15 janvier : Super cilicium stratus

Pour la Saint Maur (15 janvier) Dom Guéranger nous propose un riche commentaire de l’Office;

Il est cependant à noter aujourd’hui que saint Maur n’est plus fêté comme ceci; en effet, il est établi que Le disciple de saint ,Benoît n’est pas le même personnage historique que le propagateur de la Règle en Gaule  le second ayant pris comme nom de religion « Maur » en hommage au premier, dont saint Grégoire parle dans les Dialogues. Aujourd’hui Saint Maur est fêté de concert avec Saint Placide, l’autre jeune disciple de Saint Benoît, qui fut sauvé de la noyade par le premier en marchant sur les eaux du lac de Subiaco. Mais les textes demeurent beaux, donc les voici :


L’année liturgique, Dom Guéranger :

Un des plus grands maîtres de la vie cénobitique, le plus illustre des disciples du Patriarche des moines de l’Occident, saint Maur, partage avec l’ermite Paul les honneurs de cette journée. Comme lui, fidèle aux leçons de Bethléem, il est venu prendre place sur le Cycle, dans cette sainte période des quarante jours consacrés au divin Enfant. Il est là pour attester, à son tour, la puissance des abaissements du Christ. Car qui oserait douter de la force victorieuse de cette pauvreté, de cette obéissance de la crèche, en voyant les admirables résultats de ces vertus dans les cloîtres de la France ?

Notre patrie dut à saint Maur l’introduction dans son sein de cette Règle admirable qui produisit les grands saints et les grands hommes à qui notre patrie est redevable de la meilleure partie de sa gloire. Les enfants de saint Benoît par saint Maur luttèrent contre la barbarie franque, sous le règne de la première race de nos rois ; sous la seconde, ils enseignèrent les lettres sacrées et profanes à un peuple dont ils avaient puissamment aidé la civilisation ; sous la troisième, et jusque dans ces derniers temps où l’Ordre Monastique, asservi par la Commende, et décimé par les violences d’une politique perverse, expirait au milieu des plus pénibles angoisses, ils furent la providence des peuples par le charitable usage de leurs grandes propriétés, et l’honneur de la science par leurs immenses travaux sur l’antiquité ecclésiastique et sur l’histoire nationale.

Le monastère de Glanfeuil communiqua sa législation à tous nos principaux centres d’influence monastique : Saint-Germain de Paris, Saint-Denis en France, Marmoutiers, Saint-Victor de Marseille, Luxeuil, Jumièges, Fleury, Corbie, Saint-Vannes, Moyen-Moutier, Saint-Wandrille, Saint-Vaast, la Chaise-Dieu, Tiron, Chezal-Benoît, le Bec, et mille autres Abbayes de France, se glorifièrent d’être filles du Mont-Cassin par le disciple chéri du grand Patriarche. Cluny, qui donna, entre autres, au Siège Apostolique, saint Grégoire VII et Urbain II, se reconnut redevable à saint Maur de la Règle qui fit sa gloire et sa puissance. Que l’on compte les Apôtres, les Martyrs, les Pontifes, les Docteurs, les Ascètes, les Vierges, qui s’abritèrent sous les cloîtres bénédictins de la France, pendant douze siècles ; que l’on suppute les services rendus par les moines à notre patrie, dans l’ordre de la vie présente et dans l’ordre de la vie future, durant cette longue période : on aura alors quelque idée des résultats qu’opéra la mission de saint Maur, résultats dont la gloire revient tout entière au Sauveur des hommes, et aux mystères de son humilité, qui sont le principe de l’institution monastique. C’est donc glorifier l’Emmanuel que de reconnaître la fécondité de ses Saints, et de célébrer les merveilles qu’il a opérées par leur ministère.

Nous lirons maintenant le récit abrégé de la vie de saint Maur, dans les Leçons que lui consacre le Bréviaire monastique.

