore 20 ans après sa mort.

Déjà, lorsque les plus convaincus de ses anciens élèves – et nombreux sont encore ici – élaborèrent les statuts de ce qui devait devenir l’AISCGre, le P. Cardine refusa catégoriquement que cette association porte son nom, comme le désirait pourtant plusieurs des premiers associés.

Vous savez comment il le fit… Comme il l’avait fait auparavant pour tant de contradictions, il surmonta celle-ci d’un froncement de sourcils accompagné d’un grand sourire !

Que Cardine n’ait pas eu d’interprétation au sens que nous donnons aujourd’hui à l’interprétation de tel ou tel grand musicien, j’en vois encore la preuve dans un petit événement qui se déroula à Solesmes, au cours de ces douloureuses dernières années qu’il passa à l’infirmerie.

C’était le 15 août 1986 ou 1987. J’étais passé le saluer fraternellement après la messe conventuelle. Il me regarda malicieusement et me dit : « au début du verset du graduel Audi filia, dans le neume aigu de Specie tua, quelle est la note importante ? »

Je dois dire que je ne fus pas pris au dépourvu, la question ayant fait souvent l’objet de remarques de la part du maître de chœur (Dom Jean Claire) en répétition, à propos de ce graduel ou de contextes parallèles dans l’aigu du 7e mode.

« C’est le fa… », répondis-je, sans hésiter.

Et je pus voir un magnifique sourire illuminer le visage de D. Cardine.

« D’ailleurs, la modalité le montre bien », complétai-je, un peu imprudemment.

Et le sourire de disparaître instantanément, pour laisser place à l’affirmation nette et précise : « Moi, je suis l’homme du signe ! »

C’est pourquoi je pense que, plus que l’homme d’une interprétation, Cardine fut vraiment « l’homme du signe ». Et ce n’est pas pour rien que son œuvre maîtresse, à côté de tant d’articles et de notes de recherche, demeure la Sémiologie grégorienne, référence pour tant de maîtres dans le monde entier. Traduites dans tant de langues : italien, français, anglais, allemand, espagnol, japonais, coréen…

Par contre, Dom Cardine est probablement la personne qui, au XXe siècle, a le plus contribué au progrès de l’interprétation grégorienne. C’est cela que j’aimerais vous montrer aujourd’hui, et, rassurez-vous, cela nous permettra de répondre au passage à la question posée par les organisateurs de ce Congrès.

Comme cela est normal, je me référerai ici en priorité aux derniers travaux de Dom Cardine, et tout particulièrement à l’ultime texte qu’il prononça en public: « Les limites de la sémiologie en chant grégorien ». C’était à Luxembourg en 1984. Le texte original fut publié dans les Etudes grégoriennes en 1989. Dom Cardine encadra lui-même son exposé de cette petite phrase significative : « Ceci est mon testament ».

Les neumes et la sémiologie à la base de l’interprétation grégorienne

L’héritage de Dom Mocquereau

Dom Cardine le dit lui-même dans ce texte comme dans tant d’autres interventions : les neumes sont et doivent être à la base de toute vérité dans l’interprétation grégorienne.

Cette intuition qui a guidé toute sa recherche, il l’a reçue de dom André Mocquereau, le fondateur de la Paléographie musicale, qui écrivait dans la préface du volume I :

« [Les premiers manuscrits notés] ne sont pas les anciens maîtres dont nous voudrions entendre les enseignements, mais ils sont la traduction par l’écriture de ce que ces maîtres enseignaient et exécutaient, et partant, pour qui sait lire et comprendre cette écriture, l’expression la plus parfaite des cantilènes liturgiques ».(Paléographie Musicale I, 1889, p. 13.)

Remarquons au passage l’équilibre d’une telle affirmation, qui place déjà le donné neumatique médiéval dans une situation très différente de ce que sera plus tard la partition : Ce donné neumatique fait référence, mais suppose qu’on sache le lire et comprendre. Curieusement, la postérité ne retient de l’œuvre immense de Dom Mocquereau que leNombre musical grégorien, cet essai théorique de rythmique naturelle appliquée au chant grégorien.

Peu de gens d’ailleurs ont eu le courage de le lire, et préfèrent en parler de seconde main, à travers les présentations pratiques très simplifiées vulgarisées pendant près d’un demi-siècle par Dom Joseph Gajard. C’est oublier que l’idée du Graduel neumé ne vient pas de Dom Cardine. Elle avait déjà été mise en œuvre par Dom Gajard sur l’Edition Vaticane, mais surtout par Dom Mocquereau sur le Graduel de Solesmes de 1883.

La première source de l’œuvre de Dom Cardine, son premier inspirateur, son maître, c’est sans aucun doute Dom André Mocquereau.

« S’il y a un fondateur d’École qui ait joui d’un charisme évident pour engager hardiment la recherche dans une voie à laquelle personne ne pensait, et que certains même – et pas des moindres – récusaient, c’est D. Mocquereau en 1888. Par la Paléographie Musicale, il est vraiment le seul fondateur de la science grégorienne objective, appuyée sur les plus anciens manuscrits; il en a tracé, prophétiquement, le programme qui se développe depuis cent ans, de façon continue, et – à y regarder d’un peu haut – de façon harmonieuse. Il suffit qu’à chaque génération surgisse un «fils de prophète» qui maintienne le cap dans la bonne direction, et continue sur la lancée: Dom Cardine en a été, magnifiquement; et Dieu veuille qu’il n’en manque jamais! » (J. Claire)

Ce qui différencie Cardine et Mocquereau, c’est plutôt surtout le contexte dans lequel ils évoluent. André Mocquereau restera toujours un précurseur et un fondateur. C’est homme qui vient de la musique classique et découvre – tardivement et presque contraint – le répertoire médiéval, pratiquement méprisé par les musiciens de son temps. (P. Combe)

C’est un explorateur qui essaie, une à une, avec un succès variable, les différentes possibilités de comprendre et d’expliquer un objet inconnu. Eugène Cardine, lui a grandi dans la musique liturgique de son temps, et baigné dans le chant grégorien dès sa jeunesse.

« Initié tout jeune à la musique par un frère aîné à la pédagogie souveraine, il était vite devenu pianiste et organiste, sinon virtuose, du moins bien armé, et avait été maître de chœur pendant ses deux dernières années de grand séminaire à Bayeux. » (J. Claire)

Ayant commencé sa formation sacerdotale avant d’entrer au monastère, il sera rapidement versé dans le chant et l’étude paléographique, et il s’y donne avec passion.

