Array ( [date] => 20120506 [mois] => 05 [an] => 2012 )

Schola Saint Maur

Nous avons besoin d’un nouveau mouvement liturgique, qui donne le jour au véritable héritage du concile Vatican II

Cantate Domino canticum novum

Sur le geste de paix

On sait dans les milieux ‘liturgistes’ que Benoît XVI à la suite du livre de référence qu’il avait publié comme cardinal (L’Esprit de la liturgie) avait suggéré que l’osculum pacis (baiser de paix) du rite romain puisse éventuellement être transféré avant l’offertoire, en conformité avec la façon de faire du rite de Milan. Le Cardinal Ratzinger puis le pape Benoît XVI soulignait à juste propos que les instants qui précèdent la communion n’étaient pas propices aux effusions qui ne manquent pas d’accompagner abusivement ce rite, dans beaucoup d’endroits. Toute la discussion repose d’ailleurs non pas sur le rite de la paix lui-même (qui rappelons-le est optionnel) mais bien sur la forme qu’il prend. Et dans beaucoup de cas, c’est cette forme qui est désastreuse, puisqu’elle tourne dans beaucoup d’endroits à un échange de congratulations, de félicitations, de condoléances, ou encore elle tourne à une démonstration de pseudo piété mondaine.

A la suite du synode sur l’Eucharistie, une réflexion a eu lieu au niveau de la congrégation du culte divin sur l’opportunité de déplacer cce rite de paix, en conformité avec ce qu’avait demandé le Cardinal Ratzinger. La décision a été prise : on ne changera pas le moment du rite de paix, mais on rappellera qu’il s’agit bien d’un élément rituel et non pas mondain, en l’encadrant de plus près (Cf. l’article de Nicolas Senèze, La Croix du 1er août 2014, ci-dessous).

Le problème est donc la forme de ce rite, plus que sa signification. En ce qui concerne la forme faisons donc quelques rappels :

  • Ce rite est optionnel. On ne le pratique que si c’est opportun, et l’opportunité est évidemment mesurée en fonction du degré « communautaire » de la célébration. C’est un geste de réconciliation, et donc de pénitence. On se réconcilie avec la personne qui nous est proche (le prochain), et que l’on connaît ou alors on vide le rite de sa substance.
  • Le célébrant ou un ministre ordonné (diacre en général) invite les présents à s’offrir la paix ; c’est une monition : Offerte vobis pacem (Et non pas comme on a pu l’entendre parfois « auferte vobis pacem ! » Qui signifie… Tout à fait l’inverse).

Notons donc que c’est une monition ; la traduction française du missel l’amplifie de façon exagérée puisque ces trois mots, qui sont si conformes à la sobriété antique du rite romain, deviennent en 1979 dans le missel francophone : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnez – vous la paix ». Le diacre qui intervient à ce moment là, – et qui pour intervenir dans beaucoup d’endroits se faufile jusqu’au micro de l’autel – se sent obligé d’ouvrir grand les bras, et a une certaine tendance à en rajouter (enfin… On lui donne la parole !). Nombreux sont ceux d’entre eux qui disent donc : « donnez vous un signe de paix ». Or comme le soulignait en toute justesse un Dominicain pertinent (mais les Dominicains, c’est leur métier d’être pertinents) : si, à la place de « Donnez-vous la paix » (qui vient du Christ), votre prêtre ou votre diacre vous dit : « Donnez-vous un signe de paix »…. Remarquez que ce n’est pas de signes de paix, ni de signes d’amour, ni de signes d’espoir qu’on a besoin. C’est de paix, d’amour et d’espoir tout court. On ne saurait mieux dire.


(Diocèse de Poitiers : précisément ce qu’il ne faut pas faire : le diacre se place à l’autel à la place du célébrant et écarte les mains pour la monition, en éclipsant le célébrant. Une monition se fait en effet les mains jointes. Il peut être opportun que justement, un acolyte portant un micro rejoigne le diacre sur le côté de l’autel afin que sa monition soit entendue.)

C’est une monition de toutes façons ; donc elle est brève et sobre ; de plus elle s’adresse forcément à l’assemblée. Donc il n’y a pas lieu d’ajouter « frères et sœurs », et encore moins « sœurs et frères », c’est de plus en plus courant… ! Le diacre ne s’adresse jamais (jamais…) à Dieu au nom de l’assemblée, c’est la tâche du célébrant à la messe, donc il n’a pas à préciser « Fratres ». Enfin, il n’a pas à ouvrir les mains, c’est le geste de celui qui préside la célébration. Pourtant, et c’est le premier abus, dans beaucoup d’endroits, on entend un diacre (parfois en mal de reconnaissance… ) nous enjoindre : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnons-nous un signe de Sa paix ».