Maurus Romanus a patre Entychio, Senatorii ordinis, Deo, sub sancti Benedicti disciplius, puer oblatus, et in schola talis ac tanti morum magistri institutus, prius sublimen monasticæ perfectionis gradum, quam primos adolescentiæ annos, attigit: adeo ut suarum virtutum admiratorem simul et præconem ipsummet Benedictum habuerit, qui eum velut observantiæ regularis exemplar, cæteris ad imitandum proponere consueverat. Cilicio, vigiliis, jejuniisque carnem continuis atterebat, assidua interim cratione, piis lacrymis, sacrarumque litterarum lectione recreatus. Per quadragesimam bis tantum in hebdomado cibo ita parce utebatur, ut hunc prægustare potius quam sumere videretur: somnum quoque stando, del cum nimia eum lassituto compulisset, sedendo, alio autem tempore super aggestum calcis et sabuli strato cilicio recumbens capiebat; sed ita modicum, et nocturnas longioribus semper precibus, toto etiam sæpe psalterio recitato, viilias præveniret.

Maur, Romain de naissance, eut pour père Eutychius, de l’ordre des Sénateurs. Encore enfant, il fut offert à Dieu par son père, pour vivre sous la discipline de saint Benoit. Formé à l’école d’un si grand et si habile maître, il atteignit le sublime degré de la perfection monastique avant même les premières années de l’adolescence, en sorte que Benoit lui-même admirait et recommandait ses vertus, ayant coutume de le proposer à l’imitation des autres, comme le modèle de l’observance régulière. Il macérait sa chair par le cilice, par les veilles et par un jeûne continuel, tandis qu’il récréait son esprit par une oraison assidue, par de pieuses larmes et par la lecture des saintes lettres. Durant le carême, il ne mangeait que deux fois la semaine, et en si petite quantité, qu’il semblait plutôt goûter les mets que s’en nourrir. Il se tenait debout pour prendre son sommeil, et, lorsqu’une trop grande fatigue l’y contraignait, il dormait assis. D’autres fois, il reposait sur un monceau de chaux et de sable que recouvrait un cilice. Le temps de son repos était si court, que toujours il faisait précéder l’Office de la nuit par de longues prières, souvent même par l’entière récitation du psautier.

Admirabilis obedientiæ specimen dedit, cum periclitante in aquis Placido, ipse sancti Patris jussu ad lacum advolans super undas sicco vestigio ambulavit: et apprehensum capillis adolescentulum, hostiam cruento gladio divinitus reservatum, ex aquis incolumem extraxit. Hinc eum ob eximias virtutes beatus idem Pater sibi curarum consortem assumpsit: quem jam inde ab ipsis monasticæ vitæ tirociniis socium miraculorum asciverat. Ad sacrum Levitarum ordinem ex ejusdem sancti Patris imperio promotus, stola quam ferebat, muto puero vocem, eidemque claudo gressum impertivit.

Il donna l’exemple d’une admirable obéissance, lorsque, par l’ordre du bienheureux Père, courant au lac dans les eaux duquel Placide était en péril, il marcha à pied sec sur les flots ; puis, saisissant l’enfant par les cheveux, il retira saine et sauve des eaux cette victime que Dieu réservait pour le tranchant du glaive. Ce furent ces excellentes vertus qui portèrent le bienheureux Père à l’associer à ses sollicitudes, comme déjà il l’avait associé à ses miracles dès son entrée dans la vie monastique. Elevé au degré sacré du Diaconat par le commandement du saint Patriarche, il rendit la parole et l’agilité à un enfant muet et boiteux par le simple attouchement de son étole.

Missus in Galliam ab eodem sancto Benedicto, vix eam ingressus erat, cum triumphalem beatissimi Patria in cœlos ingressum suspexit. Gravissimis subinde laboribus, curisque perfunctus. Regulam ejusdem Lagislatoris manu exaratam datamque promulgavit: extructoque celebri monasterio, cui quadraginta annos præfuit, fama nominis sui factorumque adeo inclaruit, ut nobilissimi prceres, ex aula Theodeberti regis, in sanctiore militia merituri, ad ejus signa convolarint.

Envoyé dans les Gaules par le même saint Benoit, à peine y était-il arrivé, qu’il eut révélation de l’entrée triomphante de son bienheureux Père dans les cieux. Après bien des sollicitudes et de pénibles travaux, il promulgua la Règle que le saint Législateur lui avait donnée écrite de sa main. Il construisit à Glanfeuil, en Anjou, un célèbre monastère qu’il gouverna durant quarante ans ; et la renommée de son nom et de ses actions y brilla d’un tel éclat, que les plus nobles seigneurs de la cour du roi Théodebert volèrent sous ses étendards, pour servir dans une milice plus sainte.

