Subvenite

Subvenite, Sancti Dei, occurrite, Angeli Domini, * Suscipientes animam eius, + Offerentes eam in conspectu Altissimi. V. Suscipiat te Christus, qui vocavit te, et in sinum Abrahae Angeli deducant te. V. Requiem aeternam dona ei, Domine: et lux perpetua luceat ei.

Venez, saints de Dieu, Accourez, anges du Seigneur, prenez son âme et présentez-la devant la face du très-haut.

V/. Que le Christ qui t’a appelé te reçoive, et que les anges te conduisent dans le sein d’Abraham.

V/. Donne-lui, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière perpétuelle l’illumine.

Amoris Laetitia… Mais que se passe t’il ?

Amoris Laetitia. Je ne vous cache pas que je suis mal à l’aise sur ce sujet, pour plusieurs raisons. Pourquoi aborder dans un site ou un blog dédié au chant grégorien et à la liturgie des questions qui relèvent de la théologie morale ? Deuxièmement, faut-il sacrifier à la mode qui veut que tout le monde donne son avis sur tout ? Troisièmement, pourquoi entrer encore dans une logique de débat voire de polémique sur ce texte pénible à lire, trop long, trop confus ? Enfin, sur un sujet comme celui-là, qui peut avoir raison ? Les avis paraissent souvent trop tranchés pour être exacts. Enfin, aborder ce type de sujet, est ce que ce n’est pas tout simplement scandaliser les faibles et les petits ?

Pourtant, ce sujet est intrinséquement lié à une question liturgique puisqu’Amoris Laetitia concerne surtout, a minima dans la lecture qu’en font les médias ou alors dans les débats qui animent les différents interlocuteurs, l’accès à la vie sacramentelle versus la morale sexuelle proposée par l’Eglise. Un sujet difficile, traité à de nombreuses reprises par les prédécesseurs du pape régnant. Et le problème de fond relève strictement d’une bonne ou une mauvaise compréhension de la notion de Miséricorde.


Or, je suis tombé sur une réflexion mûrie et profonde d’Aline Lizotte. Il faut bien sûr la présenter. Experte de la théologie de Jean-Paul II, c’est elle qui en a été la promotrice en France et en Amérique du Nord ; elle a introduit de façon brillante « les sujets qui fâchent » qu’ensuite Yves Semen, qu’on ne présente plus dans les « milieux cathos » français a su rendre accessible.

http://asso-afcp.fr/breves/pourquoi-lexhortation-apostolique-amoris-laetitia-inquiete-t-elle/

Aline Lizotte ne mâche pas ses mots. Quelques extraits choisis :

« parmi toutes les formes d’union entre l’homme et la femme, certaines réalisent l’union idéale voulu par le Christ : un amour exclusif, fidélité des époux l’un envers l’autre jusqu’à la mort, ouverture à la vie, constitution d’une Église domestique reflet de l’union sponsale du Christ et de l’Église. Cette union est celle du sacrement de mariage quand il est valide. Cependant, il y a d’autres formes d’union qui contredisent objectivement cet idéal. On peut penser, ici, à la polyandrie et à la polygamie. Mais certaines autres formes la réalisent, au moins en partie et par analogie, telles les « unions de faits, le concubinage et le mariage civil ». Nous sommes donc placés devant un étalage sociologique qui va des « unions de fait au mariage sacramentel ». Ce dernier est considéré comme l’idéal, les autres formes d’union sont déclarées entretenir une relation de l’imparfait au parfait, avec le mariage sacramentel. Cette relation est une analogie ! » 

(…)

« L’argumentation recourt au n° 34 de Familiaris Consortio, qui prohibe la gradualité de la loi, la distinguant fermement de la loi de la gradualité. Mais cette insertion est précédée de l’avertissement suivant, lequel n’est pas cité dans Amoris Lætitia.

Les époux ne peuvent toutefois considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regarder comme un commandement du Christ Seigneur leur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles. «C’est pourquoi ce qu’on appelle la « loi de gradualité » ou voie graduelle ne peut s’identifier à la « gradualité de la loi »», comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses.

En insistant sur la dénomination de l’idéal, pour désigner le mariage sacramentel, et en désignant les autres formes d’union comme des analogies plus ou moins éloignées de cet idéal, Amoris Lætitia ne peut manquer d’introduire une confusion sérieuse. Ce raisonnement proportionnaliste pourrait être interprété comme signifiant que toute forme imparfaite d’union conjugale, parce qu’elle contiendrait des éléments du mariage sacramentel – idéal – pourrait être vécu par un couple de baptisés sans qu’il soit en contradiction avec la loi divine. Ce couple pourrait, en conscience, juger que, pour lui-même, la forme imparfaite de conjugalité qu’il choisit est la seule à laquelle il se sente capable et que puisqu’elle est bonne pour lui, elle est en conformité avec la loi divine. Dieu ne lui en demande pas plus, s’il n’est pas capable de plus ! Affirmer cela serait prôner la gradualité de la loi. »

(…)

« Si l’on analyse avec un peu de rigueur le traitement que le chapitre 8 fait subir à la doctrine traditionnelle sur le mariage et surtout à la discipline qui en découle concernant ce que l’on appelle les « situations irrégulières », on se trouve devant une situation d’étonnement, sinon de terreur.