Il n’a pas l’ampleur de vues du fondateur. Mais il sait travailler, étudier et comparer minutieusement les détails. Par ailleurs, comme tous les grégorianistes de son temps, il a été formé à la méthode de Solesmes. « Il connaissait donc, pour l’avoir pratiquée et enseignée, la «méthode de Solesmes» et ses inflexibles rouages. Dès son entrée à Solesmes, en octobre 1928, il ne fut pas peu étonné de constater qu’elle n’était appliquée au chœur qu’avec réserve, et cela en présence de Dom Mocquereau lui-même, et sous la direction de Dom Gajard. Déjà les «règles» étaient tempérées par le «style»… Il racontait qu’aux classes de chant du noviciat, Dom Gajard devait modérer sa rigueur, leçon qui devait porter ».(J. Claire)

Et son tempérament réactif va s’exercer sur cette méthode, et davantage d’ailleurs sur les vulgarisations de Dom Joseph Gajard que sur les principes théoriques de Dom Mocquereau. On a beaucoup exagéré la continuité entre André Mocquereau et Joseph Gajard. Le fait est que le second s’est toujours proclamé le fidèle continuateur du premier. Et c’est sans doute à cela qu’il doit sa carrière. Mais la succession ne fut pas si simple (J. Claire). Avec Dom Gajard, déjà chantre sous la direction de Dom Mocquereau, le chant se transforma. Il devint probablement plus lent, moins rigoureux dans sa rythmique, et progressivement plus nuancé vocalement. C’est à Dom Gajard qu’on doit l’assouplissement des règles rythmiques au profit de ce qu’on appellera bientôt le « style ».

C’est ce chant-là que Cardine découvrit au monastère et qu’il pratiqua jusqu’en 1952, comme deuxième, puis comme premier chantre. C’est dans ce style de chant que Cardine va intégrer sa recherche sur les neumes. Et j’insiste sur le mot « intégrer ». En un sens, Eugène Cardine n’a pas remis en cause la Méthode de Solesmes.

Bien sûr, il en a montré les erreurs intrinsèques. Il s’est battu avec fougue contre ses limites. Mais il n’a pas bâti une autre interprétation. Il n’en avait ni le temps ni les moyens. Il a simplement introduit un nouveau paramètre de l’interprétation : les neumes.

En effet, à travers Dom Mocquereau et le style de Solesmes, Dom Cardine reçoit un autre héritage, auquel sa recherche sur les neumes va s’intégrer, et dont la recherche moderne va démontrer la pertinence.

Le chant grégorien, déclamation soignée et solennelle de la parole latine, Dom Joseph Pothier – chanoine Augustin Gontier

On me demande souvent quelle formation musicale reçoivent les jeunes gens qui entrent comme moines à Solesmes. Pour la plupart d’entre eux, le plus souvent non formés musicalement, il s’agit en fait d’une formation de type monastique traditionnel, basée sur la mémorisation progressive du répertoire. Ce que le Moyen Age appelait la recordatio.

Bien sûr il y a une initiation au solfège et des classes de chant pour les novices et la communauté. Mais la principale classe de chant, c’est la célébration quotidienne de la liturgie.

Le jeune moine, qui se trouve normalement à la dernière place, apprend le chant en insérant progressivement – et prudemment, en général – sa voix dans l’ensemble vocal formé par ses anciens. Avant même qu’il ait pu apprendre les règles du chant, des neumes ou du solfège, il aura pris des habitudes vocales et interprétatives qu’il gardera toute sa vie. Nous sommes dans un contexte d’apprentissage caractéristique en musique traditionnelle.

Eugène Cardine n’échappe pas à ce processus, d’autant que tout ce qu’il a appris du chant grégorien avant d’entrer à Solesmes, c’est la fameuse « méthode de Solesmes », que Dom Gajard devra lui apprendre à nuancer dès son entrée dans la schola. (J. Claire)

En effet, à Solesmes, on n’a jamais chanté selon les règles de la fameuse « méthode ». Sous la direction de Dom Guéranger, grâce au conseil d’un chanoine de la région, Augustin Gontier, les moines avaient très tôt pris l’habitude de valoriser le texte chanté à la manière d’une lecture.

« La règle qui l’emporte sur toutes les règles est que, excepté dans la mélodie pure, le chant est une lecture intelligente, bien accentuée, bien prosodiée, bien phrasée ; une lecture qui fait comprendre le texte liturgique à celui qui a l’intelligence de la langue ecclésiastique » (A. Gontier, Méthode raisonnée de plain-chant, Le Mans 1859, p. 14.)

Cette manière de chanter semble avoir été très nouvelle. Très vite elle va être formulée et exposée en détails dans Les mélodies grégoriennes d’après la tradition, de Dom Joseph Pothier.

Le livre ne devait paraître qu’en 1880, pour diverses raisons, surtout économiques. Mais des recherches attentives ont montré qu’il était prêt dès la fin des années 60.( P. Combe)

Ce « style oratoire » ou « rythme oratoire » n’est pas une théorie, comme le Nombre musical grégorien de Dom Mocquereau, qui a subi la forte influence du musicologue allemand Hugo Riemann. C’est une vraie méthode de chant, dans la ligne des innombrables méthodes qui fleurissent depuis le XVIIIe siècle. Mais c’est une méthode de chant profondément renouvelée, par la place importante qu’elle accorde aux sources historiques et manuscrites.

Parce que le rythme de Dom Pothier est beaucoup plus souple que celui de Dom Mocquereau, il a été attaqué comme imprécis. Cette imprécision est tout à fait réelle pour une certaine conception de la théorie musicale, qui a largement dominé la première moitié du XXe siècle. Pour un « public » comme les moines, peu compétent en théorie musicale, c’est au contraire un chemin souple et assez facile, sur lequel une communauté peut parvenir à l’unanimité vocale.

Comme la méthode est basée sur le « dire », le « lire ». Dom Cardine n’a pas longuement disserté sur cette interprétation, mais elle affleure partout et sans cesse dans son enseignement et dans les marges du Graduel neumé (Sémio esthétique). Les thèmes majeurs de son enseignement s’y rattachent tous: accentuation, crase, articulation syllabique, liquescence, valeur syllabique, et même la coupure neumatique dont l’interprétation renvoie souvent à des notions verbales (Le thème sera largement développé par son premier élève, Luigi Agustoni.). Lors de l’étude de chaque neume, le contexte verbal apparaît comme le premier élément pris en compte.

Cette interprétation, fondée sur la déclamation du texte chanté remonte donc à Dom Joseph Pothier, Augustin Gontier et – à travers eux – à Dom Guéranger lui-même. Elle constitue l’essentiel de ce qu’on a appelé par la suite le « style de Solesmes ». Elle est plus marquée qu’on ne le pense par le contexte général de la musique post-romantique, et spécialement de la musique post-romantique française. Peut-être n’est-ce pas assez connu, mais il y a une étonnante complicité entre les restaurateurs du chant grégorien et les musiciens de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

Les musiciens regardent avec intérêt les mélodies médiévales et s’en inspirent pour renouveler leur discours musical. L’exemple le plus net en est donné par Claude Debussy qui vint justement passer quelques jours à Solesmes, au moment de commencer la composition de son opéra « médiéval» Pelléas et Mélisande.

Dans l’autre sens, Dom Mocquereau entretient une correspondance assidue avec Vincent d’Indy et se fait traduire des passages importants du musicologue allemand Hugo Riemann, à qui il emprunte les notions de legato et d’égalité du temps premier.