  • Les paroles : nulle part dans les rubriques ou dans les textes liturgiques n’est indiqué qu’il faille tendre la main ou dire « la paix du Christ », même en latin (« Pax Christi »). L’usage et les textes liturgiques donnent comme parole à échanger (« Pax tecum ») auquel il y a lieu de répondre, si la personne qui donne l’osculum est un ministre ordonné « et cum spiritu tuo ». Quant à la forme de l’osculum elle-même, qui n’est évidemment pas nécessairement une poignée de main, elle reste à définir (et aujourd’hui elle ne semble pas l’être) dans le coutumier liturgique du lieu.


En effet, lorsqu’on regarde les usages et les rubriques, on constate également que le geste à accomplir pour signifier cette paix n’est précisément pas imposé. Il est laissé à l’appréciation des conférences épiscopales. Faut il vraiment que ce soit un serrement de main, qui au mieux exprime une salutation mondaine, au pire symbolise un accord commercial dans nos contrées d’occident ? Vraie question. La tradition romaine parle d’un osculum pacis, un « baiser de paix », qui est la salutation par exemple de la Vierge à Élisabeth lors de la visitation ou comme le rapporte la tradition, l’adieu de S. Pierre et de S. Paul avant leur martyre.

  • Enfin si l’on a conscience que cette paix qui est partagée est bien celle du Christ il est juste qu’elle soit transmise depuis l’autel sur lequel sont disposées les saintes espèces. Il serait donc mal venu de transmettre cette paix sans soi-même l’avoir reçue, de proche en proche. L’usage extraordinaire consacre cette idée puisque l’osculum pacis est transmis du calice lui-même. On a beaucoup glosé lors de la réforme liturgique sur les « bisous liturgiques », qui semblait relever davantage de l’étiquette du XVIIème siècle que d’un rapport sain au culte divin, parfois à juste raison. Disons – le sans ambages : dans ce cas précis, il est réellement dommageable d’avoir « supprimé » l’usage d’un baiser à l’Autel ou au Calice avant la transmission du baiser de paix : en simplicité et grandeur, ce geste redonnerait toute sa signification au rite de paix. De même, on pourrait imaginer que la monition diaconale (dans sa sobriété « Offerte vobis pacem », « offrez-vous la paix ») n’intervienne justement qu’après que la paix, exprimée dans des gestes nobles et beaux, ne soit partie de l’autel, et transmise par le célébrant aux ministres et acolytes, eux-mêmes en charge de la transmettre, à l’invitation du diacre, à l’assemblée.
  • Il est également juste de comprendre que dans la tradition romaine, ce geste est précisément un geste de communion, et que cette communion est exprimée par la fractio panis et l’immixtion. L’usage antique était justement d’aller porter le sacrement lui-même de l’église de l’évêque vers les églises secondaires, pour signifier la paix et la communion dans la foi.

Au regard de l’importance de sa signification dans l’économie rituelle du rite romain, ne gâchons pas ce rite : n’en faisons pas une effusion mondaine. Rendons-lui sa véritable place et faisons l’effort conscient d’en faire l’expression d’une communion, d’une réconciliation, d’une pénitence, qui s’achève par l’agenouillement qui précède le « Ecce Agnus Dei » Cf. PGMR num. 43).


Article de La Croix (1er Août 2014) : le signe de paix dans le rite romain ne sera pas déplacé à l’offertoire.

Nous soulignons et [commentons].

Le geste de paix de la messe restera donc après le Notre Père et avant la fraction du pain. L’idée de le déplacer avait été évoquée lors du Synode des évêques sur l’eucharistie, en octobre 2005 à Rome, à la suite du cardinal Joseph Ratzinger qui, dans son livre de 2001 L’esprit de la liturgie (Ad Solem), regrettait que « l’échange du signe de paix génère une certaine agitation parmi les fidèles ».

Souhaitant « modérer ce geste, qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l’assemblée juste avant la communion », Benoît XVI avait donc demandé dans l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis « d’étudier la possibilité de placer le geste de paix à un autre moment, par exemple avant la présentation des dons à l’autel ».

La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a consulté les conférences épiscopales du monde entier sur le sujet qui, à une large majorité, ont souhaité que le geste de paix ne soit pas déplacé un autre moment de la messe.