L’analyse engendre une certitude. Le rédacteur de ce chapitre ne peut être le pape François lui-même. L’habileté hautement casuistique du texte, la connaissance pointue et fine des textes cités, que ce soient ceux du magistère antérieur, que ce soit ceux de saint Thomas, ou même ceux des Pères synodaux, est trop élevée. Elle est celle d’un ou de plusieurs théologiens de métier qui connaissent en profondeur la théorie morale du proportionnalisme et qui savent comment trouver les textes les plus expressifs pour justifier leur point de vue. Car ce chapitre met en œuvre un proportionnalisme développé. On retrouve toutes les anciennes querelles et imprécisions que l’on croyait dépassées : la distinction du parfait et de l’imparfait remplaçant la distinction formelle des actes bons ou mauvais, la morale de situation, l’option fondamentale, le primat de la conscience subjective, les doutes sur l’universalité de la loi naturelle. Tout est habilement arrangé pour faire entendre et admettre ce que Veritatis Splendor avait condamné.

Alors quoi, le pape François, s’il n’a pas écrit ce chapitre, est-il complice ? Ou a-t-il été trompé par ses propres collaborateurs, qu’il a pourtant choisis lui-même ? Peut-être n’a-t-il pas jugé lui-même de l’importance de l’entreprise ? Emporté par son désir d’en finir avec la mise à l’écart de ceux qu’il appelle les exclus, il a trouvé que cette théologie morale qui met entre parenthèse l’objet moral, pour favoriser l’émergence de la subjectivité, sujet de miséricorde, convenait parfaitement à son élan pastoral ? Peut-être ! Nous ne le saurons jamais.

Mais nous ne pouvons pas faire deux choses. La première serait de considérer que les directives pastorales qui émergent du chapitre 8 sont à appliquer sans discernement et ne doivent pas être reprises au regard de toute la pastorale traditionnelle de l’Église. Il faut relire les grandes encycliques de Jean-Paul II, de Paul VI et de Benoît XVI et voir comment elles constituent toujours un guide pour appliquer les nouvelles directives de l’exhortation Amoris Lætitia. Sans ce guide, nous risquons de perdre le bon sens et même notre conscience. La deuxième serait de considérer que le pape François n’a rien à nous dire. Maladroitement ou imprudemment, peut-être, ou divinement, son message restera clairement comme une lumière dans l’Église. La prudence pastorale ne peut se contenter d’énoncer des normes, de formuler des règles, de pratiquer des condamnations. Nous sommes devant une situation de crise en ce qui concerne la théologie morale, principalement celle qui regarde la morale de la famille et du mariage. Il y a probablement plus de chrétiens qui vivent dans des situations irrégulières que de chrétiens qui vivent selon la situation objective du mariage telle que donnée par Dieu et enseignée par le Christ. Car dans l’Église, il y a plus de pécheurs que de saints canonisés ! Cela appelle un immense devoir de miséricorde et ce devoir, le pape François veut l’accomplir. Nous devons faire ce qu’il dit : sortir de notre confort spirituel, aller vers ceux qui sont, sans le savoir, dans les ténèbres de l’ignorance et dans les difficultés de la souffrance de l’échec de l’amour, écouter, comprendre, accompagner, éclairer, soutenir et aider chaque personne à retrouver la Joie de l’Évangile dans la Vérité qui rend libre. »

L’article 299 de l’IGMR et l’orientation

On est très surpris de voir dans Zénit ou dans d’autres publications « mainstream » ces derniers jours une explication de la « bonne » interprétation de l’article 299 de l’Institutio Generalis Missalis Romani (IGMR) par des gens qui n’ont ni mandat, ni compétence, ni qualification. Et même ni légitimité, ni intelligence, ni éducation. Disons les choses explicitement : depuis quand le directeur de salle de presse se permet-il de faire la leçon à un cardinal préfet sur des sujets qui relèvent de sa propre compétence ? C’est proprement ahurissant. Parce qu’attention : ce Cardinal n’a rien énoncé de contraire à la foi ou aux mœurs, n’a rien organisé qui affaiblirait le souci de l’Eglise d’annoncer l’Evangile, n’a remis en cause aucune doctrine ni aucune discipline. Il a proposé en vertu de sa responsabilité de promoteur de la liturgie au plan mondial, aux évêques, d’appliquer concrètement ce que le Missel romain actuel préconise. Tout simplement. Pourtant, tout se passe comme si on assistait à une sorte de « recadrage » violent. Car oui en fait, la réalité c’est que proposer la liturgie telle qu’elle est, sans ajout ni retrait c’est beaucoup trop…


Quand le pape François lui-même célèbre « face à l’orient ». Et oui…. A quand un recadrage de la salle de presse du Vatican par le souverain Pontife ?

Rappelons que l’« IGMR » est le texte introductif du missel romain de 2002 (paru sous Jean-Paul II). C’est ce texte qui explicite la façon de célébrer la liturgie de la Sainte Messe dans sa forme ordinaire. L’IGMR actuelle comprend les mots suivants (article 299) :

« Altare maius exstruatur a pariete seiunctum, ut facile circumiri et in eo celebratio versus populum peragi possit, quod expedit ubicumque possibile sit. »

Que l’on pourrait traduire de la façon suivante :

« Il convient que le maître autel soit construit séparé du mur, ce qui est utile, chaque fois que cela est possible, afin que l’on puisse facilement en faire le tour et que la célébration face au peuple puisse avoir lieu ».