C’est ainsi que l’interprétation de Solesmes, dont Eugène Cardine hérite largement, tout en s’affirmant basée principalement sur la déclamation et, secondairement, sur les neumes médiévaux, porte en elle quelque chose des goûts et de l’esthétique musicaux de la fin du XIXe, qui ne se révélera que beaucoup, plus tard, lorsque l’histoire aura permis de prendre un peu de distance…

Cet élément-là est aussi une racine de l’interprétation de Dom Cardine, mais il ne le sait pas !

Conclusion

La question qu’on peut se poser, en terminant cette analyse de l’interprétation de Dom Cardine est la suivante : y a-t-il eu, pour lui, contradiction ou tension entre ces deux interprétations ?

En somme, aujourd’hui à Solesmes comme ailleurs, sans renier Dom Mocquereau, on sait redonner toute sa valeur aux intuitions de Dom Pothier, qui correspondent concrètement à des exigences pédagogiques actuelles et pour « amateurs » ou en tout cas pour des chanteurs qui ne maîtrisent pas bien la théorie musicale. Dom Saulnier inverse en quelque sorte la conclusion de M. Bévillard : l’approche « Mocquereau-Gajard » est théorique, alors que l’approche « Pothier-Cardine » a fait la preuve de son excellence pédagogique. Dom Saulnier a raison : il est tout à fait exact – et notre expérience de chœur amateur le montre – qu’il est beaucoup plus motivant de passer par la mémorisation, la récitation recto-tono des phrases latines en se concentrant sur l’articulation, l’accentuation et le sens, d’enseigner la psalmodie ou les petites antiennes, puis seulement ensuite, une fois que la synthèse entre la langue, le solfège et la modalité est perçue, de continuer avec les pièces du propre de la messe. La « méthode gajardienne » telle que diffusée par la Schola du Mans invite plutôt à d’abord à solfier la pièce, puis de chanter toute la pièce sans se soucier des nuances et / ou du texte, mais en battant les temps en comptant les temps (un deux ou un deux trois). Enfin seulement, une fois que les ictus sont en place, il s’agit de chanter la pièce en « chironomiant » c’est-à-dire avec les gestes (des mains et des bras) qui montrent les « ictus arsiques » et les « ictus thétiques ». Si cette manière a pu montrer son excellence, il faut bien reconnaître qu’elle n’est envisageable qu’avec des gens très convaincus… de son efficacité pédagogique. Par ailleurs, elle ne rend pas la direction du chant « immédiate », dans le sens où il est tout à fait possible que la chironomie montre un « ictus arsique » sur une « descente mélodique » et vice versa… Dans ces conditions, il y a fort à parier qu’un débutant abandonne très vite. Une autre dérive de la méthode gajardienne est l’importance exagérée donnée aux signes rythmiques eux-mêmes : les pédagogues de la schola du Mans eux-mêmes rappellent justement et à bon droit que l’épisème horizontal n’est pas toujours un épisème d’allongement, mais bien un « épisème d’expression », nuance qu’il est très difficile à faire entrer dans la tête d’un choriste. Il faut dire également que toute la « méthode gajardienne » repose sur les « signes rythmiques » (épisèmes verticaux et horizontaux, points) qui eux-mêmes correspondent aux éditions des livres de chant d’une certaine époque : que faire lorsque la notation n’en comporte pas, ou peu ? Un certain nombre de personnes éduquées dans la « méthode » peuvent en être tout à fait déstabilisées, alors même que beaucoup de pièces du répertoire n’ont jamais été dotées de signes rythmiques par Solesmes (pensons au Responsorial, à l’Offertoriale triplex, à l’Antihponale romanum de 1908, à l’Antiphonale Monasticum de 2004, aux « Heures grégoriennes »); et parfois, même quand elles le sont, les épisèmes n’ont pas la signification  - disons « classique »  - des partitions du Graduale romanum (de 1961 ou de 1974) ou du paroissien n° 800 (citons par exemple Liber Hymnarius) et / ou introduisent des graphies et des notations ignorées par la « Méthode de Solesmes » (pensons encore à l’Antiphonale monasticum). Un autre problème de la « méthode gajardienne » telle que présentée par la Schola Saint Grégoire du Mans, est le fait que la psalmodie et la sémiologie ne sont abordées qu’au troisième degré, alors même, qu’à notre sens, ces deux sujets sont essentiels : la psalmodie fonde tout l’art grégorien (texte, accent, mode) tandis que la sémiologie en fait percevoir l’essence, qui est une tradition orale, comme le montre …. Dom Mocquereau (Cf. la citation proposée par Dom Saulnier).


Le « graduale » neumé de … Dom Mocquereau !

La critique des interprètes extérieurs à la tradition solesmienne vis-à-vis de cette dernière.

La critique des « néo-grégorianistes »

La tradition interprétative solesmienne est par ailleurs radicalement mise en cause par un certain nombre de chercheurs et praticiens du chant grégorien ; non pas en ce qui concerne des points précis de l’interprétation comme la critique précédente, mais en déniant toute crédibilité aux principes interprétatifs retenus par la restauration grégorienne par Solesmes dès ses débuts au XIXème siècle. Cette critique s’appuie soit sur une vision qui se veut plus « archéologisante » du chant ecclésiastique dont les sources sont recherchées auprès de la Synagogue ou de l’héritage byzantin. C’est par exemple la critique d’un Marcel Pérès, ou d’autres maîtres de chœur, interprètes et solistes (citons : Jacques Viret, Dominique Vellard, Damien Poisblaud) ; plusieurs accompagnent par exemple le mélisme de « l’ison », note tenue au grave par le chœur alors qu’un soliste chante le verset.

Ces critiques ont en commun une idée majeure : le grégorien « solesmien » est un héritage de l’époque romantique. Pour bien comprendre cette critique, il peut être utile de consulter la vidéo reportage « le chant perdu de Grégoire » qui oppose justement (à notre sens de façon un peu trop caricaturale) l’interprétation « gajardienne » du chœur d’Argentan et l’interprétation « orientalisante » de Dominique Vellard ( http://www.tagtele.com/videos/voir/23444 ). Au visionnage de cette vidéo, nous constatons une seule chose : ni l’une ni l’autre « manière » de faire ne correspond à notre quotidien de grégorianistes ; la première façon est très fortement marquée, effectivement par une manière monastique de faire (un chœur nombreux, la fusion de l’individualité des voix dans un ensemble uniforme, une interprétation structurée dans des principes rythmiques établis par l’écriture musicale). La seconde manière correspond davantage à l’envolée lyrique d’un interprète isolé et autonome, dont l’interprétation est guidée par la restitution guidée par les neumes d’un répertoire connu par cœur. Le résultat mélodique obtenu est intéressant, mais profondément exotique pour nos oreilles habituées à « l’autre » grégorien. Ce n’est pas pour cela qu’il faut considérer qu’il n’a aucune valeur. Bien au contraire.