Biennio ante obitum abdicans se Monasterii regimine, in cellam sancti Martini sacello proximam secessit: ubi se in arctioris pœnitentiæ operibus exercens, cum humani generis hoste, internecionem Monachis minitante, pugnaturus in arenam descendit. Qua in lucta solatorem Angelum bonum habuit, quimali astus, divinumque illi decretum aperiens, eum una cum discipulis ad coronam evocavit. Quare cum emeritos milites supra centum dux ipse brevi secuturus, veluti totidem triumphi sui antecessores, in cœlum præmisisset: in Oratorium deferri volit, ubi vitæ sacramento munitus, substratoque cilicio recubans ad aram ipse victima, pretiosa morte procubuit septuagenario major, postquam in Gallis Monasticam disciplinam mirifice propagasset, innumeris ante et post obitum clarus miraculis.

Deux ans avant sa mort, il abdiqua la conduite du monastère, et se retira dans une cellule proche d’un oratoire de Saint-Martin. Là, il s’exerça aux œuvres de la plus rigoureuse pénitence, et descendit dans l’arène pour combattre l’ennemi du genre humain qui menaçait de faire périr ses moines. Dans cette lutte, il eut pour consolateur un Ange de lumière, qui lui découvrit les ruses de l’esprit de malice, et aussi la volonté divine, et qui l’invita à conquérir la couronne avec ses Disciples. Avant donc envoyé au ciel, comme les avant-coureurs de son triomphe, plus de cent de ces valeureux soldats qu’il devait suivre bientôt lui-même, il se fit porter dans l’oratoire, où, s’étant muni du Sacrement de vie, étendu sur le cilice, semblable à une victime présentée à l’autel, il expira d’une mort précieuse, âgé de plus de soixante-dix ans, ayant propagé merveilleusement dans les Gaules la discipline monastique, et étant devenu célèbre par d’innombrables miracles avant et après sa mort.

Nous donnons ici un choix d’Antiennes extraites de l’Office Monastique de saint Maur.

Beatus Maurus patricio genere illustris, a puero majores divitias æstimavit thesauris mundi, improperium Christi Domini.

Le bienheureux Maur, illustre par son origine patricienne, estima, des son enfance, les humiliations du Seigneur Christ un plus grand trésor que toutes les richesses du monde.

Induit eum Dominus stola sancta Levitarum, qua claudos fecit ambulare, et mutos loqui.

Le Seigneur le revêtit de l’étole sainte des Lévites, par l’attouchement de laquelle il fit marcher les boiteux et parler les muets.

In Franciam missus, doctrinam Regulæ quasi antelucanu illuminavit omnibus, et enarravit eam usque ad longinquum.

Envoyé en France, il y fit briller la doctrine de la Règle comme l’aurore d’un nouveau soleil, et il la propagea jusqu’en de lointaines contrées.

Floro, primariisque Regni proceribus decorata exsultabat, et florebat quasi lilium novi cœnobii solitudo.

La solitude du nouveau monastère, embellie par la présence de Florus et des premiers seigneurs du royaume, tressaillait d’allégresse, et fleurissait comme un lis.

Quos in Christo genuerat filios, morti proximus in cœlum præmisit, et inter preces corpus ad aras, animam cœlo deposuit. Alleluia.

Près de mourir, il envoya devant lui dans les cieux les fils qu’il avait engendrés en Jésus-Christ ; et, au milieu des prières, laissant son corps au pied des autels, son âme s’envola au ciel. Alléluia.

O dignissimum Patris Benedicti discipulum, quem ipse sui spiritus hæredem reliquit, ut Regulæ sanctæ promulgator esset primarius, et in Galliis Monastici Ordinis propagator mirificus. Alleluia.

O très digne disciple du Père Benoît ! qu’il a laissé pour héritier de son esprit, afin qu’il fût, dans les Gaules, le premier Apôtre de la sainte Règle, et l’admirable propagateur de l’Ordre Monastique. Alléluia.

O beatum virum, qui spreto sæculo jugum sanctæ Regulæ a teneris annis amanter portavit, et factus obediens usque ad mortem semetipsum abnegavit, ut Christo totus adhæreret. Alleluia.