Le geste de paix n’est pas « mécanique »

Le dicastère chargé de la liturgie a donc décidé « de conserver dans la liturgie romaine le rite de la paix à son moment traditionnel et de ne pas introduire de changements structurels dans le Missel Romain ». [Notons tout de même au passage que la place du rite de paix, ou osculum pacis est justement et précisément traditionnel et authentique. Cela aurait été une vraie perte rituelle pour la liturgie romaine de se conformais à l'usage de Milan ou certaines pratiques orientales]

Néanmoins, dans une circulaire signée le 8 juin dernier par le cardinal Antonio Canizares Llovera, son préfet, et Mgr Arthur Roche, son secrétaire, et approuvée la veille par le pape François, la Congrégation pour le culte a pris quelques dispositions en vue « d’une meilleure expression du signe de la paix et pour en modérer les excès ».

La congrégation rappelle d’abord que le geste de paix n’est pas « mécanique » et que le célébrant peut tout à fait se dispenser d’inviter les fidèles à échanger la paix.

Corriger « quelques abus »

Plus profondément, la Congrégation pour le culte divin insiste sur le sens profond du geste de paix par lequel l’Église « implore la paix et l’unité pour elle-même et toute la famille humaine et par lequel les fidèles expriment leur communion ecclésiale et leur charité mutuelle ». En clair: il ne s’agit pas de se dire bonjour mais de manifester que « Christ est notre paix, la paix divine ». [Notons que l'usage est de mettre un article à Christ. Ce n'est pas un prénom, c'est un titre.]

Aussi les conférences épiscopales pourront-elles, lors de la publication de la troisième édition typique du Missel romain sur leur territoire, modifier le mode d’échange de la paix, pour « y substituer d’autres gestes » que « les gestes familiers et profanes du salut ». [La congrégation du culte encourage donc les ordinaires et les évêques à éloigner dans les pratiques liturgiques les comportements séculiers et profanes]

Surtout, la Congrégation pour le culte divin en profite pour corriger « quelques abus », mettant ainsi en garde contre « l’introduction d’un « chant pour la paix », inexistant pour le rite Romain », le chant étant celui de la fraction (Agnus Dei) qui vient après l’échange du geste de paix.

Origine dans la tradition apostolique

Autre abus: le déplacement des fidèles pour s’échanger la paix, la Présentation générale du Missel romain soulignant « que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui l’entourent ». De la même manière, il ne convient pas que le prêtre descende de l’autel pour donner la paix aux fidèles
[ce que l'on voit trop souvent, comme si avoir ce comportement était « pastoral ». Notons que ce comportement est d'autant plus choquant que le célébrant vient de tenir dans ses mains les espèces consacrées, et des parcelles peuvent demeurer sur ses mains. Il ne convient donc pas d'aller saluer individuellement les personnes dans la nef] ou que, à certaines occasions (mariages, premières communions, obsèques…), l’échange de la paix devienne le moment des félicitations ou des condoléances. [Le pape François appellerait ce genre de chose de la « mondanité spirituelle »…]

Le geste de paix trouve son origine dans la tradition apostolique (« Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix », saint Paul aux Romains, 16, 16). Aux premiers siècles, ce baiser de paix se donnait avant l’offertoire, en souvenir du commandement du Christ, « Devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Matthieu 5, 24), moment qui a été conservé dans les liturgies orientales.

Dans le rite romain, il est placé avant la communion au IVe siècle, puis après l’Agnus au VIIIe siècle, et finalement réservé aux clercs à partir du XIIIe siècle. [En réalité, avec l'apparition des missels pléniers au XIIIème siècle les rubriques ne mentionnent pas l'assemblée mais seulement les ministres. C'est la raison pour laquelle, peu à peu et jusqu'après le Concile de Trente, les livres liturgiques donnent l'impression que l'assemblée ne fait rien. En fait, elle n'est même pas mentionnée, puisque ces livres sont des livres techniques, à l'usage des clercs pour l'accomplissement du culte. Ne faisons ni généralisation, ni caricature…] La réforme liturgique consécutive à Vatican II en a rétabli l’usage pour tous, le plaçant avant la fraction. [Donc soyons juste : à la suite de Vatican II, les rubriques ont commencé à mentionner les fidèles, ce qui n'était pas le cas avant mais qui fut pendant des siècles sous-entendu.]

Nicolas Senèze

1/8/14 – 11 H 56

Saint Benoît d’été

Il y a une Saint Benoît d’hiver et une saint Benoît d’été … La Saint Benoît d’hiver commémore le Transitus du patriarche des moines d’occident, alors que la Saint Benoît d’été a vu sa date fixée à l’occasion du transfert des reliques de S. Benoît à Fleury (monastère dit depuis de « Saint Benoît sur Loire »).