Mais c’est la raison pour laquelle, en écoutant les « néo-grégorianistes », certaines personnes sont choquées, redisant avec Saint-Exupéry que : « si j’avais la Foi, je ne supporterai plus que Solesmes ».  Il est tout à fait exact que dans certains milieux – disons « classiques » – dans l’Église, on a pu confondre le chant grégorien avec la réunion de plusieurs critères qui sont en fin de compte assez extérieurs au répertoire lui-même : pour faire vite, un certain « sound » c’est-à-dire des voix exclusivement mâles, nombreuses, chantant a capella, sur un ton général assez aigu, dans un grand unisson et si possible dans des églises ayant une acoustique très réverbérante… Selon certaines personnes, le chant grégorien, s’il réunit ces critères, est authentiquement interprété. Sinon, ce n’est plus du grégorien… Pour que ça « fasse grégorien », il faut aussi que le chant soit en latin, et que les partitions soient écrites en notes carrées, quel que soit le contenu musical : que ce soit la messe VIII « de Angelis », la messe royale de Dumont, ou encore le « Christus natus est in Bethléem alleluia ». Or, c’est en notes carrées, c’est du latin ; mais ce n’est pas du grégorien…. Somme toute, peu importe le répertoire lui-même, comme en témoigne le succès de l’interprétation réputée « grégorienne » de certains « hits » de la pop-music (« Voyages-Voyages »  par le groupe « Gregorian Masters of Chant »). Pour tout dire, c’est même à ce grégorien là que ses opposants font référence lorsqu’ils disent qu’il est triste, ennuyeux, et « réservé à la Messe de Saint Pie V »…. Effectivement, si le chant propre de l’Église romaine devait se réduire à cela, nous avons raison de nous inquiéter pour la liturgie en Occident… Il y a donc, il doit y avoir un autre grégorien que celui là. Et les recherches des néo-grégorianistes qui critiquent ce dernier, nous le font percevoir : remercions-les.

Si un certain nombre de critiques faites au grégorien « solesmien » dans ce sens nous semblent pertinentes, il n’en demeure pas moins que de nombreuses options retenues par ceux qui les formulent nous semblent tout de même à la fois infondées, exagérées et irréalistes. Ce qu’avancent les « néo-grégorianistes », c’est que le tempérament et le « la » à 440 hz modernes sont extrêmement tardifs. Selon eux, le chanteur médiéval chantait beaucoup plus bas et connaissait une gamme beaucoup plus riche que la gamme diatonique, avec y compris des quart de ton que l’on a su restituer chez les chantres liturgiques grecs et arabes. La perception qu’ils ont des exigences de la sémiologie amènent de leur part une préhension exagérée des bivirgas, des strophae, qui tournent au « hoquet ». Souvent, l’interprétation du punctum losangé qui dans l’édition vaticane du Graduale romanum est toujours situé sur une descente mélodique est accéléré, ce qui est injustifiable. Enfin, si les ensembles grégoriens adoptant ces options parviennent à un rendu qui peut esthétiquement intéressant, cela donne un chant radicalement étranger à tous les canons esthétiques de la musique occidentale… Or le chant grégorien est présenté par le magistère (surtout récent) comme le modèle de toute musique liturgique. Par ailleurs, cette façon de chanter est absolument inatteignable pour une assemblée. Le chant grégorien, par essence, ne se limite pas à certaines pièces de solistes, mais comporte aussi non seulement des pièces plus simples mais également des acclamations d’une assemblée. Pour mettre en œuvre les principes des « néo-grégorianistes », faudrait-il privilégier une interprétation aux fondements tout à fait différents pour les pièces de solistes, pour les pièces de la schola, pour le chant de l’assemblée et pour les acclamations ? Regardons les choses en face : consentir à ce genre de révolution impose de posséder des preuves tangibles appuyant les options retenues par les « néo-grégorianistes ». Or, ils ne sont pas d’accord entre eux, et leur critique de Solesmes n’est pas appuyée sur un argumentaire très charpenté… Il faut se résoudre à l’évidence : nous ne savons pas, nous ne saurons jamais comment chantait un diacre au temps de Charlemagne. Et nous sommes au XXIème siècle, et comme tels, influencés, que nous le voulions ou non, par l’environnement musical de notre époque. Dom Mocquereau a été influencé par Vincent d’Indy et Solesmes a influencé Debussy, c’est un fait. Même à Solesmes, qui est un monastère où les comportements quotidiens sont frappés, par le mode de vie monastique, au sceau de l’inertie des coutumes, le grégorien de 1930 n’est déjà plus celui de 2009 : les enregistrements que nous avons de cette époque le prouvent. Dans ces conditions, qu’est ce qui nous fait croire que l’interprétation du grégorien a été uniforme pendant tout le moyen-âge et en tous lieux ? Rien. Et la question se pose avec encore plus d’acuité pour nous, qui ne sommes pas moines ; nous n’avons pas à calquer notre interprétation sur ce que nous entendons – et pourtant apprécions – à Solesmes.

La critique de Mgr Bartolucci

Considérons maintenant une autre critique – il faut le dire également assez sévère – de l’interprétation solesmienne très récemment formulée par Mgr Domenico Bartolucci, l’ancien maître de chapelle de la Sixtine :


Extrait de l’Interview de Mgr Bartolucci en sept 2009, Interview Pucci Cipriani, Stefano Carusi – Traduction française Matthieu Raffray

Maître, quel a donc été le rôle de la musique dans ce processus ?

La musique a joué un rôle incroyable pour plusieurs raisons : le « cécilianisme » maniéré – auquel Perosi ne fut pas étranger – avait introduit avec ses mélodies chantantes un sentimentalisme romantique nouveau, qui n’avait rien à voir, par exemple, avec la corpulence éloquente et solide de Palestrina. Certaines extravagances mal placées de Solesmes avaient cultivé un grégorien susurré, fruit lui aussi de cette pseudo restauration médiévalisante qui a eu tant de succès au XIXème siècle. C’était l’idée de l’opportunité d’une récupération archéologique, aussi bien en musique qu’en liturgie, d’un passé lointain dont nous auraient éloigné les « siècles obscurs » du Concile de Trente… De l’archéologisme, en somme, qui n’a rien à voir, absolument rien à voir avec la Tradition, car il veut récupérer ce qui finalement n’a peut-être jamais existé. Un peu comme certaines églises restaurées dans le style « pseudo roman » de Viollet-le-Duc. Ainsi donc, entre un archéologisme qui prétend se rattacher à l’époque apostolique, mais en se séparant des siècles qui nous relient à ce passé, et un romantisme sentimental qui méprise la théologie et la doctrine pour exalter les « états d’âme », s’est préparé le terrain qui a abouti à cette attitude de suffisance vis-à-vis de ce que l’Église et nos Pères nous avaient transmis.

Que voulez-vous dire, Monseigneur, lorsque dans le domaine musical vous attaquez Solesmes ?

Je veux dire que le chant grégorien est modal et non pas tonal. Il est libre, et non pas rythmé. Ce n’est pas « un, deux, un, deux, trois ». Il ne fallait pas dénigrer la façon de chanter dans nos cathédrales pour lui substituer un chuchotement pseudo monastique et affecté. On n’interprète pas le chant du Moyen-âge avec des théories d’aujourd’hui, mais il faut le prendre comme il nous est parvenu. De plus, le grégorien d’autrefois savait être aussi un chant populaire, chanté avec force et vigueur, comme le peuple exprimait sa foi avec force et vigueur. Et c’est cela que Solesmes n’a pas compris. Cela étant dit, il faut bien sûr reconnaître l’immense et savant travail philologique qui y a été fait en ce qui concerne l’étude des manuscrits antiques.