O l’heureux homme ! Qui, méprisant le siècle, porta avec amour le joug de la sainte Règle, et, obéissant jusqu’à la mort, se renonça lui-même pour s’attacher tout entier au Christ ! Alléluia.

Hodie sanctus Maurus super cicilium stratus, coram altari, feliciter occubuit. Hodie primogenitus beati Benedicti discipulus per ducatum sanctæ Regulæ securus ascendens, choris comitatus angelicis, pervenit at Christum. Hodie vir obediens, loquens victorias, a Domino coronari meruit. Alleluia, alleluia.

Aujourd’hui saint Maur, étendu sur le cilice, devant l’autel, a rendu heureusement le dernier soupir. Aujourd’hui le disciple premier-né du bienheureux Benoit, montant avec sécurité par le sentier de la sainte Règle, escorté des chœurs angéliques, est parvenu jusqu’au Christ. Aujourd’hui, l’homme obéissant, chantant ses victoires, a mérité d’être couronné par le Seigneur. Alléluia.

Les Répons suivants appartiennent au même Office, et ne sont pas moins remarquables.

℟. Maurus a teneris annis sancto Benedicto in disciplinam ab Eutychio patre in Sublaco traditus, Magistri sui vitutes imitando expressit, * Et similis ejus effectus est. ℣. Inspexit et fecit secundum exemplar, quod ipsi in monte monstratum est. * Et similis.

R/. Maur confié dès sa plus tendre enfance, par son père Eutychius, à saint Benoît, pour être élevé dans la solitude de Sublac, reproduisit, par une imitation fidèle, les vertus de son maître : * Et devint semblable à lui. V/. Il considéra et fit selon l’exemplaire qui lui fut montré sur la montagne ; * Et il devint semblable à lui.

℟. Prolapso in lacum Placido, Maurus advolans, Spiritu Domini ferebatur super aquas; * Dum Patri suo in audito auris obediret. ℣. Aquæ multæ non potuerunt extinguere charitatem ejus, neque flumina illam obruere. * Dum Patri.

R/. Placide étant tombé dans le lac, Maur vole à son secours, porté sur les eaux par l’Esprit du Seigneur : * Quand il obéit sans délai au commandement de son Père. V/. Les grandes eaux ne purent éteindre sa charité, ni les fleuves l’engloutir ; * Quand il obéit.

℟. Sanctus Benedictus dilectum præ cæteris Disciplulum suum Maurum transmittit in Galliam: * Et magnis patitur destitui solatiis, ut proximi saluti provideat. ℣. Charitas benigna est, nec quæit quæ sua sunt, sed quæ Jesu Christi. * Et magnis.

R/. Saint Benoît envoie dans les Gaules Maur, son disciple le plus chéri : * Et consent à être privé d’une grande consolation pour procurer le salut du prochain. V/. La charité est bénigne ; elle ne cherche point ce qui est pour elle, mais ce qui est pour Jésus-Christ ; * Et consent.

℟. In Deo raptus viam vidit innumeris coruscam lampadibus, qua Benedictus ascendebat in gloriam, * In perpetuas æternitates. ℣. Justorum semita quasi lux splendens procedit, et crescit usque ad perfectam diem. * In perpetuas.

R/. Maur, ravi en Dieu, aperçut une voie étincelante de mille flambeaux, par laquelle Benoît montait dans la gloire : * Pour l’éternité, à jamais. V/. Le sentier des justes s’avance comme une lumière brillante, et va croissant jusqu’au jour parfait ; * Pour l’éternité, à jamais.

℟. Quæ in sinu beati Patris Benedicti hauserat Maurus sapientiæ flumina in Galliis effudit; * Et inter Franciæ lilia sacri Ordinis propagines sevit. ℣. Quasi trames aquæ de fluvio rigavit hortum plantationum suarum. * Et inter.

R/. Les fleuves de sagesse que Maur avait puisés au sein du bienheureux Benoît, il les répand sur les Gaules : * Et c’est au milieu des lis de France qu’il plante les rejetons de son Ordre sacré. V/. Semblable à un ruisseau sorti d’un fleuve, il a arrosé le jardin qu’il a planté ; * Et c’est au milieu.