Abbaye de Fleury (Saint Benoît sur Loire)


Reliques de Saint Benoît à Fleury

Au point de vue musical, ce qui nous intéressera le plus est la survivance dans le rite (dans l’usage des Bénédictins) de la séquence Laeta dies magni ducis.

C’est la commémoration de l’arrivé edes reliques du grand patriarche à l’abbaye de Fleury à auquel le premier verset de la séquence fait allusion.

Laeta quies magni ducis,

Dona ferens novae lucis,

Hodie recolitur.

Caris datur piae menti,

Corde sonet in ardenti,

Quidquid foris promitur.

Hunc per callem orientis

Admiremur ascendentis

Patriarchae speciem.

Amplum semen magnae prolis

Illum fecit instar solis

Abrahae persimilem.

Corvum cernis ministrantem,

Hinc Eliam latitantem

Specu nosce parvulo.

Elisaeus dignoscatur,

Cum securis revocatur

De torrentis alveo.

Illum Joseph candor morum,

Illum Jacob futurorum

Mens effecit conscia.

Ipse memor suae gentis,

Nos perducat in manentis.

Semper Christi gaudia.

Amen.

Cette journée qui resplendit d’un éclat nouveau, est celle où notre grand chef entra dans son repos.

La grâce a visite l’âme filiale de ses enfants ; que leurs chants soient dignes de l’amour qui enflamme leurs cœurs.

Admirons notre Patriarche qui s’élève par un chemin céleste, à l’orient.

L’innombrable famille sortie de lui l’a fait l’égal d’Abraham semblable au soleil.

C’est Elie cache au fond de son antre ; un corbeau exécute ses ordres.

C’est Elisée, quand il retire la hache tombée au fond du lac.

Par la pureté de sa vie il ressemble à Joseph; par son esprit prophétique il retrace Jacob.

Qu’il daigne se souvenir des enfants dont il est le Père, et qu’il nous conduise aux  joies éternelles   du Christ qui demeure à  jamais ! Amen.

Notons au passage que le l’usage donne non pas laeta dies mais laeta quies. Cf. http://www.osb.org/gen/gemma.html




Cette séquence « suit » un alleluia spécifique à l’ordre de Saint Benoît également :

R/. Alleluia. V/. Vir Dei Benedictus omnium iustorum spiritu plenus fuit : ipse intercedat pro cunctis monasticae professionis.



 

Une dernière question qui brûlera les lèvres de certains de nos lecteurs :

oui mais, la séquence, dans le missel, elle est avant l’alléluia, pas après… ! Donc il faut pour obéir, la chanter avant ! ?

Pour répondre à cette question, quelques éléments.

Pour la messe, il y a un formulaire distinct entre la messe chantée et la messe lue. Le missale romanum donne les pièces de la messe lue, le graduale romanum celles de la messe chantée. On constate par exemple que le répons graduel de la messe chantée n’a la plupart du temps pas le même texte que le psaume responsorial, proposé pour la messe lue. De même pour les alléluias du missale et du graduale romanum. Car l’Alleluia de la messe chantée est une méditation, une réponse, à la lecture qui le précède… Tandis que le psaume et l’alléluia du lectionnaire sont conçus pour être lus lorsqu’on ne chante pas. L’alléluia et le graduel de la messe chantée sont respectivement un répons alléluiatique et un répons graduel. Si bien qu’il est tout à fait juste – si l’on prend le formulaire de la messe chantée avec le répons alléluiatique, de chanter la séquence après l’alleluia, et non avant. Évidemment, si vous avez des scrupules, chantez donc la séquence avant l’alleluia… Ce n’est pas l’idée ni l’usage du rite romain, mais il n’y a semble t’il pas matière grave… Insistons encore : pour bien « obéir » au missel, en prenant uniquement ce qu’il y a dedans, il ne faudrait pas chanter les psaumes responsoriaux ni les alléluias.. Voilà. A rubriciste, rubriciste et demi !

Série Spécial Chiffons (5) : les anges chantent en aube parée et la « vraie chasuble »


Nous savions déjà que les anges chantaient, et chantaient en grégorien, bien sûr. Cf. Lc 2,10-14 :

Et dixit illis ángelus: « Nólite timére; ecce enim evangelízo vobis gáudium magnum, quod erit omni pópulo, quia natus est vobis hódie Salvátor, qui est Christus Dóminus, in civitáte David. Et hoc vobis signum: inveniétis infántem pannis involútum et pósitum in praesépio. » Et súbito facta est cum ángelo multitúdo milítiae caeléstis laudántium Deum et dicéntium: « Glória in altíssimis Deo, et super terram pax in homínibus bonae voluntátis. »

 

Et bien grâce à l’excellent site « Chrysoline ornements » nous savons qu’ils chantent en aube parée : la preuve en images ici.