La critique de Mgr Bartolucci propose un modèle de chant contre lequel Dom Guéranger s’est insurgé, qui était celui des chapitres de son époque, et que la tradition solesmienne a fait disparaître. Les chantres étaient peu nombreux avant tout parce que les chanoines capables de chanter étaient peu nombreux ; ils étaient accompagnés par un « serpent », un instrument à vent qui donnait le ton.

L’idée de restauration bénédictine et liturgique de Dom Guéranger est d’inspiration clunisienne : elle ne négligeait donc pas la possibilité d’un grand chœur unanime, dont l’occupation principale est justement la présence au chœur et le chant. Dom Guéranger envisageait un grand chœur parce qu’il a voulu une interprétation fondée sur la déclamation et non pas sur la partition, l’incarnation de la Parole et non pas la récitation. Il est exact que le livre de chant individuel lui-même une création qui est tout sauf « grégorienne ». On chantait au Moyen âge sur des grands et lourds antiphonaires disposés sur des lutrins, sur lesquels plusieurs personnes suivaient avant tout un texte et une mélodie connus par cœur. La pratique chorale des Chartreux (que l’on voit très bien dans le film « le Grand Silence ») en est une excellente illustration. Elle est d’autant plus intéressante qu’il n’y a pas de classe de chant chez les Chartreux…. Cette pratique chorale n’est probablement pas très éloignée de la pratique clusienne, en ce qui concerne la pédagogie musicale puisque la Laus perennis ne permettait pas non plus de rassembler tous les moines pour un cours théorique et /ou pratique….Évidemment, c’est Solesmes qui a popularisé l’antiphonaire ou le graduel individuel et portatif, et qui, par la « méthode de Solesmes » qui a promu une approche probablement trop liée à la partition (même si il apparaît que le chœur de Solesmes n’a jamais mis en œuvre cette « méthode »). Ce que reproche Mgr Bartolucci en fait à Solesmes, c’est d’avoir eu une prise dans le mouvement liturgique. Dans la vision de Dom Guéranger, le peuple participe à la liturgie, même intérieurement. Il accuse Solesmes de néo-romantisme et d’archéologisme alors que lui-même semble tout de même très marqué par une nostalgie d’une certaine « grande époque » romaine (époque où il était lui-même maître de chapelle à la Sixtine).

Mgr Bartolucci, voit évidemment sa position approuvée bruyamment par les traditionnalistes ; ils voient en lui l’instanciation de « l’église de toujours », c’est-à-dire celle de l’époque de Pie XII ; parce qu’en plus d’attaquer Solesmes (non seulement à Solesmes, ils ont « la messe du Concile », mais en plus, « depuis Dom Claire, le diable est entré à Solesmes »), il fait acte de foi en faveur de la « Messe en latin de S. Pie V ». Le problème, c’est que le « Solesmes » que dénonce Bartolucci et ce côté « romantique à la Viollet Le Duc néo-roman », c’est bien l’instanciation traditionnaliste des Bénédictins français : Fontgombault, Le Barroux ; on le voit bien dans les réalisations architecturales mais aussi dans la façon souvent « affectée » d’interpréter le chant. Or, cette façon de faire correspond à celle d’un modèle solesmien, qui est aujourd’hui, à n’en pas douter, dépassé par Solesmes, où les voix « sonnent » et ne sont pas « sussurées » ; il suffit de venir à Solesmes pour s’en rendre compte. Mgr Bartolucci critique d’ailleurs la « méthode gajardienne » qui comporte une analyse binaire – ternaire des temps composés, méthode qui n’a jamais réellement été appliquée à Solesmes et qui n’est plus promue par l’abbaye.

La critique de Mgr Bartolucci est caricaturale ; le personnage lui-même a tendance à être instrumentalisé comme le symbole d’un soit disant « restaurationnisme ratzingérien », « restaurationnisme » sur lequel misent les traditionnalistes. Dans tout cela, il faut probablement, au-delà de l’aspect très polémique de l’interview de Mgr Bartolucci, reconnaître sa compétence musicale, et considérer que le style d’une interview « à chaud » ne permet pas de choisir de façon mesurée et affinée ses mots et ses arguments. C’est peut être pour cela que ce musicien, connu pour être un « grand maître », ne nous convainc pas. Toujours est-il que ce qu’il faut retenir de sa pensée, et qui nous semble très juste, c’est que le chant liturgique n’est jamais une façon d’exprimer des « états d’âmes » ; que le chant grégorien est d’essence populaire ; et qu’en fin de compte la critique qu’il formule, Solesmes le revendique depuis presque 40 ans et l’a en réalité intégré depuis plus longtemps encore, puisqu’en critiquant Solesmes, Bartolucci critique en fait les limites d’une « méthode » qui porte le nom de l’abbaye mais que cette dernière n’a jamais appliquée…

Interpréter le chant grégorien, ici et maintenant : comment ? .

Mgr Bartolucci ne critique pas uniquement les bases d’une certaine théorie musicale, que selon lui, porte Solesmes. Il critique également le port de voix, le manque d’articulation, un chant désincarné, un chant qui fait résonner uniquement les parties les plus psychiques du corps. Bref, un chant qui à force de vouloir parler à l’âme en oublie qu’il a avant tout une fonction liturgique d’incarnation de la Parole.

Sur ce point, Mgr Bartolucci accuse t’il Solesmes avec raison ? C’est difficile à dire. Toujours est-il que cet aspect particulier de sa critique nous semble tout à fait intéressant. Le chant grégorien est un moyen mis au service d’un but, qui est la louange divine dans la liturgie. Si la prière liturgique est communautaire et publique, si est l’est « l’œuvre du Christ prêtre et de son corps qui est l’Eglise », le chant ne peut pas mépriser le corps. Au contraire, il doit valoriser le corps, et à ce titre la Voix, le Verbe du Père. Et c’est la pensée liturgique et théologique de Mère Cécile Bruyère qui vient à notre secours pour  trouver une bonne piste d’approfondissement :

Nos temples doivent avoir un chant, autrement ils seraient mornes. Mais nous avons un chant, un chant incomparable. La seconde Personne de la Sainte Trinité est descendue sur la Terre, le Verbe s’est fait chair. Qu’est la seconde Personne de la Sainte Trinité ? Qu’est le Verbe ? Il est tout à la fois le chantre et un chant. Chantre unique qui a donné sa voix à la création toute entière, chant qui ne s’épuise jamais, car Dieu fait tout par son Verbe ; chant que nous redisons sans cesse, car c’est toujours le Verbe de Dieu que redisent les Psaumes. (Madame Cécile Bruyère, Abbesse de Solesmes, octobre 1888).