Or la salle de presse du Vatican laisse entendre que le missel mentionnerait par les deux mots « quod expedit » que la célébration face au peuple devrait être préférable à la célébration face à l’orient. Ce qui est bien sûr erroné. La Congrégation pour le culte divin a publié cette clarification (Prot. No. 2036/00/L) concernant l’article 299 :

« La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a été interrogée sur l’article 299 de l’Institutio Generalis Missalis Romani afin de déterminer si son contenu constitue une norme selon laquelle la position du prêtre versus absidem (face à l’abside) doit être exclue. La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements après une sérieuse réflexion et à la lumière des normes liturgiques répond : NEGATIVEMENT. le mot expedit ne constitue pas une stricte obligation mais une suggestion QUI SE RÉFÈRE À LA CONSTRUCTION DE L’AUTEL a pariete seiunctum (détaché du mur).»

Cf : http://www.adoremus.org/12-0101cdw-adorient.html

Cf: http://benoit-et-moi.fr/2016/actualite/liturgie-pas-de-reforme-de-la-reforme.html

Merci au forum catholique et au blog d’Yves Daoudal.

Voir aussi notre article de 2009 qui soulevait la même question (avec une traduction de l’anglais d’une réflexion publiée sur New Liturgical Movement).

http://www.scholasaintmaur.net/la-loi-toujours-applicable-de-la-celebration-versus-deum/

Et aussi :

http://www.scholasaintmaur.net/on-lattendait-depuis-plusieurs-mois/

La question ne devrait donc plus se poser en ces termes, et ce depuis 15 ans au moins. On assiste à un véritable recul avec cette déclaration mal à propos du P. Lombardi. C’est effrayant. Et le plus marquant c’est bien l’incise finale : « la forme extraordinaire e doit pas prendre a place de la forme ordinaire ». On le pressent depuis longtemps, on percevait l’ombre fuyante de cette idée jusqu’à maintenant mais elle se dévoile désormais au grand jour : la « libéralisation » de la forme extraordinaire n’est donc possible qu’à l’expresse condition de pouvoir continuer à dégrader la liturgie ordinaire au niveau d’un « rite infra-ordinaire » qui surtout ne doit plus rien à faire avec le rite romain.

Il faut remettre Dieu au centre de la messe

Une interview de Don Nicola Bux, traduit de l’italien. Merci à Diakonos.


On ne plaisante pas avec les sacrements, le dernier livre de Don Nicola Bux

Il vient de publier un livre avec Batman et Wonder Woman en couverture, même si le titre semble évoquer autre chose : « On ne plaisante pas avec les sacrements» (Con i sacramenti non si scherza) aux éditions Cantagalli. Don Nicola Bux, ancien consulteur de l’Office des Célébrations liturgiques de Benoît XVI, actuel consulteur de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, professeur de Liturgie orientale et de théologie sacramentaire à la Faculté théologique des Pouilles peut être considéré comme un expert de cette « réforme de la réforme » liturgique dont le Cardinal Robert Sarah a parlé à la convention pour la Sainte Liturgie qui s’est déroulée récemment à Londres. Le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin a affirmé qu’il fallait revenir « le plus vite possible » à une orientation commune du prêtre et des fidèles dans la célébration liturgique avant d’ajouter que le Pape François lui avait demandé d’étudier la « réforme de la réforme » liturgique que Benoît XVI appelait de ses vœux.

Don Bux, que signifie cette demande du Cardinal Sarah que tous se tournent ad orientem ?

La Présentation Générale du Missel Romain mentionne déjà au point 299 que la célébration peut se dérouler « face au peuple » mais n’exclut en rien que l’on puisse célébrer versus Deum ou ad Orientem. L’Orient c’est avant tout Jésus-Christ selon l’hymne du Bénédictus (en français « Quand nous visite l’astre d’en-haut », en latin « qua vistabit nos Oriens ex alto »), c’est également le point cardinal vers lequel les églises étaient orientées, au moins jusqu’à la fin du XVIe siècle en Occident et encore de nos jours en Orient : depuis les origines, cette orientation était matérialisée par la croix installée dans l’abside à laquelle s’adressait le prêtre. Alors que la liturgie « vers le peuple » met en évidence la place centrale de la figure du ministre jusqu’à refermer la communauté sur elle-même, le regard ad Deum ouvre cette même assemblée à ce que Vatican II définissait comme étant la dimension eschatologique de la liturgie : c’est-à-dire la Présence du Seigneur qui vient au milieu de son peuple. Dans la liturgie, riche en symboles, rien n’est laissé au hasard : l’orientation versus Deum per Iesum Christum (vers le Seigneur à travers le Christ Jésus) nous rappelle que nous « nous tournons vers le Seigneur ». Pour approfondir ce point, je conseille la lecture de l’étude de U.M. Lang, « Se tourner vers le Seigneur » qui a été traduit en plusieurs langues.

Mais le prêtre n’est-il pas déjà censé représenter le Christ ?

Le prêtre représente certainement le Christ (cfr. Sacrosantum Concilium, n. 7) mais il n’est pas Jésus-Christ qui n’est vraiment, réellement et substantiellement présent que dans le Sacrement de l’Eucharistie. C’est pour cela que Jésus-Christ et donc le sacrement doit être le point central de la liturgie. Il est très significatif que, de tout temps, la croix ait indiqué le point cardinal vers lequel la prière devait s’orienter. Le Cardinal Sarah, dans un moment où la déformation anthropocentrique de la liturgie est forte, invite à ce que l’on restitue à la Présence divine sa place centrale, représentée par l’orientation commune du prêtre et du peuple vers la Croix.