℟. Christianissimus Francorum Rex venit ad monasterium, ut audiret sapientiam novi Solomonis: * Et regiam purpuram submisit pedibus ejus. ℣. Quia humilis fuit in oculis suis, glorificavit illum Dominus in conspectu regum. * Et regiam.

R/. Le très chrétien Roi des Francs vint au monastère, pour écouter la sagesse du nouveau Salomon : * Et il mit à ses pieds la pourpre royale. V/. Comme il était humble à ses propres yeux, le Seigneur le glorifia en la présence des rois ; * Et il mit à ses pieds.

℟. Biennio ante mortem siluit sejunctus ab hominibus, * Et solus in superni inspectoris oculis habitavit secum. ℣. Præparavit cor suum, et in conspectu Domini sanctificavit animam suam. Et solus.

R/. Deux ans avant sa mort, il entra dans le silence, séparé des hommes, * Et seul, il habita avec lui-même sous les yeux du témoin céleste. V/. Il prépara son cœur, et, en présence du Seigneur, il sanctifia son âme ; * Et seul.

℟. Maxima pars fratrum sub Mauro duce militantium per Angelum de morte monita, ultimum cum dæmone pugnavit: * Et in ipse agone occumbens, cœlestes triumphos promeruit. ℣. Bonum certamen certavit, cursum consummavit, fidem servavit. * Et in ipso agone.

R/. La plus grande partie des frères qui militaient sous Maur leur chef, avertie d’une mort prochaine par un Ange, soutint avec le démon son dernier combat : * Et succombant glorieusement dans la lutte, mérita les triomphes célestes. V/. Maur a combattu le bon combat, il a achevé sa course, il a gardé la foi ; * Et succombant.

℟. Postqua sexaginta annos in sacra militia meruisset, imminente jam morte, ad aras deferri veluit, ut effunderet in conspectu Domini orationem, et animam suam, dicens: * Concupiscit et deficit anima mea in atria Domini. ℣. Altaria tua, Domine virtutum, Rex meus, et Deus meus. * Concupiscit.

R/. Ayant servi soixante ans dans la milice sacrée, sa mort étant proche, il voulut être porté au pied des autels, pour répandre, en présence du Seigneur, sa prière et son âme, disant : * Mon âme haletante défaille dans le sanctuaire du Seigneur V/. Vos autels , Seigneur des armées, mon Roi et mon Dieu ! * Mon âme haletante.

℟. Substrato cilicio in Ecclesia recumbens, ex domo orationis transivit in locum tabernaculi admirabilis, usque ad domum Dei, * Cujus nimio amore flagrabat. ℣. Coarctabatur enim, desiderium habens dissolvi, et esse cum Christo. * Cujus nimio.

R/. Étendu dans l’Église sur un cilice, il passa, de la maison de prière, au lieu du tabernacle admirable, à la maison de Dieu : * Pour lequel il brûlait d’un ardent amour. V/. Car il était dans l’angoisse, désirant voir briser ses liens, et être avec Jésus-Christ ; * Pour lequel il brûlait.

Entre les trois Hymnes de saint Maur, nous choisissons celle-ci comme la plus belle :

 

HYMNE.
Maurum concelebra Gallia canticis,
Qui te prole nova ditat, et inclyti
Custos imperii, regia protegit
Sacro pignore lilia.
Gaule, consacre tes chants à la gloire de Maur :
c’est lui qui t’enrichit d’une nouvelle famille ;
gardien de ton illustre empire, il protège,
par sa tombe sacrée, les lis de tes rois.
Hic gentilitiis major honoribus,
Spretis lætus adit claustra palatiis,
Calcat delicias, prædia, purpuram,
Ut Christi subeat jugum.
Plus grand que les honneurs de sa naissance,
il méprise les palais, et s’enfuit joyeux sous l’ombre du cloître ;
les délices, les héritages, la pourpre,
il foule tout aux pieds, pour porter le joug du Christ.
Sancti propositam Patris imaginem
Gestis comparibus sedulus exprimit;
Vitæ norma monasticæ.
Plein de zèle, il exprime dans ses actions
les traits du bienheureux Père ;
dans la vie merveilleuse d’un enfant,
brille la règle de la vie monastique.
Se sacco rigidus conterit aspero,
Frænat perpetui lege silentii;
Noctes in precibus pervigil exigit,
Jejunus solidos dies.
Dur à lui-même, il se couvre d’un cilice ;
pour toujours il s’enchaîne sous la loi du silence ;
la nuit, il veille dans la prière,
et le jeûne remplit ses journées.
Dum jussis patriis excitus advolat,
Sicco calcat aquas impavidus pede,
Educit Placidum gurgite sospitem,
Et Petro similis redit.
A l’ordre du Père, il vole, intrépide, et,
d’un pied sec, il foule les eaux ;
il arrache et sauve Placide de l’abîme,
et revient, comme Pierre autrefois.
Laudem jugis honor sit tibi Trinitas,
Quæ vultus satias lumine cœlites!
De sanctæ famulis tramite Regulæ
Mauri præmia consequi.
Amen.
Que l’éternel honneur de la louange à vous soit rendue,
ô Trinité, qui rassasiez les habitants du ciel de la lumière de votre visage ;
accordez à vos serviteurs d’arriver
à la récompense de Maur, par le sentier de la Règle sainte. Amen.