 

A ce propos, nous avons parlé des « vraies aubes » dans un article précédent de cette série. Deux rappels utiles :

  1. les « vraies étoles » diaconales se nouent

 


(Ordinations 2014 à Ars)

 

(Et elles ont bien sûr des franges…)

 

  1. et surtout : les « vraies chasubles » sont coniques (on dit aussi en forme de « cloche ») :

 


(Ordinations 2014 à Ars)

Évidemment, la vraie chasuble est plus difficile à porter. Elle oblige à une dignité dans le maintien, et évidemment, les bras ballants sont proscrits…

 


Les chasubles « cloches » ou « coniques » à l’abbaye Saint Wandrille

 


Bénédiction abbatiale à Saint Wandrille (on distingue bien la dalmaticelle sous la « vraie chasuble » du TRP Abbé.

 

La « chasuble cloche » donne un drapé antique au ministre absolument somptueux sans qu’il y ait besoin d’ajouter de froufrous. La noble simplicité du rite romain !

Sur Saint Wandrille et ses ornements, nos lecteurs seront heureux de consulter ceci :

http://statics.pointdevues.com/flipbook/wandrille/index.html :

Trésors de l’abbaye Saint-Wandrille, De l’Art déco aux années 1950

Ouvrage collectif sous la direction de Nicolas Coutant (La Crea) et Pascal Pradié (abbaye Saint-Wandrille)

Héritière de treize siècles d’histoire, l’abbaye Saint-Wandrille conserve une importante collection d’ornements liturgiques créés par son atelier d’art sacré entre 1931 et les années 1950, réunissant de spectaculaires œuvres textiles et d’orfèvrerie. Faisant écho aux grandes réalisations de l’Art Déco ainsi qu’aux œuvres d’artistes comme Robert Delaunay ou Edouard Bénédictus, les pièces alors créées par les moines puisent aussi dans la mode profane, notamment dans les créations de grands couturiers comme Madeleine Vionnet ou Jeanne Lanvin.
Les œuvres d’orfèvrerie religieuses témoignent également de l’ouverture de l’atelier liturgique sur la création artistique du moment, les frères collaborant alors avec de grands orfèvres parisiens.
Ce moment unique de création est présenté pour la première fois dans cet ouvrage, qui dévoile des pièces demeurées longtemps inédites tout en les resituant dans leur contexte intellectuel et artistique.

Bref, vous voulez ou voulez faire faire pour quelqu’un une vraie chasuble ? Demandez à Chrysoline….

Une homélie de lundi de Pentecôte

A la demande de plusieurs, voici les citations faites par M. le curé lors de l’homélie de la Messe du lundi de Pentecôte, célébrée à la Grand’Eglise (Saint-Etienne, place Boivin) à 18h30 :


L’ART SACRÉ ET LA LITURGIE

La « société de service » et son individualisme consommateur ne cherchent plus leur office du dimanche à l’église, ni même au musée, mais au supermarché et son prolongement de tous les instants, les grands et petits écrans domestiques ou portables, éclipsant et englobant, dans leur torrent d’images fulgurantes et de sons tonitruants, tous les arts de leur préhistoire mondiale […]

La liturgie catholique et l’intériorité chrétienne, pour ne rien dire de l’élémentaire liberté d’esprit ni de la simple capacité de comprendre et de goûter les chefs d’œuvres des arts anciens, sont chloroformés par une nébuleuse d’ignorance bavarde qui occupe, prévient, et obstrue la vue, l’ouïe et le jugement du plus grand nombre avec une efficacité inégalée.

Une telle plaie d’Égypte abattue sur les âmes et sur les corps qui la subissent sans réagir demande, pour être combattue, une vaillance critique s’inspirant du Christ chassant les marchands du Temple. […] L’art dit « contemporain », tautologie de la société de consommation contemporaine, est ivre de son propre vide comme cette société est ivre elle-même de sa propre platitude. Ce n’est pas de cet art dont a besoin l’Église pour se montrer un recours impavide et sûr contre la nuée énorme de sauterelles qui dévore le feuillage intérieur des hommes comme elle dévore le feuillage de la terre qu’ils habitent.