Le cardinal a dit que le Pape François lui a demandé d’approfondir la soi-disant « réforme de la réforme » liturgique qui fut lancée par son prédécesseur. De quoi s’agit-il ?

Benoît XVI avait observé que lors de la réforme de la liturgie à la suite du Concile Vatican II, c’est un peu comme si l’on s’était retrouvé devant une immense fresque précieuse à restaurer. Cette restauration a malheureusement été réalisée en toute hâte et de façon agressive, au point que l’on a risqué d’endommager la fresque elle-même. Voilà pourquoi il est important d’étudier la « réforme de la réforme ». Plusieurs spécialistes de la liturgie comme par exemple Klaus Gamber et Louis Bouyer avaient été jusqu’à agiter le spectre de la fin du rit romain qui aurait été supplanté par une espèce de rit moderne. Avec cette « réforme de la réforme », Ratzinger proposait de relancer le processus de restauration afin de préserver l’intégralité de la fresque.

D’accord, mais outre la question de l’orientation, quelles sont les autres aspects concernés par cette « réforme de la réforme » ?

Il y en a plusieurs, je peux en citer quelques-uns. L’abandon du latin a contribué à la désacralisation de la liturgie, au point que la Constitution liturgique de Vatican II demande explicitement qu’il soit conservé dans le rit latin (cfr. SC 36). En outre, la langue latine est un signe d’unité et d’universalité de l’Eglise. Il y a ensuite la question du caractère sacrificiel de la Messe : les théologies eucharistiques du XXe siècle ont mis l’accent sur la Dernière Cène pour en déduire qu’elle avait donné à l’eucharistie sa forme fondamentale, celle d’un banquet ou d’un repas, au détriment du caractère cosmique, rédempteur et sacrificiel de la Messe. Ceci nous emmène au cœur de la réflexion théologique portée par Ratzinger sur le sens profond de la messe. Ratzinger considère que « le problème central de la réforme liturgique », c’est le manque de clarté causé par la séparation apparente entre le dogme et la structure liturgique. La « réforme de la réforme » doit remédier à l’anomie – un peu comme s’il n’existait plus aucun norme – et à l’anarchie dans la liturgie en réaffirmant le droit de Dieu sur cette dernière. En dernier lieu, et non des moindres, cela implique une restauration de la discipline en matière de musique sacrée et des canons de l’art sacré, deux aspects étroitement liés à la liturgie.

Par où faudrait-il commencer ?

Benoît XVI avait par exemple proposé et entrepris de faire en sorte que là où le célébrant ne pouvait physiquement pas se tourner physiquement vers l’Orient, un crucifix soit posé sur l’autel « vers le peuple » de sorte que le célébrant et les fidèles soient tous deux orientés vers lui. La croix et surtout le tabernacle sont là pour indiquer la présence du Seigneur crucifié et ressuscité qui est ce qu’il y a de plus sacré et qui rend la liturgie elle-même sacrée comme l’affirme la Constitution liturgique. En résumé, la « réforme de la réforme » dans laquelle on retrouve la marque de fabrique de Benoît XVI vise à faire renaître le sacré dans les cœurs. On remarque d’ailleurs que là où « réforme de la réforme » a été mise en œuvre, le sens du sacré n’a pas manqué de renaître.

Allons au fond des choses : que signifie réellement la présence du Seigneur dans la liturgie ?

Nous pouvons dire avant tout que sans cette Présence du Seigneur, la liturgie chrétienne n’aurait aucun sens. Il ne s’agirait que d’une autoreprésentation purement humaine car c’est justement la Présence qui rend la liturgie sacrée. Le sacré est quelque chose qu’il est possible de s’approcher avec révérence et crainte, quelque chose qu’il faut presque ne pas « toucher » : c’est la présence divine. « Ne me touche pas » a dit le Seigneur ressuscité à Marie Madeleine. Et c’est ce que Pierre lui a dit sur le lac : « Eloigne-toi de moi parce que je suis pécheur ». Une liturgie peut tout à fait ne pas être sacrée, comme la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques. La liturgie est sacrée à cause de la Présence du Seigneur, et s’il est présent, on ne peut pas faire n’importe quoi, on doit reconnaître et adorer cette présence et s’approcher de lui avec toutes les attitudes et les dispositions requises. C’est pour cela que les déformations et les abus dans les liturgies actuelles sont très graves.

Est-ce pour cela que le cardinal Sarah fait référence, par exemple, à l’agenouillement ?

Certainement, la raison pour laquelle nous nous mettons à genoux c’est justement cette Présence du Seigneur dans la liturgie. Il ne s’agit pas d’une présence « historique » spatio-temporelle mais avant tout d’une présence spirituelle, autant en nous qu’en-dehors de nous, donc tous les signes doivent toujours exprimer la reconnaissance témoignée par le fidèle. Certains liturgistes, par exemple, recommandent de déplacer le tabernacle dans une chapelle latérale ou sur une colonne située à vingt mètres de l’autel où l’on célèbre habituellement pour éviter un conflit de signes : ce serait comme le rendre « moins présent ». Mais vingt mètres suffisent-ils à atténuer la Présence réelle ? Qu’entend-on réellement par cet hypothétique « conflit de signes » ?