Madame Cécile Bruyère

Notre chant doit donc être celui du Christ lui – même. De la seconde personne de la Trinité incarnée. Le chant grégorien ne peut pas être le « chant des anges », parce que les anges n’ont pas de corps. il est le chant du Nouvel Adam, le chant de l’homme-Dieu qui réconcilie l’univers avec le créateur. Il est le chant purifié du péché et qui purifie du péché. En cela, nous ne pouvons pas nous contenter d’une technique vocale qui subornerait la beauté de la voix individuelle au profit d’un ensemble « sans corps », où chacun « châtirait » sa propre voix, sa propre expression. Dans la liturgie, la voix du chantre doit`être pleinement la sienne propre, mais c’est le contexte de la prière qui la transfigure et la configure à celle du Christ. Disons-même que pour un chantre liturgique, le fait même de « trouver sa voix » qui dans la liturgie est celle du Christ, peut être un moyen de salut. L’union des voix dans le chœur dont la fonction est la proclamation de la beauté et de la vérité

De façon tout à fait pratique, cela sous entend donc que les voix doivent « sonner », sans brutalité, bien sûr ; les mots doivent être articulés, les consonnes doivent être entendues clairement, les voyelles doivent avoir la bonne « couleur ». La mélodie ne doit jamais primer sur le mot…. Cela rejoint en réalité les principes correspondant aux intuitions de dom Guéranger lui-même qu’a synthétisé le chanoine Gontier. C’est l’enseignement de dom Pothier. Comme expliqué un peu plus haut cela sous entend une pédagogie de la tradition, c’est-à-dire de la transmission orale du répertoire. Il faut remercier les derniers livres solesmiens (en particulier le Liber Hymnarius et l’Antiphonale monasticum) d’avoir fortement allégé des partitions actuelles de beaucoup de « signes rythmiques » et d’avoir trouvé d’autres moyens d’exprimer les nuances neumatiques et syllabiques. Le Graduale Romanum de 1908 ne comportait aucun signe rythmique, et les éditions officielles de la liturgie romaine n’en ont jamais porté.

_______________

[1] Notons par exemple l’abbaye Notre-Dame d’Argentan, où la liturgie est célébrée avec la forme ordinaire, en latin et en grégorien, avec toute la rigueur de la méthode gajardienne.

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juin
03

Aux vêpres : prêtre dans l’assemblée ?

A l’occasion de l’heure d’adoration eucharistique mondiale de dimanche dernier, qui était supposée se dérouler dans les cathédrales du monde entier, une église du centre ville a procédé à l’exposition du Saint Sacrement jusqu’à 18:00 et qui s’est achevée par la célébration publique des vêpres présidées par l’évêque.

J’ai été assez surpris de constater qu’il y avait présent, dans l’assemblée, un prêtre, qui ne s’est pas joint au clergé de cette paroisse au moment de la liturgie ; j’ai trouvé ça profondément faux, puisqu’il s’agit bien d’une célébration de la liturgie publique, qui plus est par l’ordinaire du lieu, où justement devrait se manifester la juste hiérarchie des ministres dans l’Église particulière au sommet de laquelle on trouve justement l’évêque.

Assez troublé par cette constatation, je me suis demandé si je n’étais pas moi-même victime d’une « rubriquite », cette maladie qui fait voir partout dans la liturgie et même malgré soi des fautes liturgiques. J’ai donc recherché s’il existait dans les publications liturgiques officielles quelque chose qui encourage le clergé à participer au chœur aux vêpres et non pas dans la nef…


Vêpres célébrées par Benoît XVI. A sa droite, un cardinal diacre.

Dans la Présentation Générale de la Liturgie des Heures (PGLH) qui est le préliminaire du livre qu’on appelle communément le « bréviaire » et qui est supposé donner des indications contraignantes, on peut lire :

253 Dans la célébration solennelle de la Liturgie des heures, de même que dans les autres actions liturgiques, «chacun, ministre ou fidèle, en s’acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu des normes liturgiques» (const. sur la Liturgie, n. 28 )

254 Si c’est l’Évêque qui préside, surtout dans la cathédrale il sera entouré de son presbyterium et de ministres, avec la participation plénière et active de tout le peuple. Mais ordinairement, dans toute célébration avec le Peuple c’est le prêtre ou le diacre qui présidera, et il y aura aussi des ministres.

Dans Redemptionis sacramentum on trouvé également :

128 – La sainte Messe et les autres célébrations liturgiques, qui sont des actions du Christ et du peuple de Dieu organisé hiérarchiquement, sont réglées de telle sorte que les ministres sacrés et les fidèles laïcs peuvent y participer clairement, selon leur propre condition. Ainsi, il est préférable que «les prêtres présents à la célébration de l’Eucharistie, exercent d’ordinaire le ministère de leur Ordre propre, sauf si une juste cause les en excuse, et par conséquent qu’ils y participent comme concélébrants, revêtus des vêtements liturgiques. Autrement, ils portent sur la soutane leur propre habit de chœur ou le surplis».[ Cf. Missale Romanum, Institutio Generalis, n. 114; cf. nn. 16-17] Sauf dans des cas exceptionnels justifiés par l’existence d’une juste cause, il ne leur est pas permis de participer à la Messe, quant à l’aspect extérieur, comme s’il étaient des fidèles laïcs.

La liturgie de façon générale – et la liturgie des heures en particulier – c’est donc le lieu de la manifestation de l’organisation hiérarchique du peuple de Dieu, dont la tête, le chef, est le Christ. Le prêtre est donc encouragé à concélébrer la messe auprès de son évêque ; il est manifestement également encouragé à signifier la nature de son sacerdoce spécialement dans la célébration des heures. Il est donc bien triste de ne pas déployer cette réalité essentielle de la prière publique de l’Église en réduisant cette dernière à une simple et trop commune dévotion… en commun ! C’est en quelque sorte retirer à la dimension liturgique son caractère propre d’universalité.

Une fois cela constaté, deux remarques :

La première, c’est que pour que tout cela ait du sens en ce qui concerne l’office divin, il s’agirait opportunément de rétablir la distinction des espaces dans les églises : le sanctuaire (où se tient le clergé) le chœur, où se tient… le chœur – qui chante… – et la nef où se tient la foule. Evidemment pour être juste et compréhensible les précédentes prescriptions le sous entendent.

La seconde, c’est que tout cela devienne visible, il serait temps de savoir distinguer pour le clergé la tenue de chœur, de la tenue civile d’une part et la tenue de célébration de la tenue de chœur. En tenue de chœur, on est en soutane avec surplis ou rochet. En tenue de célébration, on est en aube avec chape ou dalmatique.

Ce n’est donc certainement pas le lieu de « faire simple » au prix de sacrifier une dimension essentielle de la prière liturgique. Cette fausse simplicité, quel qu’en soit le responsable – ou le coupable -, relève dans la plupart des cas d’une conception malencontreuse de ce qu’est la dignité du sacrement de l’ordre. Car trop souvent, les laïcs étant cléricalisés, les clercs finissent – souvent même à leur cœur défendant – à se laïciser. C’est aimer nos prêtres que de leur donner toute leur place et c’est aimer notre baptême d’être à la nôtre… Sur ce sujet, nous reviendrons sans doute très bientôt sur notre site.

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mai
31

Fête Dieu

Oui je voudrais vous dire ce qui monte à mon cœur quand approche cette Fête du Saint Sacrement, très justement appelée en France Fête Dieu.