Le temple où se répète chaque jour le sacrifice rédempteur du Christ a besoin de renouer avec sa propre bibliothèque théologique, avec sa propre mémoire liturgique, avec le sens intransigeant de la grandeur et de l’amour de Dieu. Il ne doit pas craindre de se dresser à rebours de la tendance générale à l’enfer climatisé, afin de redevenir l’aimant qui attire à lui tous ceux et toutes celles qui aspirent à s’éveiller vraiment du puissant sommeil chloroformé, inventé par l’homme moderne pour éteindre en lui l’étincelle de vie éternelle. Le grand art de l’Église, elle ne l’emprunte pas au monde, ce sont ses propres sacrements, c’est le goût et le savoir qu’ils lui inspirent, pierres angulaires de toute vraie beauté.

Marc FUMAROLI

In Arts Sacrés, n° 1, 2009, p. 93

 

Par ailleurs, vous trouverez ci-dessous une messe de la Pentecôte à la basilique vaticane, présidée et célébrée par le pape Benoît XVI. Nos amis diacres seront heureux de consulter cette archive précisément à la minute 1 :27 :51 …

Rien à voir avec le chant grégorien ? Pas sûr.

Évangélisation sur le marché

En ce samedi matin, le 17e jour de ce joli mois de mai, l’église […], place […], attend patiemment 9h30. A cette heure, l’abbé [...] célèbre la messe la partie chantée étant assurée par la Schola revêtue de bournous pour cette belle occasion.


La Schola revêtue de « burnous »

 

Retardés par des travaux autoroutiers, un trio de missionnaires estampillés Mission Angelus rejoint la célébration eucharistique au moment de la consécration. La liturgie, de forme ordinaire, dite en latin, devient une entrée en matière indispensable pour la tâche qui nous attend. Se mettre en présence de Dieu, laisser mijoter la chair et le sang en notre âme, pour mieux faire cogiter l’Esprit Saint en notre esprit, c’est s’armer du bouclier de la Foi, revêtir l’armure de Dieu et mettre le casque du Salut (Eph 6).

Après l’église, le marché de la place […] nous attend impatiemment. En chemin, Pierre-Abdallah apostrophe en arabe quelques passants, de son ton joyeux et avenant. Pierre-Abdallah, qui fait partie de Mission Angélus Paris, a d’abord été pasteur dans l’église évangélique d’Algérie, avant d’être reçu dans l’Église Catholique Romaine plus récemment.

Nous arrivons quelques minutes plus tard au marché, où nous sommes accueillis par des jeunes filles en tee-shirt estampillés TATI. Nous nous divisons en binômes, l’un composé de François-Xavier et moi-même, Hubert, l’autre d’Alexis et Pierre-Abdallah.

Le contact est facile sous le soleil printanier. Les gens ont l’air de venir à nous. Il suffit d’un regard pour déclencher un bonjour, puis des conversations très riches. Pierre-Abdallah aborde un premier badaud en arabe et après quelques minutes ils échangent leur numéro de téléphone. Il s’appelle Abdel Aziz.

François-Xavier est abordé par Jilali, qui devient un habitué et qui s’interroge sur des sujets existentiels passionnants. Pour ma part, j’engage la conversation avec un autre homme qui a déjà eu affaire à notre groupe. Il me demande d’abord si nous sommes des témoins de Jéhovah. Il a l’air de se sentir en confiance quand je lui dis que nous sommes catholiques.


Rendre compte de l’Espérance qui est en nous.

 

Alexis et P-Abdallah sont en grande discussion avec deux jeunes filles. Une jeune bosniaque musulmane, Ismeta, qui dit ne pas croire en Dieu mais qui accepte néanmoins que Pierre-Abdallah et moi-même prient pour elle. Elle souffre de sclérose en plaques. Kheira, sa compagne, clame qu’elle connaît des prêtres et des chrétiens qui sont engagés dans le dialogue islamo-chrétien. Kheira est très étonné de voir un chrétien issu de l’islam. Ca lui semble inconcevable. Elle reviendra plus tard seule pour chercher à revoir Pierre-Abdallah.

Avant de repartir, Alexis et Pierre-Abdallah parlent avec Walid, jeune kabyle musulman, qui nous donne son numéro de téléphone pour qu’on le contacte, au cas où nous organisions une conférence.