Le cardinal Sarah a parlé de la nécessité de renforcer la formation liturgique des prêtres en espérant qu’on leur enseigne également à célébrer la messe dans sa forme extraordinaire (communément appelée « rite tridentin »). Pour quelle raison ?

Pour une raison très simple : lorsque Paul VI promulgua le nouvel Missel romain, il le fit en continuité avec le missel tridentin des quatre siècles précédents. Il voulait justement montrer la continuité entre les deux missels, au-delà du fond de la question. Donc, ignorer ou pire diaboliser le rite précédent, c’est se mettre en opposition avec l’ordo de Paul VI qui, si l’on s’en tient aux déclarations, fait partie de l’ancienne école. C’est également dans ce sens qu’il est très important que le Pape François ait demandé au cardinal de continuer à étudier la « réforme de la réforme ».

Dans le débat intra-ecclésial, ceux qui sont attentifs à la liturgie sont catalogués comme conservateurs ou pire, comme « ultraconservateurs ». Des personnes attachées à des formes qui appartiennent au passé, des gens fixés. Quelle est votre avis ?

Il faut tout d’abord faire une distinction : s’il fallait diaboliser les « ultraconservateurs », est-ce que les conservateurs deviendraient alors une « espèce » fréquentable ? Au-delà de cette boutade, ce catégorisation révèle une idée politique de l’Eglise. Diviser encore aujourd’hui l’Eglise en « conservateurs » et, je suppose à l’opposé, en « progressistes » ou encore en « fermés » et en « ouverts », c’est justement céder à une réduction politique qui n’appartient pas au mystère divin et humain de l’Eglise, corps du Christ et peuple de Dieu. C’est une conception qui ne sert qu’à diviser et à répandre la confusion mais qui est étrangère à toute la tradition catholique. En 1985, Joseph Ratzinger réaffirmait dans son célèbre livre-entretien avec Vittorio Messori, Rapport sur la foi, que c’est l’idée même d’Eglise qui était en crise. A mon sens, cette crise qu’il voyait venir de loin s’est aggravée : si l’Eglise est une et indéfectible comme le dit Lumen Gentium, elle ne devrait être composée que de catholiques – un mot qui évoque la totalité de la vérité (y compris la tradition apostolique, patristique et théologique des 2000 années de l’Eglise) – qui en vivent et l’actualisent aujourd’hui. Tous les autres qui se situent en-dehors de l’Eglise sont soit avec elle – qu’ils en soient conscients ou pas – ou contre elle parce qu’ils pensent qu’il faudrait reléguer l’Eglise dans une espèce de musée ou qu’ils la considèrent comme une réalité qui devrait suivre la mentalité du monde et se conformer au temps présent. Mais il faut faire attention : ceux qui épousent la mode d’aujourd’hui se retrouveront veufs demain. Saint Paul dans sa lettre aux Romains (12, 2) invitait justement les chrétiens de Rome à ne pas se conformer au monde. C’est pour cela que je pense qu’il serait bon de se remettre à employer les anciens termes comme « orthodoxes » et « hétérodoxes ». Saint Basile divisait ces derniers en hérétiques et schismatiques et l’histoire plus récente entre « catholiques » et « modernistes ».

Modernistes ? Dans quel sens ?

Je préfère cette dernière appellation – ce terme est à la mode – parce que je crois qu’aujourd’hui, dans l’Eglise, il y a d’un côté les fidèles qui ont une « pensée catholique » pour utiliser une expression de Paul VI, c’est-à-dire une pensée qui s’inscrit dans la grande tradition apostolique jusqu’à nos jours pour en faire prudemment jaillir des innovations et de l’autre les in-fidèles qui ne se réfèrent à ce grand dépôt de la foi que dans la mesure où il peut servir leurs désirs et leurs caprices (qu’ils prennent pour un droit) d’hommes et de femmes contemporains. En ce sens, ils sont donc bien « modernistes » comme Pie X l’avait déjà bien compris. Mais celui qui se comporte ainsi, en suivant le monde, finit réellement par diviser l’Eglise en anéantissant cette catholicité et cette universalité qui consiste à maintenir ensemble l’ancien et le nouveau comme ce sage dont Jésus faisait l’éloge dans l’Evangile.

Traduit d’un article original italien de Lorenzo Bertocchi publié dans La Nuova Bussola Quotidana

Diaconesses : et si le véritable problème était en fait le diaconat permanent ? (2)

 

donnePrete

Notre réflexion sur le diaconat permanent et les diaconesses n’est pas un sujet révolutionnaire, comme en témoigne un article en réaction au galimatias médiatique qui a suivi les surprenantes affirmations papales devant les supérieures majeures d’instituts religieux à Rome. Comme à notre habitude, nous soulignons et [commentons].

Vu sur belgicatho :

Les femmes et la nature du diaconat

Tel est l’objet de la question posée récemment par le pape François.

Sur la nature du « diaconat permanent » dont le nom en tout cas fut tiré des oubliettes de l’histoire par le concile Vatican II, l’abbé Alphonse Borras a publié, voici quelque temps déjà, un ouvrage intitulé  « Le diaconat au risque de sa nouveauté » (Bruxelles, Lessius , collection « La Part Dieu », 10-2007, 239 pages) que Michel Deneken a recensé dans la Revue des sciences religieuses. Il situe clairement l’objet du débat.