Non pas que toutes les fêtes chrétiennes ne soient pas déjà des fêtes pour Dieu, mais parce que celle-là, la tard venue, nous met soudain en face de notre Dieu dans la splendeur de sa manifestation. Toutes les autres nous disent quelque chose de lui, celle-ci nous dit : « Il est là ! ». Inexplicablement, car nous savons que Dieu est au ciel et qu’aucun lieu sur terre ne peut prétendre l’enfermer. Nous savons que le Christ est ressuscité et qu’il est près du Père dans une sphère qui n’est pas (ou pas encore) la nôtre. Et pourtant…


Cette présence a ceci de déconcertant et de mystérieux que tout ce que nous voyons n’est pas lui : Jésus n’est ni rond, ni blanc, il ne pèse pas deux grammes, on ne peut le fractionner et pourtant c’est là qu’il a caché sa présence. « Blotti au Pain de Vie pour nous donner vie », nous dit saint Jean de la Croix, dans un raccourci fulgurant. Nos sens sont concernés puisqu’il y a bien quelque chose à voir, à toucher, à goûter, mais ils sont en même temps disqualifiés, car ce qu’il y a à recevoir ne se livre qu’à la foi. La visite de notre Bien-Aimé est digne d’un grand Roi : elle provoque nos chants et mille apprêts pour rendre splendide le lieu de son apparition et Lui, il est là caché dans un peu de pain ! Mais c’est un pain qui n’est du pain qu’en apparence, car il a pris toute la place. Sur la croix sa divinité était voilée, ici c’est même son humanité qui n’apparaît plus, chante saint Thomas dans l’Adoro Te.


Seul notre amour peut correspondre à pareil don, sans amour il n’y aurait pas ici de foi, et sans la foi tout cela serait absurde et même choquant. Mais il y faut un amour large et ample, magnifique à la mesure de la magnificence de notre Dieu. Le cœur qui calcule la dépense, l’esprit trop froidement raisonnable n’ont pas ici leur place. Les simples et les enfants comprennent tout de suite l’adoration du Saint Sacrement, là où les savants ont longtemps fait grise mine. L’Église si sobre d’habitude dans ses marques d’amour pour son Seigneur n’a rien ici de trop beau, l’orfèvrerie, la plastique ont inventé des formes incroyables, la liturgie retrouve les alléluias du temps pascal, le théologien se fait poète et invente des thèmes imprévus, qui font fondre la vieille ontologie des manuels et fraient à la pensée des chemins inédits.

Que tout cela reste dans la gratuité. L’adoration n’est jamais un dû, c’est un don. L’Église, gardienne du Corps de son Époux, a grandement facilité aux fidèles l’accès à la Présence, elle permet aujourd’hui l’exposition de la sainte Hostie dans des conditions moins strictes de jadis. N’allons pas plus loin et ne transformons l’émerveillement de la Présence en un self-service, où nous n’aurions rien à gagner.

Chrétiens mes frères, la fête que nous recevons ce dimanche n’est pas là que pour un seul jour. Toutes nos adorations, toutes nos communions sont destinées à être de vraies « fêtes Dieu », où nous retrouverons la surprise et l’émerveillement de ce jour. Ne nous habituons pas…

Michel GITTON

1. Adoro te devote, latens Deitas,

Quae sub his figuris vere latitas:

Tibi se cor meum totum subjicit,

Quia te contemplans totum deficit.

1. Je T’adore dévotement, Dieu caché

Qui sous ces apparences vraiment prends corps,

À Toi, mon cœur tout entier se soumet

Parce qu’à Te contempler, tout entier il s’abandonne.

2. Visus, tactus, gustus in te fallitur,

Sed auditu solo tuto creditur;

Credo quidquid dixit Dei Filius:

Nil hoc verbo Veritatis verius.

2. La vue, le goût, le toucher, en Toi font ici défaut,

Mais T’écouter seulement fonde la certitude de foi.

Je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu,

Il n’est rien de plus vrai que cette Parole de vérité.

3. In cruce latebat sola Deitas,

At hic latet simul et humanitas;

Ambo tamen credens atque confitens,

Peto quod petivit latro poenitens.

3. Sur la croix, se cachait Ta seule divinité,

Mais ici, en même temps, se cache aussi ton humanité.

Toutes les deux, cependant, je les crois et les confesse,

Je demande ce qu’a demandé le larron pénitent.

4. Plagas, sicut Thomas, non intueor;

Deum tamen meum te confiteor;

Fac me tibi semper magis credere,

In te spem habere, te diligere.

4. Tes plaies, tel Thomas, moi je ne les vois pas,

Mon Dieu, cependant, Tu l’es, je le confesse,

Fais que, toujours davantage, en Toi je croie,

Je place mon espérance, je t’aime.

5. O memoriale mortis Domini!

Panis vivus, vitam praestans homini!

Praesta meae menti de te vivere

Et te illi semper dulce sapere.

5. O mémorial de la mort du Seigneur,

Pain vivant qui procure la vie à l’homme,

Procure à mon esprit de vivre de Toi

Et de toujours savourer Ta douceur.

6. Pie pellicane, Jesu Domine,

Me immundum munda tuo sanguine;

Cujus una stilla salvum facere

Totum mundum quit ab omni scelere.

6. Pieux pélican, Jésus mon Seigneur,

Moi qui suis impur, purifie-moi par Ton sang

Dont une seule goutte aurait suffi à sauver

Le monde entier de toute faute.

7. Jesu, quem velatum nunc aspicio,

Oro fiat illud quod tam sitio;

Ut te revelata cernens facie,

Visu sim beatus tuae gloriae.

7. Jésus, que sous un voile, à présent, je regarde,

Je T’en prie, que se réalise ce dont j’ai tant soif,

Te contempler, la face dévoilée,

Que je sois bienheureux, à la vue de Ta gloire.

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mai
30

Pour en finir avec les messes ballons

par Ascalon (source : proliturgia.org)

L’élection de notre Pape François a donné au monde entier l’occasion de redécouvrir la splendeur des rites de l’Église Catholique, ce qui a provoqué bien évidemment plusieurs réactions assez banales dignes d’une conversation de comptoir. Et l’on a vu tel plumitif ânonner des « quand l’Église abandonnera-t-elle ses fastes ? » et des « cérémonies d’un autre âge » tandis que telle importante invitée y allait de son « prier pour les pauvres depuis une basilique en or, franchement… ». 

C’est sûr qu’en ce moment où même les ministres exhibent leurs vieilles bicyclettes et leurs 4L aux yeux envieux du peuple, un calice en or fait un peu tache. Il s’est tout de même trouvé deux ou trois journalistes pour avancer un judicieux bien que maladroit « on sait que si l’Église est aussi télégénique, c’est grâce à cette pompe caractéristique … » Mon ami, tu y es presque. Cette pompe, ça s’appelle la li-tur-gie. Liturgie. Répète après moi. 