Après leur départ, Kheira revient seule. Je lui prend son numéro de téléphone et lui dis que je le donnerai à Pierre-Abdallah qui la recontactera. Elle a vraiment l’air fascinée par lui, mais elle reste avec moi et continue de poser des questions sur la foi. Elle a une telle soif qu’il me semble impossible à l’étancher. Au cours de notre long échange, elle me demande si je peux l’éclairer sur une réponse que lui a faite le prêtre de […] à une de ses questions. Ce prêtre, du groupe des dialogueurs qu’elle connaît lui a dit qu’il y a eu le judaïsme, puis le christianisme, puis l’islam.. Il lui répondait à une question sur la possibilité de se convertir de l’islam au christianisme…

Sur ce, Brahim arrive pour nous saluer chaleureusement. Il nous présente sa femme et discute avec FX. Puis Jilali réapparaît pour clarifier certains points abordés précédemment. Abordés et presque débordés…. ! Seigneur, viens à notre aide !

 

Hubert. Mission Angelus – Lyon.

http://www.missionangelus.org

Au martyrologe du 21 mai : viva Cristo Rey !

Au martyrologe romain, ce jour :

 

1. Mémoire des saints Christophe Magallanès, prêtre, et de ses compagnons, martyrs, qui de 1926 à 1928, dans différentes régions du Mexique, furent persécutés en haine du nom chrétien et de l’Église catholique et, pour avoir confessé leur foi dans le Christ Roi, reçurent la couronne du martyre.


 


 

 


 

Où voir le film ?

http://www.cristeros-lefilm.fr/ou-voir-le-film.html

Série spécial chiffons (4) – Le patron de « La vraie aube » ?

Suite de notre série « Spécial chiffons ».

Pour retrouver les épisodes précédents :

 


La vraie aube ? C’est bien sûr celle du « Petit Placide » de Mère Geneviève Gallois

 

Mais bon, ; lorsqu’on a dit ça, on n’a pas résolu le problème … Où trouver un vrai bon patron d’aube ? C’est-à-dire le patron de l’aube que l’on voit ci-dessous :


Abbaye Notre-Dame de Randol

 


Abbaye Saint Pierre de Solesmes


Solesmes, encore


Abbaye Sainte Anne de Kergonan


Abbaye Saint Michel de Kergonan

 


Abbaye Notre-Dame de Wisques

 


Wisques, encore. Gros plan.

 


Abbaye Notre Dame de Fontgombault

 


Abbaye Notre Dame de Clear Creek.

 

Bref ; on voit bien que c’est toujours la même. Il semblerait que les moines de la congrégation de Solesmes partagent tous le même patron d’aube. Une aube conçue par le P. Van Der Laan, moine de Vaals (la branche solesmienne aux Pays Bas). Le P. Van Der Laan (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_van_der_Laan ) est connu pour ses réflexions concernant l’esthétique architecturale et le nombre d’or en trois dimensions. C’est lui qui a conçu cette aube dont nous vous livrons donc ici quelques secrets :

 


Vue d’ensemble pour le montage général.


La coupe pour une largeur de tissu standard, pour un adulte.


Vue pour l’assemblage, la couture, les poches. Notez qu’il n’y a pas le capuchon (qui est amovible) et qui est réservé aux moines. Une aube « séculière » ne devrait donc pas avoir de capuchon. Le séculier la porte avec un amict. Bien sûr, l’aube est serrée à la taille par un cordon en conformité avec PGMR 336.

 

Bien sûr si vous avez un besoin important, nous avons le patron complet. Contactez-nous si vous le voulez. Cette coupe d’aube peut remplacer avantageusement de nombreuses choses hideuses que l’on voit malheureusement trop souvent.

Participer sans chanter ?

On nous reproche parfois de ne pas favoriser la « participation active » des fidèles en proposant dans les paroisses les pièces du propre grégorien…Surtout à l’offertoire, où le Graduale indique souvent des mélodies qui ne sont pas à la portée de la foule.

Je n’ai pas pu chanter, c’est comme si je n’avais pas participé. En nous faisant cette remarque nous oublions qu’à la messe, seul le prêtre consacre, seul le diacre chante l’évangile, seul le lecteur proclame la Parole ; et que c’est Dieu qui agit par la médiation des ministres – en latin : ministri, serviteurs. Dans la liturgie de la messe, Dieu Se révèle, Se donne, et attend notre réponse pour féconder et faire resplendir notre âme. Notre participation à l’action divine est à l’image de l’humble oui de Marie à l’Annonciation. Nous l’exprimons à notre tour à la manière de la Vierge par le grand Amen de la doxologie (Par Lui, avec Lui et en Lui). Le magistère des papes a ainsi souligné que la schola cantorum (ou chorale) a un rôle ministériel si elle se met au service de la Parole. Son chant devient alors un don de Dieu que nous accueillons. Vatican II parle d’une participatio actuosa, et non pas activa. Il faudrait traduire par participation effective, car elle peut être effective sans être active ; quand le prêtre prépare les dons à l’autel, nous restons assis en silence, et nous sommes simultanément associés à l’offertoire par la goutte d’eau versée au calice ; et si nous sommes ensuite encensés avec toute l’assemblée, c’est au titre de la réalité effective de notre participation à ce rite.

Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure »

On traduisait jadis : « il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père », faisant de cette phrase la devise d’un christianisme ouvert et tolérant. Il n’est pas sûr que la traduction actuelle ne soit pas aussi juste. Elle va d’ailleurs dans le même sens : le salut n’est pas réservé à quelques-uns, Dieu n’est pas chiche dans l’attribution des places. Restera un jour à comprendre l’autre phrase, qu’on ne cite plus très souvent : « il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus » (Matthieu 22,14) ! Décidément Jésus est bien paradoxal !


C’est peut-être parce que nous devons rester humbles devant le mystère du salut. Dans le passé, nos Pères n’avaient pas peur d’envoyer en enfer une grande partie de l’humanité, et, pour nous, c’est l’inverse : notre cœur sensible frémit à l’idée qu’il puisse y avoir une réprobation éternelle, en dépit de l’enseignement, pour le coup très explicite, de Notre Seigneur. Dans un cas comme dans l’autre, nous prétendons savoir ce que nous n’avons pas à savoir. Est-ce que Dieu n’a pas infiniment plus d’amour que nous des hommes ? Est-ce qu’il n’est pas le Tout Puissant ? Remettons-nous en à lui de la destinée éternelle de nos proches et de tous les autres.

Quand on assiste, comme ce fut cas de beaucoup d’entre nous il y a quelques semaines, à une canoni-sation, on est frappé de l’extrême prudence avec laquelle l’Église finit par prononcer, avec l’autorité qu’elle a reçue du Christ, que X et Y sont sauvés. Car c’est cela de proclamer que quelqu’un est un saint, ce n’est pas d’abord d’en faire un modèle ou un intercesseur, c’est de déclarer infailliblement que Giuseppe Roncalli et Karol Wojtyla sont surement au paradis avec le Christ. S’il a fallu tout cela, procès, enquête, prières, secours du Saint Esprit, pour en arriver à ce résultat (que ne garantit même pas la béatification, car là l’Église n’engage pas complètement son infaillibilité), c’est que c’est chose exceptionnelle, presque miraculeuse, que nous, petits êtres humains, puissions dire en toute sécurité : « celui-là est sauvé ! ».

 

Par contraste, nous devrions nous inquiéter quand tant nos cérémonies d’obsèques tournent en canonisa-tions : « il est près de Dieu », « il est heureux », « il est avec les saints » etc… Mais qu’en savent-ils ? Bien sûr que nous le souhaitons, de tout notre cœur ; mais cette façon de prendre nos désirs pour des réalités, de tirer un chèque sur la bonté divine en décidant à sa place, au nom de critères qui sont les nôtres (« c’était une brave femme », « il n’a jamais fait de mal à personne »), ne fait décidément pas sérieux et prouve qu’on n’a pas réellement vu la profondeur du salut que Dieu nous apporte. Le drame des relations entre Dieu et l’homme est devenu un vaudeville !

 

On croit entendre le ricanement de Nietzsche parlant de ces « boutiques malhonnêtes » où l’on « fabrique de l’arrière-monde », cet au-delà de carton-pâte, qui prolonge la vie présente dans le sens de nos désirs et nos attentes. Le salut n’est pas un avancement qu’on obtient en fin de carrière, au vu de nos états de service, c’est une rencontre de feu avec l’absolu de Dieu.

Sortons de ces pronostics, non pour cultiver la terreur, mais au contraire pour aller dans le sens de la confi-ance que nous apprend l’Évangile. Nous n’éliminerons pas l’inconnu qui plane sur le sort de nos défunts, cet inconnu, prolongeant la souffrance de la séparation, est quelque chose de notre purification et sans doute aussi de la leur. Trop longtemps nous avons instrumentalisé nos relations avec les autres, nous les avons classés, nous leur avons assigné un rôle à notre profit. Apprenons qu’ils ne nous appartiennent pas et qu’ils n’ont de compte à rendre qu’à Dieu.

L’Au-delà n’est pas à notre mesure, heureusement. Nous avons encore de quoi être surpris !

Michel GITTON


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