« Théologien, canoniste et vicaire général du diocèse de Liège, Alphonse Borras mène sur les ministères une réflexion qui toujours allie histoire, théologie, droit et pratique. Il est, entre autre, un des spécialistes reconnus du diaconat. Considérant le bilan du rétablissement du diaconat permanent depuis quarante ans et prenant en compte les travaux que la Commission Théologique Internationale sur l’évolution et les perspectives du diaconat de 2003, Alphonse Borras pose la question de la nouveauté de ce ministère. Un bref rappel des débats autour du rétablissement du diaconat permanent à Vatican II permet de saisir d’emblée que si le diaconat permanent apparaît nécessaire à la vie de l’Église, s’y trouvent cependant en germe des équivoques, des difficultés et des interrogations.

[En particulier, la question de savoir si le diacre permanent est un sous clerc ou un super laïc… Question abordée dans mon article précédent et développée dans la suite de l’article.]

On découvre ainsi que la réception de ce ministère demeure largement à réaliser. « Diaconat nouveau ou nouveau diaconat ? » : Le titre du chapitre II ne relève pas du vain jeu de mots, mais situe la question telle qu’elle se pose aujourd’hui concrètement aux communautés chrétiennes comme à l’épiscopat. Parlant d’un diaconat « aux franges du sacerdoce » (p. 61), Alphonse Borras montre bien que celui que rétablit Paul VI n’est pas le même que celui qui eut cours dans l’Église ancienne. Il convient donc de parler non d’un nouveau diaconat, car la référence est bien l’Église ancienne, mais de diaconat nouveau, se distinguant du diaconat ancien. Si le diaconat prend en référence le presbytérat, le risque de nouveaux malentendus est grand. Il convient donc de réfléchir à la symbolique diaconale (chapitre III), ce qui aboutit à une précision sur la nature sacramentelle du diaconat (chapitre IV). [Pour le recenseur de cet ouvrage, et semble t’il également pour son auteur, il faudrait donc considérer que le diaconat permanent ne puise pas ses sources dans la réalité du diaconat tel qu’il a eu cours dans l’antiquité… C’est à dire qu’il prend acte d’une rupture. J’ajouterai : une rupture qui prépare le diaconat féminin…]

Avec Y. Congar, Alphonse Borras  affirme que les ministères dans leur diversité s’inscrivent dans l’Église locale, chacun procédant de la communion ecclésiale autant qu’il la réalise. La sacramentalité du diaconat ne devrait plus faire l’objet de débats : « Dans l’unité du sacrement de l’ordre, le diaconat trouve son enracinement dans le Christ, soit qu’on le relie à la mission des apôtres, soit qu’on le rattache au lavement des pieds » (p. 103). [Sous entendu : le lavement des pieds est bien un rite préconsécratoire, et non pas seulement une expression de la charité. Notre site web a longuement inisité sur cette vision liturgie et sacramentale de ce rite du jeudi saint mis en exergue par la réforme liturgique. Il faudrait alors comprendre, conséquemment, que l’innovation incompréhensible au plan doctrinal – mais ô combien populaire au plan pastoral – introduite contre l’avis de son préfet de la liturgie par le pape François est bien le premier pas vers l’ordination diaconale de femmes.] Puisque le diaconat est bien un sacrement, il faut donc, dans l’optique catholique, définir la nature du caractère spécifique qu’il imprime (chapitre V). Si l’en semble du sacrement de l’Ordre procède de la configuration du ministre au Christ lui-même, le diaconat le fait à sa manière.

Alphonse Borras fonde sa thèse sur sa conception de la mission de l’Église dans l’histoire (annonce du Règne, célébration du Seigneur, service de l’humanité) : son ordination destine le diacre « à l’œuvre de Dieu dans ce monde en train de le conduire à son achèvement » (p. 129). Cette référence au Christ conduit à se demander s’il est pertinent d’affirmer que le diacre agit « in persona Christi » (chapitre VI). [Et effectivement, la théologie et même le droit canonique se sont positionnés récemment sur cette question. (motu proprio Omnium in mentem). Nous en avons parlé dans nos pages. On considère désormais que le diacre n’agit pas in persona Christi capitis. Sur la distinction entre le in persona Christi et le in persona Christi capitis, il y aurait également beaucoup à dire, mais ce n’est pas l’objet de cette publication.] Replacée dans le binôme in persona Christi – in persona Ecclesiae, le diaconat est référé au second membre, le premier désignant davantage le ministère sacerdotal. [Donc l’idée est claire : distinguer le diaconat du sacerdoce ministériel … donc laisser ouverte une porte béante vers l’ordination féminine…] Dans ce sens, le directoire de 1998 a raison d’user de l’ex pression « in nomine Christi » ; c’est cette formule qu’il convient de privilégier (p. 143). Dans les problèmes rencontrés aujourd’hui dans l’exercice du diaconat, celui de la fonction elle-même est souvent posé. Le diaconat revêt le ministre d’une potestas sacra, et cette ordination est « productrice de droit » (p. 167).

Alphonse Borras plaide pour une véritable spiritualité du diaconat (chapitre VIII). Spiritualité ecclésiale, configuration au Christ serviteur, elle peut produire une typologie du diacre samaritain, prophète ou berger. Enfin, Alphonse Borras  invite à ne pas focaliser la question du diacre sur celle du presbytérat (chapitre IX) [Encore une fois. Donc on crée un diaconat nouveau, hors sol, sans lien avec le presbytérat. C’est clair et net.]. Il montre que les problèmes rencontrés sont de l’ordre du terrain, du relationnel, de la manière dont le diaconat est concrètement vécu.