Qu’il fut fécond votre Apostolat, ô sublime disciple du grand Benoît ! Qu’elle est innombrable l’armée des saints qui sont sortis de vous et de votre illustre Père ! La Règle que vous avez promulguée a été véritablement le salut des peuples de notre patrie ; et les sueurs que vous avez versées sur l’héritage du Seigneur n’ont pas été stériles. Mais quand, du séjour de la gloire, vous considérez la France jadis couverte de cette multitude innombrable de monastères, du sein desquels la louange divine montait sans cesse vers le ciel, et que vous n’apercevez plus que les ruines des derniers de ces sacrés asiles, ne vous tournez-vous pas vers le Seigneur, pour lui demander que la solitude refleurisse enfin ? Où sont ces cloîtres où s’élevaient les Apôtres des nations, les Pontifes éclatants de doctrine, ces défenseurs intrépides de la liberté de l’Église, ces Docteurs de toute science, ces héros de la sainteté qui vous appelaient leur second père ? Qui nous rendra ces fortes maximes de la pauvreté, de l’obéissance, du travail et de la pénitence, qui ravirent d’admiration et d’amour tant de générations, et poussaient vers la vie monastique tous les ordres de la société à la fois ? En place de cet enthousiasme divin, nous n’avons plus que la timidité du cœur , l’amour d’une vie terrestre, la recherche des jouissances, l’horreur de la croix, et tout au plus les habitudes d’une piété molle et stérile. Priez, ô grand Maur, pour que ces jours soient abrégés ; obtenez que les mœurs chrétiennes de nos temps se retrempent à l’étude de la sainteté ; qu’un peu de force renaisse dans nos cœurs attiédis. Les destinées de l’Église, qui n’attendent que des hommes courageux, redeviendront alors aussi grandes, aussi belles que nous les espérons dans nos rêves impuissants. Que, par vos prières, le Seigneur daigne nous rendre l’élément monastique dans sa pureté et sa vigueur, et nous serons sauvés ; et la décadence morale qui nous désole, au milieu même des progrès de la foi, s’arrêtera dans son cours. Faites-nous connaître, ô Maur, le divin Enfant ; initiez-nous à sa doctrine et à ses exemples ; alors nous comprendrons que nous sommes la race des saints, et qu’il nous faut marcher, comme le Chef de tous les saints, à la conquête du monde par les moyens qu’il a employés lui-même.


L’antienne du Magnificat des 2es Vêpres :

Aujourd’hui saint Maur, étendu sur le cilice, devant l’autel, a rendu heureusement le dernier soupir. Aujourd’hui le disciple premier-né du bienheureux Benoit, montant avec sécurité par le sentier de la sainte Règle, escorté des chœurs angéliques, est parvenu jusqu’au Christ. Aujourd’hui, l’homme obéissant, chantant ses victoires, a mérité d’être couronné par le Seigneur. Alléluia.

Ajoutons cependant ce qui est notre sens la plus belle antienne : Obedientiae pennis.

Sur les ailes de l’obéissance, il marche sur les eaux ; il ne put être submergé par les flots, lui que portait l’Esprit de Dieu.

Voir aussi ici : http://www.scholasaintmaur.net/15-janvier-saint-maur/

 

Laisser un commentaire