La suite ici 

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mai
28

La vie contemplative prémontrée

La vie contemplative prémontrée prend sa source dans la vie liturgique

Les prémontrés aiment la liturgie, ils tiennent cela de saint Norbert leur fondateur. Le déploiement liturgique, les volutes d’encens, la beauté des chants, ou la richesse de l’ornementation des églises sont pour nous une manière de célébrer et de louer la gloire de Dieu. Au long des jours, par la liturgie nous cherchons à nous laisser peu à peu façonner et informer par Dieu, comme l’argile, modelée par le potier, pour devenir toujours davantage à la ressemblance de Jésus-Christ.



La liturgie, c’est un métier…

Louanges du matin, supplications du soir. C’est un métier. L’un des plus beaux du monde, pas bruyant. Pas bien payé. Peut-être la vie éternelle. Nous appelons cela la Liturgie des Heures…


A suivre et à méditer ici :
http://mondaye.com

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mai
24

A la veille de la manif pour tous, la liturgie nous accompagne encore

In illo tempore: Venit Iesus in fines Iudǽae ultra Iordánem; et convéniunt íterum turbae ad eum, et, sicut consuéverat, íterum docébat illos. Et accedéntes pharisǽi interrogábant eum, si licet viro uxórem dimíttere, tentántes eum. At ille respóndens dixit eis: « Quid vobis praecépit Móyses? » Qui dixérunt: « Móyses permísit libéllum repúdii scríbere et dimíttere. » Iésus autem ait eis: « Ad durítiam cordis vestri scripsit vobis praecéptum istud. Ab inítio autem creatúrae másculum et féminam fecit eos. Propter hoc relínquet homo patrem suum et matrem et adhaerébit ad uxórern suam, et erunt duo in carne una; ítaque iam non sunt duo sed una caro. Quod ergo Deus coniúnxit, homo non séparet. » Et domo íterum discípuli de hoc interrogábant eum. Et dicit illis: « Quicúmque dimíserit uxórem suam et áliam dúxerit, adultérium commíttit in eam; et si ipsa dimíserit virum suum et álii núpserit, moechátur. »

En ce temps là : Jésus vint dans le territoire de la Judée, et au delà du Jourdain; et des foules s’assemblèrent de nouveau près de Lui, et, suivant sa coutume, Il recommençait à les enseigner. Des Pharisiens, l’ayant abordé, Lui demandèrent s’il est permis à un mari de répudier sa femme. C’était pour le mettre à l’épreuve. Il leur répondit : « Que vous a ordonné Moïse? » Ils dirent : « Moise a permis de dresser un acte de divorce et de répudier. » Jésus leur dit : « C’est à cause de votre dureté de cœur qu’il a écrit pour vous cette loi. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit mâle et femelle. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne seront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépara pas ce que Dieu a uni ! » De retour à la maison, ses disciples l’interrogeaient encore sur ce sujet, et il leur dit : « Celui qui répudie sa femme et en épouse une autre, commet l’adultère. à l’égard de la première. Et si celle qui a répudié son mari en épouse un autre, elle commet l’adultère. »

Marcus (10,1-12), VIIème vendredi per annum.

Une belle péricope politiquement incorrecte qui nous donne un beau courage avant la manifestation de dimanche.


Ce sont ainsi les conseils de prophétiques Benoît XVI, qui résonnent encore à nos oreilles, que nous nous efforcerons de suivre dimanche :

Allez à contre courant : n’écoutez pas les voix intéressées et persuasives qui, de toutes parts, diffusent aujourd’hui des modèles de vie basés sur l’arrogance et la violence, le pouvoir et le succès à tout prix, l’apparence et la possession, au détriment de l’être. (…) Soyez vigilants ! Soyez critiques ! Ne suivez pas la vague produite par cette puissante action de persuasion. N’ayez pas peur, chers amis, de préférer les voies « alternatives » indiquées par l’amour véritable : un style de vie sobre et solidaire ; des relations d’affection sincère et pures ; un engagement honnête dans l’étude et le travail ; l’intérêt profond pour le bien commun

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mai
24

Un évêque décrète : on ne se tient pas la main pendant le Notre Père.


Les conférences épiscopales anglophones ont adopté une traduction anglaise conforme au désir du Saint Père Jean-Paul II de réaliser des traductions conformes au latin des rites liturgiques. Pour faciliter l’adoption de ces textes, un évêque publie des décrets pour la mise en œuvre de façon spécifique la liturgie dans son Église particulière, ce qui est tout à fait conforme à l’idée qui é prévalu dans la rédactions des rubriques du Missel après le Concile : par exemple, les options qui existent ne sont pas supposées être à la discrétion de tout un chacun, mais régulées par un ordo et un coutumier. Nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises sur notre site.

Mgr Foys, évêque de Covington a déjà publié un décret concernant les ministres extraordinaires de la sainte communion, et les lecteurs.

Dans un décret plus récent il précise un certain nombre de points, dont le suivant :

Les rites de l’Église romaine, dont nous faisons partie, utilisent des mots précis et font référence à des actions particulières et à des gestes, qui concernent le prêtre d’une part, et aussi les fidèles, qui joignent leurs cœurs dans leur culte de Dieu. Nous sommes encouragés, en tant que corps mystique du Christ, à une conversion continuelle dans la Foi, et à renforcer ce qui est bon et saint dans nos vies individuelles ou communautaires en tant que Catholiques, et à nous débarrasser de ce qui est mauvais.

Et ailleurs dans le décret :

Une attention particulière devra également être observée en ce qui concerne le geste au moment du Notre Père. C’est au seul prêtre qu’il revient d’étendre les mains. Nulle part il n’y a d’instruction enjoignant le diacre ou les fidèles à le faire. Aucun geste n’est prescrit pour les fidèles laïcs dans le Missel Romain, ni dans la Préface générale du Missel romain, que les fidèles laïcs ne devraient jamais étendre les mains ni se tenir par les mains.

Ce décret fait également en quelque sorte écho à nos deux articles récents :

Quelques gestes du diacre à la Messe

Quelques gestes des fidèles à la Messe.

Notons que de tels décrets devraient également exister dans chacun des diocèses, pour préciser ou mettre en œuvre des coutumes locales si elles sont légitimes et approuvées. Remarquons enfin le courage de cet évêque qui n’hésite pas à faire preuve d’autorité contre des pratiques qui sont malheureusement répandues un peu partout et qu’il décourage explicitement. Enfin, prions pour que de telles idées qui sont complètement a-liturgiques (le fait de se prendre la main à la messe pendant le Pater ou tout autre action liturgique) cessent d’être pratiquées ou promues ici en France.

En attendant : un petit sticker à apposer sur votre missel, ou même, à l’entrée de votre église paroissiale :


Et si vraiment cela ne suffisait pas, nos amis américains nous proposent un accessoire qui peut dans certains cas se révéler indispensable :


Le gant spécial « Notre père en se tenant par les mains » est en une seule taille et s’adapte à la forme de votre main droite ou gauche, afin que vous puissiez facilement glisser votre main discrètement hors de celle de votre voisin progressiste à votre droite ou à votre gauche, sans qu’il s’ne aperçoive parce qu’il continue à avoir une main à tenir. Pendant ce temps là, vos véritables mains jointes avec révérence, vous pouvez prier la prière du Seigneur sans être englué dans cette chaîne géante de paix façon années 1960.

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