Alphonse Borras, malgré les difficultés et équivoques qu’il a mises en évidence, conclut en se demandant si le ministère du diacre ne serait pas « une clé pour le renouvellement du ministère de l’Église tout entière » (p. 234). [C’est à dire la clef de la révolution promue par le pape actuel, d’après les nombreux thuriféraires de ce dernier ?] Cet essai propose une synthèse sur la question du diaconat aujourd’hui. Il représente également une stimulante réflexion sur le ministère ordonné en général, notamment au sujet de l’articulation des entre les trois ministères de l’évêque, du prêtre et du diacre. »

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Tout le problème des diaconesses ou du diaconat féminin procède donc directement de l’innovation du diaconat permanent. Du flou persistant au plan théologique et doctrinal dans lequel cette pratique a été instituée. D’ailleurs beaucoup trop souvent, les candidats diacres permanents sont bien sûr sélectionnés parmi ceux qui ont des positions doctrinales proches de Congar, dominicain, ou d’autres théoriciens jésuites comme bien sûr l’incontournable Teilhard de Chardin. Car oui bien sûr ça a un lien. Peut être aurai je l’occasion d’y revenir.

En tout cas, cette analyse qui est ancienne confirme en tout point la réflexion proposée dans mon précédent article… Grosso modo la ficelle est grosse, mais elle semble fonctionner : le « diaconat permanent » n’a pas de lien avec le sacerdoce ministeriel, donc n’est qu’une sorte d’émanation d’un sacerdoce baptismal. Donc il est potentiellement ouvert aux femmes.

Replaçons le débat sur les rails… C’est maintenant urgent : la question n’est pas : « comment ordonner des femmes diacres sans mettre en cause le sacerdoce ministériel ? » mais bien : « est il légitime que les femmes aient un rôle ministériel dans la liturgie? ». Paul VI et le Concile Vatican II affirment clairement que non. C’est même explicite dans le Motu proprio de Paul VI qui réforme les ordres (Ministeria Quaedam). Le problème est profond, et notre site l’a souligné à de nombreuses reprises. La solution est même patente : si on veut parvenir à garder à la liturige romaine son intégrité au moins théorique (malgré les nombreux abus encouragés partout) il faudra interdire les « lecteuses » et les « enfants de choeuses ».  Parce que le ministère de lecteur et d’acolyte repose directement sur la primauté d’ordre masculine. Oui oui j’en vois quelques unes au fond de l’assemblée se lever et partir en claquant la porte. Tant pis. J’assume.

Comment ? Qu’est ce que j’entends ? C’est trop tard ? Que voulez vous : je le sais parfaitement. Mais je suis né trop tard dans un monde trop vieux. Vivement la Parousie !

Diaconesses : et si le véritable problème était en fait le diaconat permanent ?

Au regard des récentes déclarations du Souverain pontife au sujet des diaconesses, et du fait qu’il n’y serait pas opposé, j’observe avec circonspection les remarques d’un certain nombre de journalistes ou bloggeurs. Et quelquechose me gêne…Tout se passe comme si la seule question serait que le diaconat, ce n’est pas comme le presbytérat, et que donc, la question pourrait légitimement être ouverte, attendu que s’il n’est pas envisageable d’ordonner des femmes prêtres, le diaconat féminin est soit un compromis, soit un danger potentiel…Compromis pour les féministes et autres genristes : après tout, ce serait une façon de donner des gages, sans trop de douleur, aux femmes qui pourraient se voir ainsi « reconnues »… Puisque l’essentiel n’est pas touché…Danger potentiel pour les conservateurs ou les traditionnalistes, dans le sens où pour eux ce serait une avancée dramatique vers le presbytérat ministériel féminin… Qui finirait en toute logique par être revendiqué, dans 5 ans, 10 ans, 50 ans ou 100 ans…Mon humble opinion est que cette question ne devrait certainement pas être traitée en ces termes. Le diaconat féminin ne sera ni un compromis ni un danger potentiel. Il sera tout simplement un scandale innacceptable. Ni plus ni moins. Et que notre devoir est de nous opposer de toutes nos forces à cette idée. Le diaconat féminin, ce sera seulement la destruction du sacrement de l’ordre, une mesure non seulement illégitime mais blasphématoire et directement contraire aux enseignements du Christ.Il faudrait quand même le rappeler: le diaconat est un degré du sacrement de l’ordre sacerdotal…. Le problème est que cette réalité structurante est oubliée, à cause du diaconat permanent. Tout cela a largement été expliqué sur ce site à plusieurs reprises, je n’y reviendrai donc pas. On a en effet fini par croire que le diaconat était :
– 1 : une sorte de réalité sacramentelle détachée de deux autres réalités qui lui sont pourtant étroitement dépendantes, celle du presbytérat et celle de l’épiscopat. On parle de diaconat permanent mais personne ne parle de presbytérat permanent… Parce que ça n’existe pas. Car chacun sait qu’un prêtre peut en puissance devenir évêque…. Et c’est d’autant plus choquant le précisément, la doctrine des trois degrés du sacrement de l’ordre, qui a abouti à la réforme des ordres, est un enseignement de Vatican II…
– 2 : une sorte de récompense pour bon services utilisable par les curés et les évêques afin de « reconnaître » la pertinence et l’engagement, parfois la compétence, des « bons laïcs ».Evidemment dans ces conditions, on voit mal pourquoi le diaconat serait refusé aux femmes. Ce serait injuste.

A partir de ce moment là, la seule chose que j’aimerais voir aboutir, dans la confusion actuelle sur la pastorale et la doctrine sacramentelle, serait une réflexion actualisée sur la réalité du diaconat, et une remise en cause dela posture idéologique marxiste qui fait ordonner en Occident à tour de bras des diacres permanents – mais je n’y crois pas une seule seconde, malheureusement, au moins lors du pontificat actuel.
L’objectif caché de cette politique activement promue par de nombreux prélats est malheureusement trop souvent de cacher la misère de l’effectif du clergé, même s’ils s’en défendent à hauts cris.
La réalité profonde du diaconat permanent est en fait insaisissable. Elle ne le serait pas si les diacres étaient réellement perçus comme clercs et astreints à la discipline (sexuelle notamment) afférente. Et qu’on voyait en eux des potentiels candidats au presbytérat, et non des réalités hors sol, voire hors sacrement. Les diacres permanents ne sont pas « vraiment » ordonnés dans la mentalité populaire. Ce sont en fait des sortes de « diacres laïcs »…. Beaucoup de diacres permanents expliquent en effet sans rire que de temps en temps, il refusent de « fonctionner » en tant que diacres dans la liturgie car il leur faut équilibrer ou répartir équitablement leur temps entre deux sacrements (qu’ils avouent implicitement être contradictoires) qu’ils ont reçus : le mariage et l’ordre…. Cela légitimerait le fait que de temps en temps, ils restent dans la foule lors de la messe, au milieu de leur famille.
Et c’est là où il est permis à quiconque qui a conservé un minimum de liberté intérieure de se poser la question de la réalité vocationnelle en ce qui les concerne… Il y aurait beaucoup à dire. Parce qu’aujourd’hui, personne n’est capable de vraiment expliquer ce qu’est un diacre permanent. Alors une diaconnesse permanente…. Je laisse cela à votre réflexion.

L’autel dans la liturgie romaine

(Source : Proliturgia – www.proliturgia.org )

Dès le début de l’Eglise, l’autel est la table du repas sacré auquel se présente le disciple du Christ pour recevoir la communion eucharistique.

Mais en même temps qu’il est une table, l’autel représente la pierre sur laquelle est réactualisé le sacrifice de la Nouvelle Loi. Le concept de la table du repas sacré est indissociable du concept de pierre du sacrifice. Et ce – il faut insister – dès les premiers siècles.

Cependant, au courant du IIIe siècle, un concept nouveau s’ajoute à ceux qui existent déjà : l’Eucharistie se célèbre parfois, sinon sur le tombeau d’un martyr, du moins sur un autel qu’on a dressé devant celui-ci. Le pape Félix Ier (269-274) prend déjà des dispositions concernant cette pratique.

Après la paix constantinienne (314), des basiliques sont construites dans les cimetières qui sont autour de Rome, et leurs autels sont disposés de préférence au-dessus du tombeau d’un martyr vénéré. Mais parfois aussi, c’est le corps du martyr qui est transféré dans une nouvelle basilique construite à l’intérieur de la ville.

A partir du VIIe siècle, un usage se répand en Occident : ne plus consacrer d’autels sans y placer des reliques. C’est ainsi que l’autel, table du repas sacré et pierre du sacrifice, devient aussi l’évocation d’un tombeau. Ce sont ces trois concepts qui, à des degrés variables, vont influencer la forme des autels au cours des siècles.

Au début du christianisme, l’Eucharistie est généralement célébrée dans des maisons particulières et l’autel, une simple table en bois, est préparé pour la cérémonie puis rangé après celle-ci. C’est seulement dans le courant du IIIe siècle que les chrétiens commencent à acquérir des lieux réservés au culte où l’autel perd son caractère précaire. Les peintures des catacombes donnent quelques indications sur ces anciens autels : ils ont souvent la forme d’un guéridon à trois pieds, comme sont certains meubles précieux des riches demeures romaines de l’époque.

Les mosaïques anciennes – celles de Ravenne, par exemple – montrent également des autels en bois à quatre pieds. Ils sont recouverts d’une nappe richement brodée qui retombe très bas.

Pendant longtemps, on ne va utiliser que des autels en bois. Ce n’est qu’en 517 que le concile d’Espagne détermine l’usage d’autels en pierre. Mais il faudra encore attendre de longues années pour que la décision conciliaire soit appliquée.

Pour inspirer le respect de ces autels, on place derrière et sur les côtés des courtines d’étoffes précieuses suspendues à des tringles en cuivre. Cet usage sera conservé durant tout le moyen-âge. Cependant, en certains endroits, les habitudes changent dès la fin du XIIe siècle. Apparaissent alors les retables. Les simples gradins où sont posés les cierges et la croix prennent peu à peu des dimensions plus importantes qui varient selon les pays et deviennent des œuvres peintes ou sculptées. Quant à la Réserve eucharistique, elle est placée dans des tourelles sculptées contre un mur, le tabernacle placé sur l’autel n’apparaissant qu’à la fin de la Renaissance pour se généraliser au cours du XVIIe siècle, au moment où les autels d’inspiration baroque prennent des dimensions toujours plus importantes qui favorisent des cérémonies qui verseront dans pompeux et le théâtral jusqu’à ce qu’au début du XXe siècle, avec S. Pie X, on ressente l’urgence de redonner aux fidèles la possibilité de renouer avec ce que la liturgie a d’essentiel.